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Deux communiqués pour dissiper un raid sulfureux

3 avril 2007, 20:00

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Les funérailles particulièrement émouvantes de Sylvio Santoo et de Patricia Muttur, les nombreux cris hostiles à l?encontre de notre force policière mais aussi à notre presse (accusée d?avoir gobée trop facilement la thèse policière faisant de Santoo le principal suspect du hold-up du 24 février 1982) incitent les journaux à se montrer davantage critique à l?égard des explications policières.

Que ces funérailles furent houleuses apparaît incontestable. Les célébrants (la presse parle des abbés Henri Tostée, André Bancilhon et même André Avrillon, l?apôtre de Stanley, pourtant décédé le 25 février 1979) ont fort à faire pour obtenir le silence et le recueillement seyant à pareil office. Les nombreux parents et amis des défunts assurent pourtant le service d?ordre. Pour faciliter leur tâche, il n?y a pas l?ombre d?un policier dans les rues de Stanley. L?église Sainte-Anne est archicomble. Plus de 2 000 personnes n?y ont pu trouver place et essayent tant bien que mal, dehors, de suivre la cérémonie. Certains d?entre eux manifestent même bruyamment. A l?arrivée du cortège funèbre, le désordre est indescriptible. Une partie de l?assistance se met debout sur les bancs pour mieux suivre le déroulement de la cérémonie. Bon nombre de personnes montent sur le toit de l?église pour suivre la cérémonie à travers les impostes.

Des journalistes interrogent sur la nature du gaz utilisé (pour la première fois à Maurice, disent certains) et dont les effets prennent une journée pour se dissiper. Sylvio Santoo et Patricia Muttur sont-ils morts sur le coup ou faute de soins pour soigner leur blessures ? D?autres ont survécu à un coup de balle tiré à la tête à bout portant. Sont-ils morts sur le coup d?un coup de balle. Sont-ils morts par asphyxie ?

La famille de Sylvio Santoo admet qu?il avait des démêlés avec la police. Il est arrêté, en 1975, pour divers vols. Il est condamné à quatre ans de prison, auxquels s?ajoutent deux autres pour mauvaise conduite en prison. Il en sort au début de 1981 et parle de refaire sa vie avec Patricia Muttur. La police l?implique à nouveau dans des bagarres à Stanley. Un mandat d?arrêt est lancé contre lui après le hold-up du CEB parce qu?il ne se serait pas présenté en cour à l?appel de son nom dans un nouveau procès l?impliquant.

Ses parents expliquent qu?il refusait de se rendre à la police, parce qu?il avait trop souffert de la brutalité policière. Il se disait prêt à se donner la mort plutôt que d?être repris vivant par notre police. Ils sont formels : il est en rien impliqué dans le hold-up du 27 février 1982.

La presse travailliste se répand en allégations d?une autre nature. Elle affirme, par exemple, que Patricia est la fille de Fareed Muttur, ancien bras droit de Paul Bérenger, tué à la fin de septembre 1981, dans un accident de voiture aux origines des plus mystérieuses, alors qu?il se trouvait au volant de la voiture de son leader. Les causes de cet accident n?ont jamais été élucidées à la satisfaction générale. Elle fait vite le rapprochement entre Patricia, Fareed Muttur et le MMM. Elle demande ingénument où sont passées les Rs 680 000 du hold-up. Elle invite la police à approfondir son enquête dans cette direction.

Des journalistes découvrent que le communiqué officiel, émis à l?issue du raid policier de Stanley, ne fait aucune allusion au braquage survenu à l?entrée de l?immeuble du CEB à Curepipe. La confusion est telle que le commissaire de police, M. A. Rajarai, doit se fendre d?un nouveau communiqué de presse, donnant les précisions qui font défaut au précédent.

Il rappelle que sa police recherche Sylvio Suntoo depuis le hold-up du 24 février 1982 car elle a de bonnes raisons de croire qu?il y est impliqué. Mais pourquoi ne l?avoir pas dit plus tôt ? La police a l?intime conviction que Sylvio Suntoo était porteur d?une arme à feu. Il se serait vanté, au dire de la police, de faire usage de son arme à feu contre tout policier osant l?arrêter et que la police ne le prendrait jamais vivant. D?où le recours au commando d?élite pour procéder à son arrestation. Des coups de feu furent tirés contre les représentants de l?ordre ne faisant heureusement aucune victime, ce qui n?est pas le cas pour Harold Robertson qui tente de s?enfuir en enjambant une fenêtre. L?argument devant le plus retenir l?attention dans ce communiqué concerne l?infortuné Jean Nelzire. M. Rajarai exhorte les Mauriciens à ne jamais oublier ce policier ainsi que tous ses collègues ayant été tués d?une façon aussi tragique dans l?exercice de leurs fonctions.

L?appel au respect de la mémoire de Jean Nelzire fait son effet. Demeure un doute : à tort ou à raison la police se débarrasse de Sylvio Santoo. Quid des autres gangsters responsables de la mort du policier Jean Nelzire ?

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