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Dans l?univers des psys
Comment sait-on que l?on doit consulter un psy ?
Tout le monde fait face, à un moment ou à un autre, à des périodes d?angoisse, de stress, de doute. Mahen Motah parle de l?aspect pluridimensionnel de l?être humain : physique, morale, sociale, psychologique. Toute atteinte à un ou plusieurs aspects peut avoir des conséquences sur le bien-être de l?individu. « Il se peut que l?individu se sente désemparé et n?arrive plus à gérer ses peurs, ses angoisses, ses sentiments, et se trouve dans une situation de manque et nécessite une prise en charge "thérapeutique? », fait ressortir Mahen Motah.
Donc, en cas de déprime, d?incapacité de se prendre en charge ou de trouver une solution, il est conseillé de chercher l?aide d?un professionnel habilité à prendre en charge des personnes souffrant de tel ou tel manque et qui présente des symptômes auxquels seul un thérapeute peut remédier.
Pour Sadasiven Coopoosamy, tout le monde ressent un certain niveau de stress dû à une accumulation de facteurs. Mais certains ont besoin d?une aide professionnelle pour s?en sortir. Quelquefois, ils ne se rendent pas compte que les choses vont mal mais les signes extérieurs doivent alors interpeller l?entourage. C?est à lui de conseiller la personne à faire appel à un professionnel.
À quel point aller voir un psy apaise le mal-être ?
Première précision de Natasha Chakowa-Cardella : si la souffrance psychologique peut prendre des formes variées, il nous est possible, sans avoir systématiquement recours à un professionnel, de débloquer la situation avec l?aide d?un soutien affectif, d?une écoute appropriée ou d?un conseil pertinent.
« Cela dit, il arrive que nous nous retrouvions face à un problème qui nous dépasse. Une aide psychologique extérieure s?impose donc lorsque nos propres ressources ou celles de notre entourage sont épuisées ou insuffisantes. En général, on consulte parce qu?on se trouve dans une situation problématique, mais on peut aussi souhaiter trouver sa voie, comprendre notre fonctionnement, et chercher un état d?équilibre », explique-t-elle.
Natasha Chakowa-Cardella précise qu?elle préfère dire que le rôle du psy n?est pas de guérir, mais d?apporter un éclairage sur certains faits, d?analyser le contexte de vie et la problématique de la personne afin de lui permettre de dénouer les situations qui lui posent problème.
Pour Véronique Wan Hok Chee, le bien-être du corps et de l?esprit va de pair et il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel quand on est débordé. « Qu?on ait besoin d?être accompagné psychologiquement, d?être écouté, aidé, orienté, ce n?est plus tabou aujourd?hui. Aller voir un psy quand on ne peut pas s?en sortir tout seul, c?est se donner la possibilité de comprendre le problème et de le gérer », avance-t-elle.
Quelles sont les différentes thérapies ailleurs et à Maurice ?
Il en existe plusieurs, mais pour Vijay Ramanjooloo, on utilise surtout les thérapies de groupe et les thérapies directes, c?est-à-dire un face à face. « Souvent le traitement se passe par les mots, l?écoute, le dialogue, le respect, la compréhension, l?empathie », précise notre interlocuteur.
Kurt Barnes indique qu?en psychologie, il existe d?au-tres spécialisations telles que la sophrologie, la relaxation, les actes de psychodrame, la naturopathie, le travail sur les rêves, etc. « Tout dépend de la nécessité de l?individu. Le professionnel doit pouvoir être à jour dans ses connaissances car il y a sans cesse de nouvelles techniques. » Sarah Dieazanacque nous fait un descriptif de quelques thérapies :
Les thérapies verbales, d?inspiration analytique : elles permettent de franchir des crises existentielles, où la personne présente des troubles psychiques importants. Lors des séances, le thérapeute se met face au client. La personne exprime alors ses problèmes, ses angoisses, et confie ce qui lui fait souffrir. Le thérapeute est plus interactif que dans la cure psychanalytique.
Les thérapies familiales : certains troubles psychiatriques ou difficultés psychologiques ne peuvent pas être traitées efficacement en s?adressant uniquement à la personne qui souffre, car ces problèmes rejaillissent ou prennent source dans l?environnement familial. Il est donc parfois nécessaire de prendre en charge le couple ou toute la famille pour dénouer les conflits.
Les thérapies comportementales et cognitives : ne visent pas à modifier en profondeur l?ensemble d?une personnalité, mais à changer une manière d?agir qui gâche la vie d?une personne. Ces thérapies visent les comportements dont nous voudrions bien nous débarrasser, mais qui se répètent malgré nous. Par exemple, la boulimie, la peur du noir, la phobie de l?école, etc. Les séances associent des exercices pratiques de déconditionnement en présence du thérapeute. La personne doit, progressivement, affronter la situation qu?elle craint. Le thérapeute l?accompagne et lui sert de modèle pour ce qui est du comportement qu?il faudrait avoir
La psychothérapie centrée sur la personne : cette approche privilégie le respect de la personne et la confiance dans le fait que l?être humain peut grandir et guérir. La relation entre le client et le thérapeute se fait d?égal à égal. C?est cette relation qui permet au patient de changer profondément. Le thérapeute respecte des conditions nécessaires pour que ce changement se fasse.
Comment choisit-on son thérapeute, et qu?est-ce qui les distingue ?
La règle d?or, selon Vijay Ramanjooloo, c?est qu?un bon psy est un celui avec lequel vous vous sentez à l?aise et en confiance. « Mais comprenez bien que le thérapeute n?est pas omnipotent. Il n?a pas, par exemple, le pouvoir de faire taire votre souffrance. Il ne va pas non plus vous prendre en charge, ni s?occuper de vous dans le sens où il va vivre votre vie à votre place et vous décharger de votre peine », confie Vijay Ramanjooloo. Il ne peut que cheminer à vos côtés, en veillant à travailler, de concert avec vous, sur les aspects de votre souffrance qui vous empêchent d?avancer.
Sabrina Puddoo fait ressortir que l?appellation « psy » regroupe des professionnels dont les spécialités diffèrent en fonction de leur formation, des techniques et de la durée de la thérapie. Par exemple, les psychiatres ont fait des études de médecine et se sont spécialisés dans le traitement des troubles mentaux. Ils sont habilités à prescrire des médicaments.
Les psychologues ont une formation universitaire en psychologie et détiennent un Master 1 et 2 dans ce domaine ou équivalent. Ils pratiquent dans différents champs de la psychologie (enfant, adolescent, adulte, développement, travail, comportement, cognition?).
La psychanalyse, elle, est une thérapie longue et profonde (six à douze ans), mais il n?y a pas de psychanalystes à Maurice. Quant aux psychothérapeutes, ils sont de formations variables et courtes (deux à quatre ans, en fonction des écoles), et n?appliquent qu?une technique spécifique.
« Le choix d?un des professionnels mentionnés ci-dessus dépend de la sévérité des troubles psychologiques que présente la personne. De plus, l?ensemble des psys collabore les uns avec les autres car souvent, une combinaison des spécialités permettent d?obtenir de meilleurs résultats au niveau de l?amélioration des symptômes », précise Sabrina Puddoo.
Comment les choses se passent-elles dans un cabinet de psy ?
Les psys proposent, en général, les techniques auxquelles ils ont été formés sur le plan théorique et personnel. Natasha Chakowa-Cardella note que c?est surtout en fonction de la personne qui demande de l?aide que le psy pourra mettre en place la technique la plus appropriée. Ainsi, il peut arriver que des parents amènent leur enfant pour un symptôme donné, mais qu?après quelques entretiens, le psychologue trouvera plus approprié de recevoir les parents, ou d?effectuer des entretiens familiaux selon la nature des problèmes. « La plupart des psychologues cliniciens pratiquent des thérapies à inspiration psychanalytique, qui sont plus brèves que la psychanalyse et qui laissent de côté le divan pour un face-à-face patient/thérapeute. Cela permet de développer des interactions et de faciliter la verbalisation », explique Natasha Chakowa-Cardella.
Émilie Rivet, qui suit les méthodes de la thérapie cognitive et comportementale, travaille surtout avec les schémas de pensée. « La manière de pensée influence les sentiments et les comportements. » Elle ?uvre donc à la restructuration pour atteindre une manière de pensée réaliste et non trop optimiste ou pessimiste. Sa thérapie invite le client à travailler également sur le comportement en lui faisant effectuer des exercices de relaxation ou en l?encourageant à s?adonner à un sport. Ce type de thérapie donne des résultats, surtout dans des cas de phobies ou de déprime.
Le plus important dans toutes ces thérapies demeure l?écoute et la capacité de reformuler les pensées du client, ce qui permet à ce dernier d?avoir un retour sur lui-même.
Le patient a-t-il également des « règles » à suivre ?
Pour Christiane Fok Tong, l?une des premières règles que doit connaître un patient c?est l?interdiction de passer à l?acte. Ainsi, il ne peut exprimer sa colère en cassant un objet. L?expression verbale est mise en avant plutôt que l?acte. Pour ce qui est du besoin de faire appel à l?aide du psychologue, certains n?imposent pas de limites à leurs clients. Ils répondent aux appels à n?importe quelle heure. « Cela pourrait aider à éviter que l?irréparable ne soit commis », souligne Sadasiven Coopoosamy.
Un autre point de vue est mis en avant par Émilie Rivet, qui fait ressortir l?importance de définir un cadre dans lequel thérapeute et client peuvent travailler ensemble. Par exemple, l?importance de la ponctualité, ne pas avoir son téléphone avec soi durant la séance et définir les heures où le patient peut appeler son thérapeute. « Il faut garder une bonne distance entre le thérapeute et son client et si parfois il y a des dérives, il faut que le cadre soit redéfini. » Le patient doit également apprendre à être autonome, à pouvoir faire face à certains moments de crise seul.
Véronique Wan Hok Chee ajoute qu?il doit y avoir un contrat thérapeutique afin que le psy et son client sachent clairement quels sont les paramètres à respecter pour que la thérapie soit concluante. « Il y a une discipline à suivre quand on va consulter un psychologue. Le patient doit être régulier dans ses rendez-vous, il doit lui-même avoir une volonté pour aller mieux. » À noter par ailleurs qu?il faut veiller à ce qu?il n?y ait pas de confusion entre l?analysant et l?analysé. « Le professionnel ne peut pas laisser le patient déborder sur ses états d?âme, tout comme il n?a pas le droit de transmettre ses problématiques à son patient. » Une thérapie peut durer un certain temps, s?arrêter et reprendre un an après, par exemple. « Le patient ne doit surtout pas devenir dépendant de son thérapeute », insiste Véronique Wan Hok Chee.
Y a-t-il plus de gens qui vont consulter des psys aujourd?hui ?
Jean-Bernard Sadien considère que si plus d?individus n?hésitent pas à se rendre chez le psychologue, cela est dû au changement de mentalité. Auparavant, une visite chez le psychologue était empreinte d?une image négative.
« Avant on disait que seul les ?fous? s?y rendaient. » Mais ce changement de point de vue demeure toutefois l?apanage d?un certain milieu social.
Mahen Motah explique cette hausse dans le nombre de visites chez le psy par les changements qui surviennent dans la société. Toutes les institutions sont en déphasage avec les réalités de la vie quotidienne. La famille n?est plus ce qu?elle était, et, de nos jours, on en trouve de divers types : nucléaire, monoparentale, divorcée, décomposée, etc. Autrefois, les problèmes étaient réglés au sein de la famille et les membres faisaient attention aux choses de la vie. « Aussi, dans l?état actuel des choses ? la dialectique du sens, du signifiant, du signifié et de la signification est complètement faussée. Il est normal de voir que les gens font, notamment, appel aux psys pour trouver des solutions aux problèmes auxquels ils sont confrontés », poursuit-il.
Combien de temps dure une psychothérapie ?
Elle n?a pas de durée déterminée, comme le souligne Christiane Fok Tong. « Cela dépend de la nature du problème, de la relation qui s?installe entre le patient et le thérapeute, et aussi du désir du patient à aller vraiment au-delà de ses soucis. » Certaines psychothérapies peuvent prendre des semaines et d?autres de long mois, voire des années.
Et une thérapie peut être considérée comme réussie lorsque le patient a pris du recul par rapport à ce qui lui arrive et en vient à comprendre ce qui cause son mal être et surtout ce qu?il peut à nouveau réinvestir dans sa vie.
Lorsque le patient a pu entreprendre ce travail sur lui-même et qu?il a pu comprendre, avec le soutien de son thérapeute, ce qui lui pose problème, le travail thérapeutique peut prendre fin. La disparition des symptômes qui avaient conduit le patient vers le thérapeute est aussi un signe. La personne en question se sent mieux, elle est plus en paix et peut vaquer à ses occupations habituelles.
Est-ce que la profession est régie par un code de déontologie ?
Jean-Bernard Sadien, psychologue du travail et président de La SPP (Société des professionnels en psychologie) et Irène Alessandri, psychologue clinicienne, et un des fondateurs de l?association, donnent un bref descriptif du code de déontologie régissant la profession à Maurice. Le code s?inspire de celui des Français, des Belges, des Canadiens, des Anglais et des Américains ainsi que de la Charte européenne des psychologues.
Le code est divisé en trois chapitres :
A) Le respect des droits et de la dignité de la personne. Ce chapitre concerne le respect dont a droit le client lorsqu?il se rend chez son psychologue. L?article 12, par exem-ple, stipule que le thérapeute ne peut communiquer des informations à des tiers qu?avec le consentement de la personne concernée.
B) Le deuxième chapitre concerne les compétences du thérapeute. C?est avec rigueur que le psychologue doit fonder ses interprétations et ses conclusions lors de l?évaluation des individus. Il est aussi demandé à ce que les professionnels renouvellent leurs compétences théoriques.
C) Le troisième volet évoque la responsabilité et l?intégrité. Les psychologues doivent suivre un code de conduite qui ne met pas en péril la réputation de leur profession. L?article 5, par exemple, stipule que le psychologue doit s?abstenir d?influencer ses collègues ou les personnes qui le consultent dans le but d?obtenir la gratification de ses désirs personnels. Aussi, il ne doit pas entrer en concurrence déloyale avec ses collègues et doit faire appel à eux s?ils sont plus à même que lui de répondre à une certaine demande.
Selon le code d?éthique, thérapeute et client ne doivent pas se connaître au préalable sinon cela ne permettrait pas de maintenir objectivité et neutralité. Ils doivent demeurer dans une relation de thérapeute à client. Un autre aspect important de la thérapie, comme le souligne Émilie Rivet, c?est qu?avant que les séances ne débutent, le client doit être prévenu que s?il fait comprendre qu?autrui ou lui-même peut être en danger, le thérapeute peut faire appel à une institution comme la police.
En somme le code a été élaboré pour préserver le client, le thérapeute ainsi que la profession. Si un des membres de l?association est en violation avec le code il peut être exclu de l?association.
À quoi sert l?association des psychologues ?
La SPP a été fondée en 2003. Elle a voulu reconnaître la spécificité de Maurice à travers sa diversité de formations. La SPP elle regroupe des psychologues, des counsellors et des psychothérapeutes dûment reconnus par le pays où ils ont été formés et qui répondent aux critères en vigueur dans le pays de leurs études (ex. Master 2 ou DESS en France). Tous les membres s?engagent à respecter le code de déontologie.
Cette association se veut être positive, tant pour ses membres que pour le public. Le fait d?y adhérer comporte de nombreux avantages, comme de rassembler les professionnels de ce secteur dans un réseau de solidarité, de soutien, d?échanges d?expérience, d?échanger les compétences et les connaissances, de même que la reconnaissance des compétences établies. La SPP veut avant tout défendre cette profession vis-à-vis des instances publiques et politiques, et être un organisme de référence et de ressources en matière de psychologie.
Même si la SPP n?est pas l?organisme qui qualifie la va-leur des professionnels et réglemente le métier, elle s?évertue à aider le public à se prémunir des charlatans ou des psychologues qui n?ont pas de diplôme adéquat. Il revient toutefois au client de se renseigner avant de faire son choix.
Comme le dit Irène Alessandri, certains charlatans sont très connus du public alors que certains professionnels demeurent dans l?anonymat. Jean-Bernard Sadien recommande de vérifier le niveau d?études de la personne avant de se tourner vers elle. « Il faut vérifier que la personne ait fait au minimum cinq années d?études », affirme-t-il.
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