Publicité
Essence sans plomb dans l?aile
«Rien de l?Inde». Pamela Comaren sourit devant notre étonnement. «Tous les équipements que vous voyez viennent des états-Unis et d?Europe», explique le laboratory and quality control manager.
Vite, elle enfile ses gants blancs. Pas question de manipuler les machines sans les précautions d?usage. Même quand elles sont débranchées. Ici, pas de téléphone portable, pas de flash d?appareil photo. Les machines ont l?âme sensible.
Après avoir passé la blouse assortie aux gants, Pamela Comaren est prête à nous faire visiter «son» domaine, le laboratoire flambant neuf d?Indian Oil, situé à Mer Rouge. Il a été inauguré jeudi.
Univers aux paramètres contrôlés. Nous sortons du champ d?un climatiseur, ce qui nous rapproche d?un distillateur, équipement servant à déterminer le point de chauffage des produits pétroliers.
Du pétrole, de l?huile lourde, du cambouis, point de traces visibles dans cette pièce unique. Ici les carburants que l?on teste ont la couleur de l?eau. «Du colorant est ensuite ajouté pour différencier les produits» venus de Mangalore. Une palette qui, pour les autos est passée de l?orange au vert pour revenir à la couleur d?origine.
Pas de traces non plus de l?odeur si caractéristique de l?essence. Si dehors, pratiquement dès que les réservoirs de Mer Rouge sont en vue, l?odeur vous enveloppe, elle est absente des lieux. Les éprouvettes sont couvertes, les masques sont de rigueur lors des manipulations, et «s?il y a un transvasement à faire, il est effectué sous la hotte».
«Saviez-vous que la distance que l?on peut parcourir avec un litre d?essence varie selon la quantité d?impuretés présente dans le produit ? Si tous les types de produits (diesel, mazout...) passent par le même pipeline, il y a plus d?impuretés, forcément avec ce type d?essence vous allez parcourir moins de kilomètres qu?avec la même quantité d?essence pure.»
Remettons le compteur à zéro. Du pipeline au labo, prenons nos marques dans la série de tests désormais possibles à Mer Rouge. Sans brûler les feux rouges. Respectant les passages cloutés de mots savants.
Pamela Comaren fait des efforts. La technologie de pointe a son vocabulaire. Heureusement égayé par l?enthousiasme d?un guide ? qui avec un assistant ? assure depuis novembre, le fonctionnement du laboratoire.
Mieux, comme c?est jour d?inauguration officielle, la famille Indian Oil a été conviée à la fête. Les parents de Pamela, présents pour l?occasion, visitent le lieu de travail de leur fille en même temps que nous.
<B>Un réacteur d?avion en miniature</B>
Une chemical engineer de formation, qu?ils ont souvent grondée parce qu?elle rentrait tard du boulot. («Parfois 21 heures, parfois minuit.») Ils sont venus voir ce qui la retenait ainsi. Maman a pu jeter un coup d?oeil aux rideaux noirs qu?elle a «piqués». Ils ornent le coin «discothèque», en clair, là où sont effectuées les mesures aux rayons ultraviolets. Papa a pu voir toutes ces machines, dont une lui rappelle un «four dipin», que sa fille a patiemment déballé, pour remonter toutes les pièces détachées une à une.
C?est avec humour ? pas incendiaire ? que notre guide nous montre son «coco», le jet fuel thermal oxydation testor. OK, on reprend depuis le début. L?appareil ressemble à un four. Sauf qu?il n?y a pas de vitres pour voir l?intérieur qui est en fait un réacteur d?avion à échelle réduite. Une sorte de miniature, mais qui n?a rien d?un jouet.
«C?est le seul de la région. Il a coûté Rs 3,5 millions». Dans son ventre, tout ce qu?il faut pour faire monter la température à 250°C et une pression de cinq méga pascal. Pamela Comaren visse une pièce, parle de pistons, d?injection. «Ou get moi travay sa ou dir moi mekanisyen.» Scientifiquement, il s?agit de mesurer l?oxydation de l?échantillon de fioul qui doit être testé. «Il y aura des impuretés qui se forment, bouchant le filtre. La différence de pression sera alors détectée.»
Notre guide nous aide à sortir de l?abstrait. «Imaginez que vous êtes en avion et que cela arrive. C?est la panne». Message reçu : tester les produits pétroliers, c?est contribuer à notre sécurité, à terre, en l?air comme en mer.
Le nouveau laboratoire d?Indian Oil, installé au coût d?un million de dollars, c?est «voir à quelle température l?essence flambe». Si les prix ont connu la hausse, le produit actuellement disponible sur le marché, prend feu à 44°C précise le laboratory and quality control manager. «La norme stipule qu?il faut que la temperature soit supérieure à 38°C. Rien qu?avec la chaleur en été, il faut faire attention.»
Résidu de carbone dans le diesel et l?huile lourde, teneur en souffre, quantité d?eau. Mais aussi : degré de corrosion du cuivre et de l?argent ( à cause de joints fabriqués dans ces matières), la viscosité ( degré de fluidité des produits qui doivent passer par le filtre avant d?arriver au moteur) sont autant de tests effectués à Mer Rouge.
Le chaud et le froid. Il est tout aussi important de déterminer à quelle température le produit gèle. C?est une question d?altitude pour les avions, qui en grimpant vers l?azur, atteignent des climats de -30°C à -40°C. «Il faut s?assurer que les produits peuvent soutenir ces basses températures.» Pareil pour la fumée, résultat de la combustion. Il y a des normes ? souvent internationales tout autant que locales ? à respecter. «Avant, il fallait envoyer des échantillons en Afrique du Sud pour des analyses.»
Et qui teste les testeurs ? Bien en évidence sur un mur, la certification ISO décrochée par le laboratoire d?Indian Oil. Il participe également à un programme de test américain, l?ASTM interlaboratory crosscheck test programs. Trois fois l?an, le laboratoire d?Indian Oil reçoit des échantillons. Son objectif : les tester et faire parvenir les résultats aux examinateurs. «Sur 209 participants aux tests, il n?y avait personne d?autre de l?océan Indien. Nous avons réussi pour tous les 18 paramètres.» n
<B>Investissements Indian Oil, fleuron de la présence indienne</B>
Implanté à Maurice depuis octobre 2001, Indian Oil débute ses opérations de marketing en janvier 2004. De huit stations services, cette société envisage de passer à 25 stations d?ici fin 2008. Elle occupe la 25e place du classement des 100 sociétés les plus performantes et détient 14 % de parts de marché. Indian Oil a annoncé sa décision d?augmenter sa capacité de stockage, passant de 18 000 kl à 24 000 kl, ce qui nécessite des investissements de l?ordre de Rs 55 millions. Pour ce qui est du carburant pour les avions, Indian Oil détient environ 28 % du marché. La société va participer à la construction du nouveau réservoir de produits pétroliers à l?aéroport SSR.
Publicité
Publicité
Les plus récents