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L?homme de la situation
On affirme que l?avenir est aux femmes. Mais comment pourraient-elles connaître ce temps d?épanouissement et de vrai partage quand, au présent, leur travail n?est pas reconnu ou justement rétribué. Quand la gestion du temps se fait par, sinon pour, l?homme. Ibrahim Koodoruth, National Gender Expert au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui vient de publier une étude sur la répartition des travaux entre hommes et femmes, est le premier à le reconnaître.
Fort de sa grande culture et de sa docte expérience ? ses années à l?université de Bordeaux, d?où il a décroché rien moins que deux maîtrises (en communication et en sociologie), un DEA (sociologie) et un DESS (Enquête sociale approfondie), avant de retourner en France pour un DESS en technologie de l?information et de la communication en 2003, en disent assez long ?, Ibrahim ba-laie les préjugés.
On aurait pu attendre un technocrate. C?est l?éternel chercheur, curieux et sincèrement intéressé par son sujet qui nous accueille. Pourrait-il en être autrement ? On peut aimer les femmes et ne pas vouloir de sa place en société. Pas Ibrahim, qui en est le fervent défenseur.
?Le time-use study qui a été rendu public est sans appel?, déplore-t-il. Fruit de la collecte de données de janvier à décembre 2003 par l?équipe de la Senior Statistician Gangama Appadoo du Central Statistics Office, de l?analyse de l?économètre (et un des actuels adjoints au gouverneur de la Banque de Maurice) Jameel Khadaroo et de notre expert du PNUD, ce document explosif révèle que le nombre d?heures de travail rémunéré chez les hommes équivaut au double de celui des femmes, alors que celles-ci consacrent trois fois plus de temps à des tâches non rémunérées. ?Les femmes font encore l?essentiel de la cuisine, des travaux domestiques, de la prise en charge des enfants??
L?expert, qui est aussi Senior lecturer à l?université de Maurice, n?est pas non plus un poète de la compassion ; ses observations sont empreintes de la réserve qui sied à la précision et au bon sens : ?L?étude porte sur un des éléments les plus importants dans une existence : le temps, c?est un bien, la mesure, l?expression en heures, en jours, en années à vivre. Ce rapport lève le voile sur des types d?activités qui font cette existence et qui ne sont pas pris en compte dans le calcul du produit national brut du pays. ?
?Il faut aussi se dire que toute étude peut être perfectionnée. Mais ce rapport est le résultat d?un travail de fourmi. Remarquons d?abord que les données sont de nature quantitative et non qualitative.? On ne qualifie donc pas le travail à la maison. Mais ?il est clair que la femme, de part toutes les responsabilités qui lui incombent et la souplesse qu?elle doit trouver dans les ménages traditionnels, est culturellement une formidable gestionnaire potentielle pour les entreprises?.
Ce qui ressort de ces données, c?est la façon dont se manifeste la politique du travail. Ce qu?on peut en tirer, c?est la nécessité de trouver des solutions ?appropriées pour permettre une bonne qualité de vie pour hommes et femmes confondus ?.
Il est clair qu?un même horaire de travail peut avoir des implications différentes selon l?homme ou la femme, surtout quand chacun a ses propres responsabilités. En tant qu?homme marié, Ibrahim participe aux tâches quotidiennes : c?est lui qui, par exemple, prépare le petit-déjeuner le matin, lorsque sa femme a besoin de plus de temps pour se préparer au travail.
?Dans certains pays, l?allocation accordée par le gouvernement pour des familles de plus de trois enfants peut avoir un effet pervers. Cette politique qui vise à augmenter le taux de naissance dans le cadre de sociétés vieillissantes encourage la femme à avoir plus d?interruptions au niveau de sa carrière.?
Au fait, le vrai problème demeure l?inaptitude du monde du travail à proposer une structure où les femmes ne seraient pas pénalisées dans leur parcours professionnel à cause de telles spécificités.
En fin observateur de la vie quotidienne, Ibrahim relie le problème aux transports : ?L?accès au duty free car est beaucoup moins répandu chez les femmes. Et les femmes sont celles que l?on voit le plus dans les transports en commun.? Quand on sait ce que représente une voiture personnelle en termes de gestion du temps?
Et d?appeler un chat un chat : ?Nous vivons dans une société patriarcale. Nous ne pouvons nier les différences physiologiques entre l?homme et la femme, cela doit être tenu en compte par la loi.? Mais s?il existe même, pour le paternity leave, des pays qui ont une législation qui permettent aux hommes de prendre ce type de congé, c?est la technologie qui apporte les modifications les plus radicales et permet aux femmes de pratiquer des métiers qui leur échappaient à cause de leur prétendue faiblesse.
?Méritocrate?, le secteur privé ? ?La différence de salaire entre l?homme et la femme est plus élevée dans le secteur privé.? Et les femmes qui réussissent sont souvent celles qui adoptent un profil austère, adoptent des qualités masculines, qui internalisent le fantasme de domination des hommes.
Finalement, même lorsqu?il lui ?donne une chance?, l?homme passe beaucoup plus de temps au travail devant le miroir que la femme puisque le monde du travail flatte le sexe ?fort?.
Ibrahim, lui, prend soin de sa personne, c?est indéniable. Mais il reste discret là-dessus. On peut être bon analyste, bon mari, on n?en est pas moins homme. Mais gageons que chez les Koodoruth, on ne se dispute pas pour un morceau de ?glace?.
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