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Quelle communauté de richesses ?

14 mars 2007, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Véritables remous qu?a provoqués le président de la République suite à son intervention sur la radio de la British Broadcasting Corporation mercredi dernier. Sir Anerood Jugnauth s?est exprimé sur le différend qui oppose Maurice à la Grande-Bretagne sur la souveraineté de l?archipel des Chagos ainsi que le retour des Chagossiens dans leur île. Allant jusqu?à envisager une éventuelle soumission de l?affaire à la Cour internationale de Justice. Mais ce petit maelström a connu des précédents, notamment en 2005 (voir encadré).

Rajah Ramdoursingh directeur de la Commonwealth Development Corporation de 1990 à 2000 rappelle qu??un pays membre du Commonwealth of Nations ne peut en poursuivre un autre sauf s?il se retire de cette institution.? Dans cette partie de poker avec la Grande-Bretagne, un retrait du Commonwealth correspondrait-il à abattre notre carte maîtresse ? Quels sont les réels bénéfices que nous engrangeons de cette appartenance ? ?Nous faisons partie du Commonwealth, nous en tirons quelques bénéfices, mais nous ne gagnons pas énormément à en être membre?, a affirmé Anerood Jugnauth lors de cette interview.

Il y a évidemment deux écoles de pensée. Ceux qui considèrent le Commonwealth comme une relique d?un passé colonial qui n?a aucune valeur mais qui permet à ses membres de s?afficher avec la Reine. Des résolutions sont prises et des déclarations sont émises sans qu?il n?y ait aucun suivi. ?La question que l?on se doit de poser est ?que fait le Commonwealth pour les pays qui n?ont pas d?autres institutions internationales pour les soutenir ?? À Maurice nous appartenons d?un côté au Commonwealth et de l?autre, à la Francophonie. J?estime que d?autres instances de l?Organisation des nations unies peuvent faire ce que le Commonwealth entreprend. Nous n?entretenons qu?une relation affective?, affirme Anil Gayan, avocat et ancien chef de la diplomatie mauricienne.

D?autres diront que le Commonwealth a véritablement évolué au fil du temps. Il représente aujourd?hui une force d?assistance technique pour les petits pays et ceux en voie de développement. ?L?île Maurice est un membre précieux de cette association qu?est le Commonwealth. Elle a bénéficié d?une assistance au développement de plus de £1,3 million durant ces cinq dernières années, en sus d?un programme d?assistance technique Pan-Commonwealth équivalant à £ 5 millions?, explique Manoah Esipisu, porte-parole du secrétariat du Commonwealth, basé à Londres.

Le Commonwealth n?est plus aussi influent?

Le Commonwealth s?est spécialisé dans certains domaines, ce qui lui a permis d?aider directement ses membres à faire face à des problèmes communs ou particuliers. En effet, ces pays bénéficient de l?appui d?un vaste réseau d?organismes privés, bénévoles et professionnels, comprenant entre autres, des associations juridiques, médicales, des universités et des parlementaires et des organisations médiatiques et sportives. C?est ainsi que l?adhésion au Commonwealth permet l?accès à un nombre de bourses d?études entre les pays membres, chaque année.

Depuis 1996, le Commonwealth aide les pays membres à faire face à leurs dettes. Il a institué un système de management et de gestion de dettes afin que ces pays puissent gérer leur portefeuille de dettes. Le ministère des Finances mauricien a ainsi pu bénéficier de ce logiciel de gestion de dettes.

?Le secrétariat du Commonwealth aide actuellement le gouvernement mauricien à mettre en place une stratégie de la gestion des dettes et organisera une session de formation à Port-Louis en juillet de cette année pour le ministère des Finances et la Banque de Maurice?, affirme Manoah Esipisu. L?un des principes de l?organisation est aussi de réunir ces petits états en voie de développement afin de leur donner plus de poids dans la balance du commerce international. ?Sans le Commonwealth, la voix solitaire d?un petit pays risque fortement d?être submergée par celle des pays les plus forts à la table des négociations de l?Organisation mondiale du commerce (OMC)?, rappelle Manoah Esipisu.

Au-delà de ces opportunités, il demeure que le rayonnement de cette entité au sein de la communauté internationale s?est considérablement effrité au fil des ans. Le Commonwealth n?est plus aussi influent qu?il l?a été dans les années 60, 70 et 80 en tant que forum par excellence. C?est ainsi qu?en 1961, l?Afrique du Sud est sommé de quitter l?organisation en raison de l?opposition du Commonwealth à sa politique d?apartheid. Après l?élection démocratique d?un nouveau gouvernement multiracial, l?Afrique du Sud fut réadmis au sein du Commonwealth le 31 mai 1994.

Il y a 20 ans, toutes les décisions au niveau international passaient par Washington, Londres, Paris ou Moscou. Avec la chute du mur de Berlin, Washington a acquis une prééminence certaine. Paris, Moscou et bien évidemment Londres ont dû quelque peu céder le pas. Aujourd?hui, finis les grands axes traditionnels. Il faut aussi compter sur la Chine et l?Inde dans l?Est et dans l?Ouest, le Brésil et le Venezuela, dans une plus petite mesure.

Lieu de rencontre de gens très sympathiques

?Il fut aussi un temps où le Commonwealth pouvait se targuer de mener le combat pour le sucre avec le Commonwealth Sugar Agreement. Aujourd?hui, toutes les discussions passent par Bruxelles et Genève à travers l?OMC?, rappelle Anil Gayan. Sachant aussi que ce sont des pays tels que la Grande-Bretagne, l?Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande qui assument le plus gros des dépenses du Commonwealth et qui en conséquence sont les plus influents, quel est le poids des petits pays membres comme l?île Maurice ?

Certes, le Commonwealth n?a pas de constitution à proprement parler mais des principes bien établis. La déclaration de ces principes a été adoptée en 1971 par les chefs de gouvernement réunis à Singapour. Elle spécifie, entre autres, que les États membres doivent favoriser la paix et l?ordre dans le monde en appui à l?action de l?Onu. Plus concrètement, dans quelles mesures Maurice pourra-t-il compter sur le Commonwealth concernant sa propre défense pendant que Diego Garcia, si stratégique, fait partie des besoins de défense de la Grande-Bretagne ? ?Je ne vois vraiment pas quel apport le Commonwealth peut apporter à l?Île Maurice dans le domaine de la défense. Cette institution est aujourd?hui tout simplement le lieu de rencontres de gens très sympathiques et un forum de discussions?, souligne Jayen Cuttaree, ancien ministre des Affaires étrangères. Les tentatives velléitaires de Maurice à couper le cordon avec le Commonwealth se concrétiseront-elles un jour ?

Historique en bref

Nombre de membres : 53

Habitants : 2 milliards d?habitants, c?est-à-dire 30 % de la population mondiale

Chef du Commonwealth : la reine Elizabeth II

Adhésion de Maurice : 1968

Cette organisation internationale a, à ses débuts, réuni les colonies dites ?blanches? de l?empire britannique. Le Canada, l?Australie, la Nouvelle-Zélande et l?Afrique du Sud étaient les premiers membres de ce qui est maintenant qualifié comme étant le ?vieux Commonwealth?. Avec l?accès à l?indépendance de plusieurs pays de l?Asie et du continent africain pendant les années 40 à 60, le nombre de membres du Commonwealth s?est élargi. L?organisation a aussi accueilli plus récemment des pays qui n?ont pas été des colonies britanniques telles que le Mozambique et Cuba.

Association de l?ancien Empire britannique

Le Commonwealth, créé après la Première Guerre mondiale, est une association de pays ayant fait partie de l?ancien Empire britannique (protectorats ou anciennes colonies). Il existe néanmoins de rares colonies n?ayant jamais adhéré au Commonwealth après leur indépendance telles que les Bermudes et le Yémen du Sud. Tous deux ayant recouvré leur indépendance en 1948 et 1967, respectivement. Par ailleurs, des pays membres se sont retirés ou ont été suspendus du Commonwealth. Entre autres,

Irlande (membre depuis 1931-retrait en 1949)

Zimbabwe (suspendu en 2002-retrait en 2003)

Pakistan (suspendu de 1999 à 2004)

Îles Fidji (membre depuis 1970-exclu de 1987 à 1997-suspendu de 2000 à 2001-suspendu 2006)

Terre-Neuve et Labrador (devenus une province du Canada en 1949)

Hong Kong (devenu une région administrative spéciale de la Chine en 1997)

Partira, partira pas ?

Le problème des Chagos a toujours été au centre des débats sur le retrait de l?Île Maurice du Commonwealth. En 2005, le précédent gouvernement avec à la tête le Premier ministre, Paul Bérenger avait envisagé l?éventualité de se retirer du Commonwealth pour pouvoir rechercher un avis sur la question auprès de la Cour internationale de Justice, à la Haye. Le gouvernement comptait aussi solliciter l?appui de l?Organisation des nations unies pour que la question soit portée devant son assemblée générale.

Début janvier déjà, un froid glacial s?installe à nouveau entre Port-Louis et Londres après celui de juillet 2004. Les ?déclarations provocantes? de Bill Rammell, sous-secrétaire d?État britannique aux Affaires étrangères et du Commonwealth, lors de sa venue à Maurice, ce janvier, dans le cadre de la conférence sur les petits Etats insulaires en développement (Sids) ont été très mal accueillis par le gouvernement mauricien. Sa phrase ?votre demande de souveraineté n?est pas valable?, sonne le glas et Paul Bérenger monte au créneau. Ce dernier avait préalablement réclamé une rencontre avec Tony Blair. Bill Rammell argumente avoir obtenu des conseils juridiques solides pour démontrer la non-validité de la souveraineté de Maurice sur les Chagos. ?Nous avons dit que, quand et si nous n?avons plus besoin de Diego Garcia pour des besoins de défense, nous envisagerons alors de céder la souveraineté de Diego Garcia à Maurice?, dira-t-il en substance lors d?une interview accordée à ?l?express? en date du 16 janvier 2005.

Toujours en ce même mois de 2005, Don Mc Kinnon, secrétaire général d?alors du Commonwealth en visite à Maurice appelle à ce que le problème des Chagos ne nuise pas à la démocratie, soucieux que les relations Maurice-Grande-Bretagne restent au beau fixe sur ce point. ?It must not be a wound?, déclare-t-il à ce moment-là à ?l?express?. Mais le Commonwealth est une grande famille. Et, un des membres de cette famille, en l?occurrence, l?Île Maurice, s?est sentie et se sent encore blessée par la question des Chagos. ?Le Commonwealth a le devoir de panser cette blessure. Mais cette institution ne pourra pas le faire parce que les décisions y sont prises par voie de consensus et il n?y aura pas de consensus sur cet épineux problème?, stipule, aujourd?hui, Anil Gayan.

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