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À quand un observatoire de la pollution ?
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À quand un observatoire de la pollution ?
Comme on ne peut pas faire d?omelettes sans casser d??ufs, il ne peut y avoir de développement industriel sans risques potentiels de pollution pour l?environnement. Les cas recensés à la distillerie Alcodis récemment, et dans le port cette semaine, et les protestations enregistrées pour le projet d?incinérateur d?ordures à La Chaumière sont là pour le prouver. Les risques de pollution sont des facteurs qui nécessitent désormais une attention comparable à celle accordée à la production de biens industriels.
Ce qui requiert la mise en place d?un organisme, une sorte d?observatoire permanent réunissant toutes les compétences, du privé comme du secteur public, qui disposent de moyens poussés en matière de détection de pollution et de capacité d?intervention rapide. Cet organisme de coordination fonctionnera un peu à la manière du Central Cyclone and Other Natural Disasters Committee.
Khalil Elahee, chargé de cours à la faculté d?ingénierie de l?université de Maurice, est d?avis que ç?aurait dû être logiquement la principale fonction du département de l?Environnement qui, souligne-t-il, ne doit pas être confondue avec le ministère de l?Environnement. Pour lui, la pollution est directement et indirectement liée à l?utilisation de l?énergie. « La volonté pour la combattre existe, mais le c?ur n?y est pas. Nous nous donnons rarement les moyens requis pour atteindre nos objectifs. Par exemple, le lien entre l?énergie et la pollution est incontournable. La production, la distribution, la consommation de différentes formes d?énergie sont toutes des causes possibles de pollution. Il y a eu des initiatives excellentes, comme l?introduction de l?essence sans plomb, mais il reste beaucoup à faire. À l?heure du changement climatique et de la lutte contre la pollution globale due aux gaz à effet de serre, il ne faut pas oublier les risques plus locaux de pollution. »
La solution selon Khalil Elahee, c?est d?introduire une culture de la gestion de cette ressource. Cela implique la réduction des gaspillages, le recours aux énergies renouvelables et propres, et la promotion du concept de l?efficacité énergétique.
Tiberman Sajiwan Ramyead, ancien directeur du département de l?En-vironnement, estime que l?En-vironment Protection Act de 2002, contient tous les ingrédients pour mettre sur pied cet observatoire. « C?est le rôle de l?Environment Coordination Committee. Le problème à Maurice, c?est que nous sommes trop ambitieux. Nous visons trop loin et nous ne parvenons à réaliser qu?une infime partie de ce qui est préconisé. Nous réfléchissons trop et agissons peu. Il faut passer à l?action. Il faut réactiver les instances telles que la National Environment Commission, présidée par le Premier ministre, et qui est l?autorité suprême en matière de gestion de l?environnement. De plus, tout plan de lutte contre la pollution est voué à l?échec sans la participation active de la population. La sensibilisation est essentielle. Pour y arriver, il faut compter avec le facteur temps. On ne change pas les mentalités et les comportements du jour au lendemain. »
<B>La nécessité d?un débat national</B>
Il est d?avis que le manque de coordination entre les ministères du Logement et des Terres, de l?Environnement, de la Pêche, et des Administrations locales constitue un obstacle majeur à la réussite d?un programme de lutte contre les risques de pollution. « Notre situation, de manière générale, n?a pas atteint un point de non-retour. Cependant, couplé à une tendance à l?inertie, le rythme actuel de notre développement industriel fera que l?irréversible interviendra plus tôt que prévu. »
La nécessité d?un débat national concernant les combustibles aux-quels on a recours pour la production d?énergie s?impose comme pourrait le suggérer la déclaration de Louis Decrop, directeur du Développement Séchilienne-Sidec, partenaire stratégique de la Compagnie thermique de Belle-Vue, de la Compagnie thermique du Sud et de la Compagnie thermique de Savannah.
Il fait un plaidoyer pour le char-bon : « De tous les combustibles fossiles susceptibles d?être utilisés à Maurice, le charbon est celui qui présente le moins de risques pour l?environnement et la santé. Notamment, il évite l?éventualité de pollution des côtes sous l?effet d?une marée noire, et contient moins de soufre que le fuel lourd, celle d?intoxication par production massive d?oxydes de soufre. »
<B>Vers un renforcement de la capacité d?intervention</B>
Maurice dispose de trois plans d?intervention d?urgence en cas de fuite d?huile lourde ou de marée noire. Le premier concerne la pollution sur une petite échelle.
Il s?agit du Port-Louis Harbour Oil Spill Contingency Plan. C?est celui qui est entré en action mardi, à la suite de la découverte d?une fuite d?huile lourde. Il existe ensuite le National Contingency et le Regional Contingency Plan. Le plan d?intervention d?urgence pour la région implique le recours à l?aide des pays avoisinants. Et c?est au ministère de l?Environnement d?en coordonner les activités avec l?aide des gardes-côtes, de la Special Mobile Force (SMF) et de la Mauritius Ports Authority (MPA). Comme équipements, Maurice dispose, entre autres, de deux écrémeuses qui servent à aspirer l?huile de la surface de l?eau, de deux barrages flottants de 400 mètres et 300 mètres respectivement, d?un boudin absorbant qui permet de disperser la couche d?hydrocarbure pour faciliter son aspiration par les écrémeuses, de stocks de dispersants et de matériel pour conserver les hydrocarbures recueillis. Ces équipements ne constituent toutefois pas une garantie que le pays est à même de gérer une pollution de plus de 10 000 tonnes d?hydrocarbures. Si elle a lieu dans des zones côtières, le plan est mis en place avec l?aide de la National Coast Guard. Si la pollution a lieu à l?intérieur du territoire, le plan est exécuté avec l?aide de la SMF. « Maurice n?est pas à l?abri d?une marée noire », soutient Siddick Chady, président du conseil d?administration de la MPA. Pour lui, la fuite de mardi a permis d?évaluer les forces et faiblesses de notre système d?intervention. « Il faut désormais revoir la coordination qui devrait exister entre les parties concernées. » Parmi les mesures qu?il préconise, l?augmentation du stock de dispersants qui devrait passer de 60 fûts à une centaine, l?achat d?une nouvelle barque de nettoyage de la surface du port, l?organisation, au moins deux fois par an, d?un exercice de simulation, tout particulièrement le port. Siddick Chady évoque aussi le recours à un système d?alerte satellitaire. « Dans ce genre d?opération, on ne peut pas se permettre de perdre ne serait-ce qu?une seule seconde », affirme notre interlocuteur.
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