Publicité

«Il ne faut pas séparer l?économie du social»

10 mars 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>39 ans après son indépendance, comment Maurice se débrouille-t-elle ? </B>

Maurice est une success story, pour trois raisons. D?abord, il est un des rares pays qui a pu maintenir une démocratie depuis son indépendance. Et c?est très profond cela, pour un pays en voie de développement qui n?a pas d?autres ressources que sa population. La cohésion sociale est aussi un élément important malgré le fait qu?il y a des tensions. Finalement, je pense que le niveau d?éducation des Mauriciens et leur exposition à un mélange de cultures leur permettent de fonctionner partout dans le monde.

● <B>Notre succès passé peut-il nous aider à faire face aux défis d?aujourd?hui? </B>

Je le pense. Le centre de gravité économique est en train de bouger vers la Chine et l?Inde. Les opportunités pour Maurice de prendre avantage de la croissance immense de la Chine, par exemple, sont là. Nous avons une composante de la population d?origine chinoise à Maurice et il nous faut exploiter cela.

● <B>Est-il à ce point important d?avoir une population chinoise pour faire des affaires avec la Chine ou indienne pour le faire avec l?Inde ? </B>

Quand on veut faire des affaires avec un étranger, il faut connaître sa culture, sa langue. Culturellement, il doit y avoir un certain degré d?affinité. Le relationnel est important pour les hommes d?affaires chinois alors qu?à l?Ouest, nous n?avons pas le temps pour le relationnel.

● <B> Pensez-vous que notre réaction à la mondialisation est juste ? </B>

Il ne faut surtout pas penser que Maurice est le seul pays qui est en train de faire face aux problèmes que pose la globalisation. L?impact est aussi fort en Chine, aux états-Unis, qu?ici. La globalisation est là pour durer. Ce qu?il faut faire maintenant, c?est adopter de nouvelles techniques qui permettront d?ajouter de la valeur à nos produits et à nos services. Au Canada, il y a des pertes d?emplois parce que la majorité de ces compagnies est en train d?investir en Chine et en Inde. Même les syndicalistes sont d?accord qu?ils n?y peuvent rien.

● <B>Vous avez bien de la chance ! Vos syndicalistes comprennent ces choses-là ? </B>

Ils ont compris qu?on ne peut pas continuer à lutter pour garder un travail qui paie $10 de plus qu?en Chine. La globalisation focalise sur la productivité. Nous ne pouvons continuer à consommer ce que nous ne produisons pas. Et dans beaucoup de pays, il y a ce sentiment d?avoir des droits acquis mais les droits acquis ne sont plus acquis quand toute la façon de faire du business a changé de manière drastique. Maurice s?est déjà réinventée et elle peut le faire une nouvelle fois. La mondialisation a changé les règles du jeu à travers le monde. Les syndicats ont joué un rôle extrêmement important et positif dans la vie des travailleurs. Aujourd?hui, les syndicats doivent se trouver une autre mission.

● <B>Sommes-nous en train de bien gérer les conséquences de la mondialisation ? </B>

Je pense que le gouvernement est en train de mettre beaucoup d?accent sur l?innovation et la productivité et c?est une bonne chose. Ce sont des choses qu?il faut absolument faire. Le secteur privé mauricien a eu beaucoup de succès parce qu?il a su garder le coût de la main-d?oeuvre bas. Mais tout ce que le secteur privé a fait jusqu?ici, c?est d?agir comme un intermédiaire entre les producteurs et les consommateurs ; ils achètent et ils revendent et ce faisant, font des profits. Cela a très bien marché dans un environnement d?affaires stable quand on peut toujours se permettre de payer les laboureurs un maigre salaire journalier et quand on sait que le gouvernement signera des accords préférentiels. Mais maintenant tout cela a changé et le secteur privé mauricien doit pouvoir changer.

● <B>Ce genre de discours, on l?entend souvent de nos gouvernants mais l?action ne semble pas suivre. . . </B>

Ces choses ne vont pas changer du jour au lendemain. Les gens doivent subir des chocs pour qu?ils changent. Les pays ont besoin de chocs. La mentalité ne change pas tout d?un coup. Au niveau du pays aussi, cela prend du temps.

● <B>Mais n?y a-t-il pas là le danger que les gens refusent de changer de mentalité ? </B>

Le refus du changement est une des caractéristiques de l?être humain. Le changement prend du temps mais demande surtout beaucoup d?influence. Il y aura toujours de la résistance parce que le processus est désordonné. Il requiert beaucoup d?efforts pour influencer les gens et surtout de les amener à voir des choses qu?ils ne voient pas. Et il y aussi l?élément de peur parce que tout le monde veut être dans une zone de confort. Mais avec la mondialisation, c?est la zone d?inconfort ? celle où l?on est constamment prêt à se remettre en question ? qui est la zone de confort et de sécurité.

● <B>L?autre refus de changement concerne l?état providence. Quel est votre avis à ce sujet ? </B>

La façon dont les citoyens pauvres d?un pays sont traités en dit beaucoup sur ses valeurs. Je pense qu?il est très important que tout le pays comprenne qu?il y a des gens dans la société qui doivent être pris en charge. Cela dit, ce traitement ne peut être appliqué à tout le monde car l?état providence coûte très cher. L?état providence n?est pas gratuit parce que quelqu?un, quelque part, est en train de payer pour son maintien. Il faut avoir un bonne protection sociale mais il faut aussi réévaluer la façon dont l?état providence fonctionne. Le contribuable veut que son argent soit dépensé de façon intelligente et il met la pression sur le gouvernement pour que cela se fasse.

● <B>Mais ici, le contribuable veut que l?argent lui soit directement redistribué ! </B>

Je pense que les Mauriciens doivent assumer plus de responsabilités. Ils ne doivent pas penser qu?ils ont des droits acquis. Mes frais d?examens du HSC, par exemple, ont été payés par mes parents et ils ne se sont pas plaints. Ils ont épargné et au lieu d?acheter une bouteille de whisky, ils ont mis l?argent de côté. Il faut avoir des priorités. Tout est une question de choix.

Je crois dans le partage des coûts. Il faut remettre les choses en question ; si le gouvernement donnait quelque chose gratuitement depuis des années, est-ce que cela veut dire qu?il doit toujours le faire ?

● <B>Quel est votre opinion sur la question de paiement des frais d?examens ? </B>

C?est terrible de dire à un parent qui n?avait pas l?habitude de payer les frais d?examens de son enfant qu?il faut qu?il le fasse, sans préavis. Il faut donner aux gens le temps de penser différemment, il faut réformer par phases. Le traitement de choc est bon mais il ne faut pas l?utiliser trop souvent sinon, il ne marche plus.

● <B>L?éducation gratuite veut-elle aussi dire la gratuité au niveau universitaire ? </B>

Rien n?est gratuit ; quelqu?un est toujours en train de payer. C?est au gouvernement de décider quel secteur qui va lui rapporter le plus. Mais la stabilité sociale est extrêmement importante. La croissance et le produit national brut (PNB) sont importants mais pas au détriment de la stabilité sociale. Il faut des gens en bonne santé pour produire le PNB. Le danger vient quand on veut séparer le social de l?économie.

● <B>Selon un sondage, 42 % des Mauriciens quitteront le pays s?ils en avaient l?occasion. Quelle en est votre appréciation de cet état des choses ? </B>

Ce n?est pas nouveau. Les Mauriciens ont toujours dit qu?ils s?en iraient, s?ils le pouvaient. Il ne faut pas dramatiser car ce n?est pas une mauvaise chose. Maurice a été une exportatrice de ressources humaines depuis longtemps. Les Mauriciens ont souvent réussi ailleurs. L?em-ployé qui a du talent, peut aujourd?hui aspirer à aller travailler n?importe où. Quand la personne revient, elle revient au pays enrichie. Voyez l?Inde. Ses informaticiens ont révolutionné la Silicon Valley et ils ont maintenant mis leur expérience à la disposition de leurs pays. Le défi pour Maurice sera de persuader les Mauriciens de revenir avec leurs compétences acquises ailleurs pour qu?ils les mettent à la disposition du pays.

● <B>C?est un gros défi que Maurice ne semble pas prête à relever ! </B>

Vous savez, les gens sont fidèles à leurs profession, donc ils iront là où ils peuvent s?épanouir. Les employés ne resteront pas dans une compagnie où l?administration est mauvaise ou si le salaire est bas s?ils ont le choix. Les employeurs doivent aussi se rappeler cela s?ils veulent garder leurs employés talentueux.

Publicité