Publicité
Fuite d?huile lourde : un rapport de la MPA met Shell en cause
Par
Partager cet article
Fuite d?huile lourde : un rapport de la MPA met Shell en cause
Shell Mauritius Ltd et la Mauritius Ports Authority (MPA) se renvoient la balle. Derrière ce litige : la fuite d?huile qui a envahi le port depuis samedi. Un rapport démontre que Shell est responsable de cette fuite, affirme le président de la MPA, Siddick Chady.
Entre-temps, à hier après-midi, l?opération de nettoyage a été complétée à 100 % et 1,4 tonne d?huile lourde a été collectée. Le liquide récupéré sera recyclé par des agences spécialisées à Maurice.
La MPA est, elle, bien décidée à présenter la note des frais de nettoyage à Shell, expliquait son président à l?express hier.
?Tous les tuyaux situés sous les quais sont la propriété de la MPA. Ce tuyau particulier est défectueux depuis novembre 2005. La MPA avait lancé un appel d?offres pour le faire réparer en 2006, mais le nécessaire n?a pas été fait jusqu?ici?, déclare Maurice Lionnet, directeur de la distribution de Shell. ?Nous avons alloué les travaux et ils démarreront le 15 mars?, ajoute-t-il tout en précisant que c?est Shell qui utilisait ce pipeline, mais il ?avait été mis hors service à cause d?un problème de corrosion?.
Du côté de la MPA, c?est un autre son de cloche. ?C?est Shell qui utilisait ce tuyau et la maintenance est sa responsabilité. Le contrat avec la firme à qui elle avait confié cette responsabilité a pris fin en décembre et ce n?est qu?en avril qu?elle va en nommer une autre. Pour nous, les choses sont claires et nous allons lui réclamer le remboursement des dépenses pour réparer les dégâts?, indique Siddick Chady. Ce dernier trouve d?ailleurs ?étrange? que ce n?est que samedi à 12 h 30 que Shell a alerté les autorités portuaires. ?Selon nous, la fuite a bien pu commencer deux ou trois jours avant samedi?, avance le président de la MPA. D?autres cadres de la MPA soutiennent la version de Siddick Chady en ce qui concerne la responsabilité de Shell.
Barrage pour stopper la fuite
Dès lundi, la MPA avait pu cerner l?origine du problème, à savoir qu?une fuite dans un tuyau de ravitaillement est responsable de cette pollution. Le même jour, des employés de la compagnie AEL DDS Ltd travaillaient pour le compte de la compagnie Shell au quai D.
Dès 7 heures le matin, ils nettoyaient le drain sous lequel traverse un gros conduit d?huile lourde après que des plaques de bétons eurent été enlevées. A l?aide d?un râteau, ces employés grattaient ce drain avant de ramasser cette huile lourde avec une pelle. Celle-ci a été par la suite déversée dans un seau qui est ensuite vidé dans un entonnoir pour remplir des barils en métal. Ce travail sans relâche a pris fin vers 21 heures lundi.
En attendant que le travail reprenne hier, un barrage avait été installé dans ce drain pour stopper d?autres déversements.
Quelque cent mètres plus loin, des sapeurs-pompiers du Port se trouvaient sur le quai. Ils travaillaient en étroite collaboration avec des éléments de la National Coast Guard. Ces derniers, à bord d?un heavy duty board, déplaçaient le cordon pneumatique pour contrôler le mouvement de la marée noire.
Sur le quai, des sapeurs-pompiers du Port procédaient au skimming pour aspirer la nappe d?huile. Un exercice placé sous la supervision de Shreenath Parahoo, Port Emergency & Environment Controller.
Si la thèse du foul play est maintenant totalement écartée par toutes les parties impliquées, Maurice Lionnet n?écarte pas ?une mauvaise manipulation qui a pu aggraver la situation?. Une déposition a été consignée à la police par les responsables de Shell alors que les travaux de nettoyage étaient en cours.
Les quais A et D ainsi que le bassin du Caudan Waterfront ont été particulièrement affectés par cette fuite. Une douzaine de bateaux de plaisance amarrés à la marina a été abîmée par cette marée noire. Des propriétaires de ces bateaux ont envoyé une pétition à la marina afin que des frais encourus par le nettoyage de leur bateau soient pris en charge par le responsable de cette fuite.
La police du Port enquête pour faire la lumière sur cette affaire.
Vinesen ABEL
MESURES D?URGENCE
Sommes-nous parés face à une marée noire ?
Des bouteilles enrobées d?huile lourde qui flottent dans une mer noire dans la marina du Caudan. La scène date de dimanche. Et déjà, Maurice a déjà à son actif au moins quatre cas de pollution industrielle depuis le début de cette année. Que faire dans ces cas d?urgence ? Le pays est-il préparé face à un scénario bien plus catastrophique ? Des experts dans le milieu commentent?
D?abord, il faut savoir que pas moins de 740 millions de tonnes de produits pétroliers passent par notre région. Le sud-ouest de l?océan Indien comprend trois routes principales empruntées par des pétroliers de fort tonnage, représentant environ 30 % du trafic mondial de produits pétroliers mondiaux. Et l?hypothèse d?un drame n?est donc pas à être écartée.
Maurice dispose-t-elle des moyens nécessaires pour faire face à une marée noire ? Oui et non, répondent les spécialistes de la question. ?Avec les équipements du port, nous pouvons faire face à des fuites jusqu?à 5 000 tonnes. Au-delà, cela devient problématique?, avance Siddick Chady, président de la Mauritius Ports Authority (MPA).
Plus optimistes, des sources au ministère de l?Environnement indiquent que ?Maurice est préparée, mais on ne peut jamais l?être à 100 %. Il y aura toujours des choses à apprendre et à corriger, mais nous avons les compétences et une certaine expérience en la matière?.
Et du vécu, Maurice en a, du moins en ce qu?il s?agit des fuites jusqu?à une certaine importance. Face à la fuite d?un tuyau qui a causé une nappe d?huile lourde dans le port dimanche, le nettoyage devrait s?achever aujourd?hui. Idem pour les autres cas de pollution enregistrés depuis cette année : les autorités ont réagi plus ou moins promptement.
Exercices de simulation
Est-ce que cela signifie que nous sommes prêts en cas de grosse catastrophe ? ?Sur papier, nous le sommes. Des exercices de simulation sont effectués régulièrement, mais on ne peut pas faire plus que de limiter la casse?, commente Ananda Rajoo, conseiller au ministère de l?Environnement de 2000 à 2005. La prochaine simulation aura lieu en mai et impliquera des organismes de toute la région de l?océan Indien. Ce type de mise en situation réelle a lieu tous les quatre ans alors que des exercices de simulation ont lieu sur le plan national chaque année.
Trois types de plan d?urgence existent : le Port-Louis Harbour Oil Spill Contingency Plan, le National Oil Spill Contingency Plan et le Regional Oil Spill Contingency Plan. Ce dernier appelle à une coopération entre pays de la région en cas de situation extrême. ?Chaque année, le plan national est revu et corrigé en s?inspirant des cas auxquels nous avons dû faire face durant l?année?, déclare une source avisée au ministère de l?Environnement.
Si la fuite est de 0 à 10 tonnes, les autorités, dont la MPA, les pompiers, la garde-côte, la police, la Special Mobile Force et le ministère de l?Environnement pourront faire face avec les équipements et hommes disponibles. Si la fuite d?huile lourde ou autre polluant est supérieure à 10 tonnes, ce sera déjà plus difficile, avoue-t-on du côté des organismes concernés. ?Mais nous pouvons compter sur le soutien des autres pays de la région?, affirme un cadre du ministère de l?Environnement. A titre indicatif, jusqu?ici, 1,8 tonne d?huile lourde aurait été pompée au Caudan.
Mais il vaut mieux prévenir que guérir. ?Il serait criminel de notre part de ne pas prendre des mesures préventives. D?accord, il faut des plans nous permettant de réagir vite mais il faut également que les entreprises ou zones à risque soient soumises à des audits de prévention?, fait valoir Ananda Rajoo.
La prévention existe, assure le ministère de l?Environnement. L?Environment Protection Act de 2002 prévoit que chaque compagnie à risque doit faire régulièrement un audit de ses installations et doit avoir un plan d?urgence en cas de déversement. ?Nous ne pouvons pas dire qu?elles ne le font pas?, confie notre source au ministère. Mais le fait est que plusieurs cas de pollution ont déjà été notés cette année?
Patrick HILBERT
Publicité
Publicité
Les plus récents