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Ces femmes qui s?engagent
Mieux vaut agir que parler. Ce leitmotiv, les femmes l?ont appliqué à la lettre. Proactives, militantes, elles prennent les devants ! Non, ce ne sont pas des suffragettes, ni des activistes, ou encore moins féministes.
Il s?agit tout simplement de femmes qui ont décidé de s?exprimer et de s?engager dans la défense des causes qui leur tiennent vraiment à c?ur. Loin de se cantonner au rôle de mère, elles s?attellent désormais à celui de fonceuses et de créatrices.
Depuis quelques années, on assiste à une plus grande mobilisation de la gent féminine sur tous les fronts.
À Maurice, par exemple, depuis quel-ques années, on dénombre une plus grande représentation sur la scène politique, dans l?entrepreneuriat, la prise de décision, la profession.
Sur le plan social, elles sont encore plus actives. Face à la pédophilie, la maltraitance, le viol des femmes et des enfants, des mouvements de mobilisation ont vu le jour, des associations caritatives ont été créées pour dénoncer des injustices, ?uvrer pour leur éradication ou axer sur la sensibilisation. Forte de ses motivations personnelles, de ses propres convictions ou prises de position, la femme agit. Et par ricochet, elle rallie les autres à sa cause.
Promouvoir les droits
Les autorités se sont, quant à elles, pleinement engagées pour promouvoir les droits des femmes. « Elles ont aujourd?hui plus accès aux informations. Nous avons entamé des campagnes agressives, lancé des symposiums, des ateliers de travail, des formations et aussi des instances d?écoute et d?intervention pour qu?elles soient plus au fait de leurs droits et pour qu?elles participent davantage à la société en général », soutient Mohini Bali, Acting Head de la Women Unit du ministère des Droits de la femme.
Maurice est aussi active sur le plan régional. Par exemple, elle est partie prenante de la Beijing Platform for Action, ainsi que de la SADC Declaration on Gender and Development, entre autres.
La voix des femmes a du poidsOn assiste donc à un réveil des femmes pour mieux s?engager. Pourquoi ? « Ce militantisme dé-coule de l?aboutissement d?efforts et d?ouvertures pour qu?elles puissent entreprendre des actions. Par exemple, il y a une féminisation du monde du travail. On voit plus de femmes avocats ou médecins. Les parents, quant à eux, changent un peu d?attitude et investissent davantage dans l?éducation, dotant les filles de meilleures facilités d?acquisition de formation et d?expression de leur personnalité », constate la sociologue Chandra Rungasawmi.
Pour la psychologue Christiane Fok Tong, cet engagement plus soutenu démontre qu?il y a une prise de conscience que la voix des femmes a du poids et une volonté pour faire bouger les choses : « Auparavant, la condition de la femme ne permettait pas cette liberté individuelle. Donc, on peut penser qu?effectivement, l?engagement plus visible des femmes de nos jours est un signe que la condition féminine a évolué. »
On ne peut que saluer leurs efforts
Évolution certes et émergence d?une nouvelle génération, con-cède Jane Valls, de Soroptimist et de Women In Networking (WIN). « Nos mères se sont battues pour le droit au vote. Aujourd?hui, notre génération arrive à mieux se positionner et à s?adapter au monde masculin. La génération émergente va demander à ce qu?il y ait une so-ciété plus égale où elles peuvent mieux s?exprimer. La femme assume aujourd?hui plusieurs rôles : de la mère, à l?épouse, en passant par la professionnelle. Elle a plus confiance en elle désormais. »
Sentiment qui lui a permis de mieux s?affirmer et de multiplier les actions pour défendre sa cause. À quelques jours de la journée mondiale qui leur est dédiée, on ne peut que saluer leurs efforts. Comme le dit si bien l?écrivain français Christian Le Guillochet : « Il faut créer l?action, parce que l?action crée le mouvement, et que le mouvement entraîne les individus ! » Gageons pour que nos compatriotes persévèrent dans cette voie et puissent maintenir le cap.
LES CELEBRATIONS DE LA JOURNEE MONDIALE
Le 8 mars ne serait pas l?unique jour pour rendre hommage à la femme. Le ministère des Droits de la femme a dressé un calendrier étoffé jusqu?au 30 mars avec de nombreuses activités pour marquer l?événement. Le 8 mars, l?inauguration officielle du National Women Development Centre de Ph?nix est prévue. Cette instance agira comme une one stop organisation et regroupera notamment l?Entrepreneur Development Centre, avec des formations et lieux d?exposition et de vente des produits des femmes entrepreneurs, un Information Technology Centre, un Home Economics Resource Centre, un Keep Fit Centre, de même que le Family Support Bureau des Plaines-Wilhems. Le lancement se fera à 10 heures. Le même jour, des visites aux femmes en détresse à Cité La Cure, Bois-Marchand et Triolet, aux employés expatriés de Star Knitwear auront également lieu. Les jours suivants, d?autres visites se feront dans différentes régions de l?île. Le 13 mars, le ministère procédera à la pose de la première pierre d?un centre pour femmes à Notre-Dame. Le 21 mars, la Women Sports Association sera inaugurée au Serge Alfred Sports Complex, à 10 heures. Cette organisation visera à encourager les femmes à pratiquer du sport. Et le 30 mars, une autre pose de première pierre est prévue à Triolet pour un centre favorisant l?empowerment des femmes.
■ Roselie Bugwondeen : les enfants d?abord !
Pour les petits et les grands, Roselie Bugwondeen est à l?écoute ! Mère d?un petit garçon bègue, elle a fondé l?association Parole d?Espoir, en 2006, afin de soutenir parents et enfants qui souffrent de cette affection. « J?ai voulu m?engager dans ce combat contre l?apitoiement sur le sort des bègues. C?est en soutenant mon fils qu?il a pu s?en sortir. Je voulais aider, écouter d?autres enfants et parents car rien n?est fait pour l?encadrement. Nous les regroupons et effectuons la formation avec une psychologue et une orthophoniste », explique-t-elle. Ce week-end, l?association a organisé ses premières activités publiques pour rallier les gens à leur cause. Cela permet donc à Roselie Bugwondeen de concrétiser la mission sociale pour laquelle elle s?est engagée depuis l?adolescence, alors qu?elle était accompagnatrice d?enfants en difficulté. « Une nuit, j?ai trouvé Cindy, une fillette de cinq ans, seule dans le noir. Elle tenait deux bébés dans ses bras. Le père était en prison. Elle m?a dit qu?elle devait se dépêcher pour essayer de cuire car sa mère allait arriver Je ne pouvais pas la laisser ainsi. Je l?ai ramenée chez moi pour l?aider », confie-t-elle. L?image de cette fillette est restée gravée à jamais dans sa mémoire et dans son c?ur. Les années se sont succédé et Roselie a continué à ?uvrer pour de nombreux enfants victimes des rudes conditions de la vie. Cette femme de c?ur a ainsi pu contribuer à leur tendre la main.
■ Eileen Marie : par-delà les barreaux
« Mo pans avec santiman enn mama. Si mo ti ena enn zanfan ou bien enn fami dan prizon, mo ti pou envi ki enn dimounn soutenir moi » : telle est la motivation d?Eileen Marie, membre du groupe Elan, qui s?active à la réinsertion des détenus et de leurs proches. Depuis 1996, elle s?est jetée dans les méandres de l?engagement. « Mo ti le aide bann fam dan prizon. Mon finn al laba pou ekout zot me osi enkouraz zot. Zordi, mo travay avec bann misie dan prizon osi. Mo ale get zot madam ek zanfan pou ed zot moralman », confie-t-elle.
Outre le soutien moral, Eileen Marie prépare les familles à accueillir leurs proches détenus à leur sortie et permet à ces derniers de se réinsérer dans la société et de trouver du travail. Elle est également très active au niveau des adolescentes en centre de détention. « Boukou finn rezete par zot fami, nou sey ekout zot ek fer zot regaign konfians dan zot. Mo ti touzour le fer kote sosial, reabilitasion parski mo sey met moi dan zot plas. Li pa fasil me lavi pa aret avek prizon. Ena enn sime sorti et bizin soutenir bann seki pe passe par sa leprev la », indique-t-elle.
■ Pamela Bapoo-Dundoo : l?appel de la nature
« En 1996, il n?y avait que neuf cateaux vertes à Maurice. Aujourd?hui, l?espèce a pu être sauvée de justesse. Avec une technique de reproduction en captivité, on en compte 350 », affirme Pamela Bapoo-Dundoo, coordinatrice nationale pour le Global Environment Facility Small Grant Programme, mis en place par l?United Nations Development Programme (UNDP). Ainsi, elle gère un mécanisme financier pour assister les ONG et les associations communautaires dans leurs projets visant à la protection de l?environnement, qu?il s?agisse de la biodiversité, du changement climatique, de la pollution des eaux ou de la dégradation des sols. Éco-conseillère de formation, Pamela Bapoo-Dundoo a travaillé au sein de l?UNDP à Genève.
Son dévouement pour l?environnement lui vient de sa mère. Cette dernière l?a sensibilisée, dès l?enfance, aux problèmes environnementaux. « Je me souviens d?un cas où un pétrolier, l?Amoco-Cadiz, avait fait naufrage et déversé du pétrole sur les côtes de la Bretagne, en France. Cela m?a marqué », ajoute notre interlocutrice. Revenant à Maurice, elle a voulu se donner à fond dans cette mission. « Je suis rentrée depuis dix ans et je voulais m?investir, car je crois que nous avons le devoir de laisser un avenir correct pour nos enfants. Nous n?avons pas le droit de l?hypothéquer », déclare-t-elle.
■ Claudia Ng : au nom du sport
Aérobic, step, tai bo, danse latine? Toutes ces disciplines sportives, Claudia Ng les met au service des femmes. Coach de la Commission nationale du sport féminin (CNSF) depuis sept ans, elle encourage ses pairs et les motive à fond. « J?anime ces cours quotidiennement à Beau-Bassin. Le sport, c?est la santé, ça aide à gérer le stress qui est la plus grande maladie du siècle. J?ai eu des femmes qui avaient des tendances suicidaires et quand je leur ai parlé, je les ai encouragées à venir faire du sport. Depuis, il y a eu des résultats probants », affirme notre interlocutrice. Formatrice en sport, elle tâche d?agir au mieux pour soutenir les femmes et les sensibiliser à l?importance de l?activité physique et ses bienfaits. Régulièrement, Claudia Ng anime, gratuitement ou pour une somme modique, des séan-ces de sport dans les centres communautaires de l?île. Conjuguant son rôle de mère et d?épouse, elle n?a de cesse d?être sur le terrain pour motiver ses troupes. Car le sport, dit-elle, ne peut faire que du bien !
On a l?impression que les femmes s?engagent plus dans la société que les hommes. Est-ce un mythe ou une réalité ?
Il est difficile d?avancer des chiffres avec exactitude, mais c?est un fait que les femmes s?engagent de plus en plus. Il faut reconnaître que la femme, jusqu?à très récemment, n?avait pas voix au chapitre. Elle était souvent cantonnée à un rôle passif et c?était les opinions et les idéaux des parents ou de la belle-famille qui primaient. C?est encore le cas à Maurice dans de nombreux foyers. Mais grâce à l?émancipation de la femme, sa voix se fait entendre pour défendre les causes qu?elle juge justes et nobles. L?impression que les femmes s?engagent plus que les hommes est peut-être due au fait qu?elles deviennent de plus en plus autonomes dans notre société.
Quelles sont les raisons qui poussent ces femmes à prendre des actions ?
L?engagement dans une cause sociale a généralement trait à leur position de femme, voire même celle (réelle ou éventuelle) de mère. Souvent, elles luttent pour les causes qui ont un rapport plus ou moins direct avec la condition des enfants, leurs souffrances et leur devenir. Parallèlement, on peut voir les causes liées au bien-être des enfants, à leur protection ou réhabilitation ainsi que pour l?épanouissement de la famille. Ces raisons sont effectivement en relation, de près ou de loin, à leur regard ou à leur statut de mère, dont la fonction est de protéger et de sécuriser l?enfant. Il y a, évidemment, des motivations liées à la condition féminine, et qui poussent les femmes à agir car elles veulent que les choses évoluent et qu?elles aient le droit de choisir. Le débat sur l?avortement en est le parfait exemple.
Hommes et femmes s?impliquent-ils de la même manière ? Quelles sont les différences ?
Les causes pour lesquelles les hommes s?engagent sont en général plus liées à des enjeux socio-politiques ou des idéaux politiques, c?est-à-dire la manière dont l?État délègue et exerce son pouvoir sur le peuple. Les causes socioculturelles sont, quant à elles, très présentes car les hommes attachent beaucoup d?importance à leurs racines et au nom qu?ils transmettent à la génération suivante.
Enfin, ceux qui adhèrent à des causes religieuses et culturelles font un rappel de leur appartenance identitaire et des valeurs qu?ils souhaitent voir perdurer. Toutefois, les hommes peuvent aussi s?engager pour des raisons très personnelles, comme une recherche spirituelle ou un défi lancé à leurs propres limites.
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