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Décès de Michaël Leal
Une étrange coïncidence veut que la tempétueuse fermeture de notre DWC intervienne quelques jours seulement avant le 25e anniversaire de la mort de son premier président-directeur général, l?Honorable Michaël Leal. Désigné comme député correctif de la circonscription No 1, après les élections législatives de la Saint-Gaëtan 1967, Michaël Leal est appelé à occuper plusieurs postes ministériels. Il démissionnera comme membre du gouvernement et de l?Assemblée législative pour créer de toutes pièces la Development Works Corporation. Celle-ci se veut l?amélioration structurée et rationnelle d?une malencontreuse tentative travailliste d?atténuer l?épineux problème du chômage, au lendemain de l?Indépendance. Le gouvernement de Seewoosagur Ramgoolam espère atténuer le problème de chomâge, en offrant un travail de relève, à mi-temps à des dizaines de milliers de demandeurs d?emploi. Cette allocation-chômage déguisée démarre dans l?amateurisme le plus total. Des foules se pressent aux centres de recrutement où aucun encadrement n?est prévu pour les prendre en charge, avec pour résultat des centaines de milliers de journées rémunérées mais sans aucun travail effectif. Le populo a vite fait d?appeler cette mascarade : ?Les Quatre jours à Paris?, du titre d?une opérette, jouée à l?époque aux théâtres municipaux de Port Louis et de Rose Hill.
Tout en démarrant dans l?improvisation la plus totale et se débrouillant avec les moyens du bord disponibles, Michaël Leal se lance, en vrai pionnier, dans cette aventure humaine où il est tout autant question de sécurité sociale (fournir un emploi rémunéré d?urgence aux cas les plus nécessiteux) que de formation technique et professionnelle, rôle assumé aujourd?hui, avec le succès que l?on sait, par notre IVTB.
Michaël Leal installe, pour commencer, sa DWC naissante dans les premiers locaux disponibles, à savoir d?antiques bâtiments portuaires, ayant notamment servi comme entrepôts ou de casernes au temps des Français, puis comme Arabian Docks au XIXe et au XXe siècles, à toucher de notre Grenier, construit durablement par l?ingénieur Austeen dans les années 1930. D?autres préféreront exiger pour commencer un bureau flambant neuf, dans un bâtiment ultramoderne. Preuve que n?est pas Michaël Leal qui veut.
Pour commencer, Michaël Leal récupère tout ce qu?il peut obtenir dans les dépotoirs des différents ministères et départements gouvernementaux, comme véhicules utilitaires mais aussi outils, équipements mécaniques, groupes électrogènes, bref tout ce qui est classé hors d?usage et irrécupérable. Ce bric-à-brac lui servira de multiples façons. Tout d?abord, il entraîne une partie de ses hommes à réparer et à remettre en état de marché ces véhicules et ces équipements, à les modifier même pour simplifier leur utilisation, à les entretenir pour qu?il puisse reprendre du service, se rendre utiles au transport des hommes et des matériaux sur les différents chantiers. L?île Maurice prend alors l?habitude de voir circuler des véhicules plutôt hétéroclites, peints en rouge vif, avec le sigle désormais incontournable de la DWC. Les anciens joueurs de dominos des Quatre jours à Paris portent désormais un bleu de travail dont ils sont très fiers. Pour Michaël Leal, ils sont prêts à faire des heures supplémentaires même sans être rétribués. Ce dernier, il est vrai, se conduit comme un véritable père pour des travailleurs, en quête de meneurs d?hommes et d?idéal de vie. Il sait leur parler, les toucher au c?ur, au point le plus sensible, leur dignité.
Au départ, Michaël Leal est admirablement secondé par le fondateur, à Maurice, des Jeunes Fermiers, Clovis Vellin, excellent professeur de géographie au collège du Saint-Esprit. L?express en fait son homme de l?année, le 31 décembre 1972. Il est pourtant limogé dans les semaines qui suivent. L?unique, mais impardonnable, péché de Clovis Vellin c?est qu?il n?est pas politicien ni diplomate pour un sou. Il pousse l?insolence jusqu?à jeter dans la corbeille à papier les envahissantes recommandations ministérielles, sommant la naissante DWC de recruter sur-le-champ les personnes ainsi recommandées ministériellement.
Meilleur politique et diplomate, Michaël Leal survit au courroux apoplectique de ses anciens collègues du cabinet. Jusqu?à sa mort, il luttera de toutes ses forces pour motiver ses hommes afin qu?ils donnent à leur DWC ses lettres de noblesse et lui permettre de tenir la dragée haute aux autres entreprises de construction et de travaux publics. Elle arrive graduellement à supplanter le ministère des Travaux publics en tant que premier contracteur du gouvernement, pour les innombrables travaux de construction, de rénovation et d?entretien à entreprendre de toute urgence, au niveau de la multitude de bâtiments gouvernementaux de toutes sortes. Pour pouvoir bénéficier des précieux services de la DWC, il suffit pourtant de téléphoner à Michaël Leal et de lui exposer la nature du problème. Comme il connaît tout le monde à Maurice et les moindres recoins du pays, il n?a guère de peine à identifier le nouveau problème qui lui est soumis. Son cerveau prolifique imagine déjà comment le régler le plus durablement, au moindre coût et le plus rapidement possible.
Tout autre aurait déjà été submergé par ces appels de détresse venant de toutes parts. Il faut davantage pour combler la satisfaction personnelle d?un entrepreneur comme Michaël Leal. Non seulement, il assure le bon fonctionnement administratif d?un corps parapublic comme la DWC, non seulement il s?ingénie à répondre aux innombrables requêtes qui lui sont faites quotidiennement, ne voilà-t-il pas qu?il se lance dans des entreprises pionnières aussi ambitieuses sur lesquelles une prochaine chronique reviendra.
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