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Marie-Thérèse Humbert : ?Il ne faut jamais cesser de combattre?
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Marie-Thérèse Humbert : ?Il ne faut jamais cesser de combattre?
?Je ne suis pas quelqu?un de l?oral mais de l?écrit. Je passe ma vie à écrire. Je parle assez mal?, insiste d?emblée Marie-Thérèse Humbert, lors de la conférence, ayant pour thème Le roman de mes romans, tenue mardi dernier à la Résidence de France. Elle aura ainsi titubé sur des mots, trop révélateurs des sensations intimistes, pour ensuite essayer de se rattraper avec d?autres mots moins ?compromettants?. L?hiatus entre l?oral et l?écrit s?installe. Celui entre le ?je? de la personne et le ?je? de la romancière aussi. Difficile de se situer à la frontière des genres. Mais pas pour Marie -Thérèse Humbert dont la spontanéité n?a d?égal que la soif d?authenticité. L?auteur de À l?autre bout de moi, de La Volkameria et de La montagne des Signaux, entre autres, est en effet une contemplative, une solitaire, n?hésitant pas de se qualifier de ?sauvage?.
Impulsive et émotive, elle a acquis en vieillissant une profonde méfiance d?elle-même. ?C?est cette méfiance qui m?a poussée à la solitude?, confie-t-elle. Si ses livres racontent des histoires ou des ?paysages? qu?elle porte en elle, sa parole par contre ne traduit de sens que ce qu?elle a décidé. Il y a moins dans le dit chez Marie-Thérèse Humbert que dans le dire.
Dans cette manière qu?elle laisse glisser un rire, de dandiner sur elle-même ou de montrer son agacement. Ce sont les fissures qui disent le personnage. Ce sont les notes écrites dans les marges qui donnent un sens au récit central.
Comme ces livres qui ne révèlent de leur auteur qu?un imaginaire que le lecteur ne peut au mieux sentir que confusément, la parole de Marie-Thérèse Humbert sur ses romans ressemble à ces confiseries que nous avions l?habitude de voler dans les placards de cuisine de nos grand-mères et qui fondaient sur la langue comme autant de bons souvenirs d?une enfance qui ne pouvait qu?être heureuse.
Il ne s?agit pas de nostalgie ou d?exil et encore moins d?un hypothétique sentiment d?être déracinée chez Marie-Thérèse Humbert. Quand ses ?uvres racontent l?ineffable, on est quelque part immunisé contre les lieux communs. C?est peut-être cette manière d?être qui a protégé le rire saccadé et enfantin de l?auteur. Cet air d?éternelle enfant. Une atmosphère de douceur et d?innocence parfaites.
Voyage à l?intérieur de soi
La démarche timide, l?humilité dans le regard, le mot qu?on n?attendait pas pour celles et ceux qui n?osent pas trop l?approcher, Marie-Thérèse Humbert porte en elle la candeur et la simplicité que l?artificiel vernis de la réussite a déversé sur les ambitieux. Sur tous ceux qui en voulant écrire ne sont, au mieux, devenus qu?écrivants et au pire des attachés commerciaux pour des romanciers qu?ils ne seront jamais. Par contre, dire le moi chez Marie-Thérèse Humbert, est un exercice tout simple parce qu?il évite le piège de l?exaltation de soi.
L?auteur n?est pas au centre du monde. Elle porte le monde en elle comme un appel, une espérance. Une vague envie de vivre et de pouvoir sourire devant les choses simples de la vie. Promesse d?un amour aptère, Marie-Thérèse Humbert n?hésite pas pour autant d?étendre ses ailes vers ces cieux où la pureté humaine fond dans l?essence divine. ?Mes romans m?ont fait faire un voyage à l?intérieur de moi-même?, dira la romancière comme pour confirmer cette vague impression qui nous taraudait à l?effet qu?on a affaire à un être dont la force de surmonter les épreuves n?a de mesure que sa fragilité de femme.
?Il y a une victoire dans l?absolu? Il ne faut jamais cesser de combattre. C?est la grandeur de l?homme?, laisse entendre Marie-Thérèse Humbert. Dans cette voix marquée par une douleur fuyante, elle n?a arrêté de certitude que ce doute que l?être humain est condamné à la fatalité d?être meilleur.
Elle était venue raconter le ?roman de (ses) romans?. Nous en sommes sortis avec une fragile silhouette figée dans notre mémoire comme une grande romanesque des temps modernes qui livre à la vie le seul combat qui mérite d?être vécu : celui de vivre? simplement.
Finalement du roman de ces romans, nous en extrayons, comme le dirait Rabelais, la ?substantifique moelle? d?un bonheur à portée des mots que nous lisons dans des ?uvres dont la seule prétention est de nous faire naître à nous-mêmes dans une éternelle quête de vérité et d?absolu?
PORTRAIT
L?écrivain et son ?uvre
■ Marie-Thérèse Humbert travaille en moyenne trois heures par jour. Elle lit beaucoup. La Bible mais aussi des textes d?autres religions. Souvent comparée à Alain-Fournier ou à François Mauriac, Marie-Thérèse Humbert ne récuse pas ces influences. L?écrivain John Cowper Powis l?a marquée. Ses auteurs mauriciens préférés sont Loys Masson et Malcolm de Chazal. Elle affirme avoir de la ?fascination? pour Ananda Devi. Elle aime aussi l?écriture de Barlen Pyamootoo. Dans son ?uvre, on retrouve beaucoup d?histoires familiales. Il y a également la quête du père, nomade, porteur de rêve. Mais elle effectue en ce moment un retour à ses sources littéraires. Elle relit ?Guerre et paix? de Léon Tolstoï. ?Il faut lire car c?est dans les grands romans que l?on découvre la complexité de l?âme et que l?on apprécie la magie de la langue?. Son prochain roman devrait être achevé en mai. Elle a aussi travaillé à une autobiographie. Mais parce qu?elle ?ne veut pas blesser les gens?, elle ne souhaite pas la publier et pourrait même la détruire?
BIBLIOGRAPHIE
?A l?autre bout de moi?, Paris, Stock, 1979
?Le Volkameria?, Paris, Stock, 1984
?Une robe d?écume et de vent?, Paris, Stock, 1989
?Un Fils d?orage?, Paris, Stock, 1992
?La Montagne des Signaux?, Paris, Stock, 1994
?Le chant du seringat la nuit?, Paris, Stock, 1997
?Amy?, Paris, Stock, 1998
?Comme un vol d?ombres?, Paris, Stock, 2000
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