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?La fonction de journaliste plus nécessaire que jamais?
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?La fonction de journaliste plus nécessaire que jamais?
● Qu? espérez-vous de cette implantation de RFI à Maurice ?
D?abord, c?est d?avoir un auditoire régulier et significatif. Dans les pays où nous sommes présents et où nous sommes attendus, comme c?est le cas pour l?île Maurice, on atteint généralement des scores de 10 à 20 % d?audience. Cela veut dire qu?il y a 20 % d?auditeurs qui nous écoutent ne serait-ce qu?une fois la semaine. A Maurice, ce n?est pas notre objectif dans le court terme mais plutôt dans deux ans. Ensuite ce qui n?est pas quantifiable, c?est que cette arrivée contribue à resserrer les liens entre la France et l?île Maurice. Enfin et grâce à cette nouvelle collaboration, nous allons prendre plus franchement nos repères dans l?océan Indien et l?Asie.
● En ce sens, on parle souvent de Maurice comme un pont entre l?Afrique et l?Asie. De quelle manière RFI peut-elle exploiter ce continuum ?
D?une part, nous avons l?intention de réaliser une émission sur l?actualité de l?océan Indien avec la contribution des journalistes de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) et de RFI mais aussi avec celle des journalistes qu?on irait chercher en Inde. A ce chapitre, nous avons besoin de bonnes relations que la MBC entretient avec l?Inde. Dans ces relations multilatérales, il reste aussi à exploiter la piste Internet où on pourrait s?assurer de la participation d?un partenaire indien. Je suis prêt à m?investir dans ce dossier.
● La mission de RFI est, entre autres, ?de contribuer à la diffusion de la culture française auprès des étrangers et des expatriés français?. Quelle est sa conception de la culture française et comment vous assurez-vous de sa diffusion ?
J?ai une vision assez pragmatique de notre rôle. La diffusion de la culture française comprend plusieurs dimensions. La nôtre consiste à nous intéresser à la vie culturelle. C?est d?ailleurs une constante du journalisme : suivre ce qui se passe dans les différents pays où nous sommes présents et faire écho de ce qui est culturellement universel. C?est un rôle d?information de la vie culturelle en France, en Europe et dans le monde. Nous contribuons aussi à alimenter le débat d?idées non seulement sur le plan politique mais aussi les grandes questions qui occupent les esprits. La France étant un pays où le débat d?idées est très présent, il ne nous est pas difficile de trouver des gens qui participent aux échanges. Globalement, nous récusons l?approche qui consiste à être franco-français. L?important est de ne pas ennuyer les gens. Donc, nous privilégions la plate-forme Internet pour la diffusion de l?information culturelle et le débat d?idées. La tendance pour la radio, elle, reste l?actualité chaude et moins chaude, soit l?actualité générale.
● Comment en étant une radio française vous vous représentez la prépondérance de l?anglais au niveau des médias et de manière générale ?
Il ne faut pas être sur la défensive sur cette question. Il faut admettre le rôle de l?anglais qui est incontournable. Mais il importe de continuer à se battre pour que tous ceux qui veulent apprendre le français ou s?y perfectionner soient dans les meilleures conditions de le faire. A ce titre, il est important que le français soit facile d?accès tout en évitant de créer un sentiment d?obligation ou de contrainte.
● Le monde de l?information fait sa révolution avec le numérique. Quelles sont les caractéristiques de ce nouveau monde qui est en train de s?élaborer ?
C?est une question pertinente à laquelle il n?y a pas de réponse catégorique. Je pense très profondément que la révolution du numérique fait exploser les médias et les métiers. Il faut bien analyser le phénomène et essayer d?en tirer partie. C?est vrai qu?aujourd?hui, à peu près n?importe qui peut émettre des informations à un coût quasi nul. Mais il est aussi vrai qu?on a toujours besoin de gens qui peuvent trier, analyser et hiérarchiser l?information. La fonction de journaliste est, en ce sens, plus nécessaire que jamais.
On vit dans un monde qui n?a plus de repères. On a donc besoin de gens qui peuvent faire le tri qualitatif et quantitatif même si les médias traditionnels semblent un peu perdus. Puisque chacun est tenté de faire son propre journal (ce qui est déstabilisant), il va falloir que les professionnels de l?information soient encore meilleurs qu?avant. Les médias sont à étages et ce qui aura toujours une valeur, c?est la marque. La marque, c?est la crédibilité. Comme il y aura beaucoup de faux ou potentiels médias, les gens auront besoin de repères. Il ne faut pas être pessimiste.
● Quelle est la redéfinition possible des médias traditionnels ?
On va passer par une période de désaffection des lecteurs pour les journaux, des téléspectateurs pour la télévision et des auditeurs pour les radios. Mais fondamentalement les gens ont besoin de repères. Les médias sont ainsi appelés à remplir une fonction de service.
● Dans le même souffle, quelle est la redéfinition possible du rapport presse écrite et parlée ?
On est là dans une sphère de non concurrence et d?une certaine complémentarité. Mais on a beau être complémentaires, on ne peut pas aller loin ensemble. On ne peut, en ce sens, opérer de véritables synergies presse écrite et radio. Les journalistes concernés ne sont pas chauds à une collaboration. Au contraire, on relève une forme de rivalité. Il n?y a donc pas d?avantage à vouloir rapprocher les deux médias. C?est mieux de les laisser évoluer chacun de son côté.
Propos recueillis par Nazim ESOOF
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