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Le maillon faible
Paul Bérenger bat le rappel. Et il a commencé à brasser large pour « consolider » le MMM. Il renoue les contacts avec les anciens camarades, puis fait distiller ces retrouvailles au sein de l?imaginaire collectif pour créer des remous ou pour tâter les pouls si ce n?est pas pour inciter d?autres retours annoncés « aux sources ».
Dégoûté par les civilités publiques entre le MSM et le PTr, ayant sans doute analysé toutes les répercussions sur l?échiquier que pourrait avoir un tel rapprochement, Paul Bérenger veut brouiller les cartes dès maintenant. Et il s?y est déjà attelé.
D?abord, il a essayé d?affaiblir le MSM en provoquant ? à distance, avec sa fameuse carotte premierministérielle ? le départ d?Ashock Jugnauth. Pensant que ce départ allait en entraîner d?autres, Paul Bérenger se destinait comme un fier leader de l?opposition, avec à ses côtés un Premier ministrable, qui en plus avait le patronyme Jugnauth. Mais Ashock n?ayant pu drainer le moindre siège parlementaire (réussissant seulement à s?entourer d?une ribambelle de non-élus et de novices), c?est Paul Bérenger qui s?est vu ravir, après le départ des deux volatils PMSD, son siège de leader de l?opposition.
Titubant entre les deux Jugnauth ? un Pravind ambitieux comme pas deux et un Ashock qui n?a pas les moyens de ses ambitions ? Paul Bérenger, vieux routier de la politique, spécialiste des alliances, a préféré mettre une croix sur l?oncle. Mais il ne l?a pas dit. Et ne le dira jamais. Tout ce qu?il fera comme déclaration s?articule autour du principe qu?il faut donner une nouvelle chance à une plate-forme unie de l?opposition.
Au Parlement, il a alors appelé au calme, a recentré ses tirs sur Navin Ramgoolam, a soutenu Nando Bodha, mais cela n?a pas suffi. Pravind Jugnauth, qui n?a jamais pardonné à Paul Bérenger sa tentative avortée de renversement au « Sun Trust » ? est resté campé sur sa position initiale : c?est lui seul qui a le potentiel d?être leader ? extraparlementaire ? d?une opposition réunie, c?est lui donc qui sera le Premier ministre alternatif à Navin Ramgoolam !
Cette posture intransigeante de Pravind Jugnauth ? source de tout le problème de l?opposition ? place Paul Bérenger dans une situation embarrassante. Il ne peut, par décence pour sa propre carrière, se présenter comme l?adjoint de son ancien vice-Premier ministre, un jeune qui n?a au compteur parlementaire qu?un seul mandat alors que lui en compte pas moins de sept ! Mais Pravind Jugnauth a un atout (aléas de naissance !) qu?il n?hésite plus à brandir, depuis qu?il s?est retrouvé hors de l?hôtel du gouvernement.
Après avoir longtemps pratiqué cette réalité tristement mauricienne ? trouver le bon Vaish, caste majoritaire dans la communauté hindoue, pour accéder au pouvoir ? Paul Bérenger se retrouve, encore une fois, victime du système qui fait de sa naissance un handicap. Sauf que cette fois-ci il est monté trop haut ? même si c?était durant deux ans seulement ? pour descendre?
N?ayant donc pu convaincre Pravind Jugnauth de lui céder les deux premières années d?un hypothétique fauteuil suprême en 2010, à la suite desquelles il serait parti, à la faveur de l?âge, pour un autre poste (conférencier en histoire, formateur de jeunes MMM, observateur international, les options ne manquent pas?), Paul Bérenger, après les deux parenthèses Jugnauth, s?est lancé dans la « consolidation » de son parti.
Ce travail consiste en fait à pallier le maillon faible : recruter coûte que coûte un Vaish ayant une certaine expérience en politique. Pour faire face à Navin Ramgoolam d?une part et à Pravind Jugnauth de l?autre. Mais sur la place, ces candidats ne sont pas nombreux. Au sein des Mauves, ceux qui ont le bon profil ont toujours été dans l?ombre des aînés. Condamnés à être des seconds couteaux pour la vie, voire s?assurer un ticket au sein des alliances, ils peuvent difficilement frayer un passage à la tête du parti, d?autant qu?aujourd?hui on annonce le retour des anciens. Et ces anciens ne vont certainement pas se contenter d?être sur la liste des substituts !
En discutant avec Anil Bachoo ? qui n?a pas nié jusqu?ici ? Paul Bérenger envoie des signaux clairs qu?il ne compte pas rester les bras croisés durant 2007. L?agitateur est de nouveau sur l?asphalte populaire. Et il se serait rapproché de Harish Boodhoo (ennemi déclaré de Navin Ramgoolam), et de quelques anciens proches collaborateurs de sir Anerood, Bérenger se donne ainsi tous les moyens ? des moyens illimités, n?est-ce pas ! ? pour prouver qu?il n?entend aucunement prendre une retraite prématurée.
Aujourd?hui, blessé, révolté, il jouera à fond sa longue expérience des pratiques politiques. Un jeu où tous les coups sont permis, où le poids et le symbole des hommes s?avèrent autrement plus déterminants que les débats d?idées, que le choix des réformes. Un jeu purement politicien, où seul comptera le résultat final ? pourtant pas avant 2010. C?est le jeu du maillon faible !
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