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Environnement
?Les constructions individuelles mauriciennes?, m?a dit un étranger qui visite périodiquement notre île, ?pourraient participer à un concours de World Class Ugliness et enlever le premier prix les doigts dans le nez?.
Un peu offensé par cette remarque lapidaire, j?ai malgré tout pris l?opinion de plusieurs sages, sérieux jusqu?à la prostration mais capables d?émettre un conseil très urbain et j?ai aussi ouvert toutes grandes mes mirettes et regardé autour de moi. En parcourant deux agglomérations d?une hideur affligeante, qui ont poussé comme des champignons vénéneux, Grand-Baie et Flic-en-Flac, j?ai fait le constat suivant.
Les maisons construites, suite à des morcellements sauvages, ont l?air d?avoir été dessinées au bazooka par des enfants malhabiles, revanchards, privés de dessert et qui deviendront sûrement des self-made men mal fagotés et asymétriques. Et je ne le dis pas uniquement parce que je suis pédophobe.
Au cours d?une crise de témérité, j?avais caressé l?idée de faire l?acquisition dans un de ces deux endroits d?une maison ?avec vue très magnifique?, comme disait la petite annonce. Malheureusement pour le vendeur, je suis allé la visiter un jour de pluie et je me suis rendu compte qu?au moins un de mes rêves pourrait se concrétiniser : celui d?avoir une demeure pieds dans l?eau. Mais j?ai renoncé à y jeter l?ancre et à acheter des palmes. Et vous ? Laissez-moi deviner?
Vous bénéficiez de revenus modestes et, après maints sacrifices, vous décidez de vous procurer un terrain dans un lotissement sélect avec, pour changer, vue imprenable. Vous érigez une coquette maison qui répond idéalement à votre sens de l?esthétique et ceci malgré les tiraillements presque sénégalais d?un chef de chantier omniabsent et, quand il est là, nanti d?un esprit de contracdiction aussi automatique que si vous étiez marié à lui. Vous voilà installé avec votre petite famille, baignant dans une quiétude qu?envierait un anachorète sibérien rendu au stade de frozen ascète.
Quinze jours après, branle-bas de combat à l?aube. Un marteau piqueur asthmatique atteint de la danse de Saint Guy, man?uvré par un derviche tourneur balaise, opère presque sous vos fenêtres, surveillé par votre futur voisin, un notable politiquement correct, sans doute, car il arbore un complet veston et une cravate large comme une omelette baveuse. Suivent neuf mois de martyre, le temps de faire surgir de terre trois étages hérissés de fers d?un demi-pouce et qu?on croirait peinturlurés par la nation arc-en-ciel, qui surplombent votre salle de bains, dévoilant au monde entier que vous vous ablutionnez dans une baignoire style Archimède avec un palmipède flotteur en plastique rose, en vous frictionnant d?importance avec votre grande pierre ponce Glorieuse.
Mais vous n?êtes pas au bout de vos peines. Il reste un terrain vague à côté de chez vous, pas pour longtemps car il est vite réquisitionné par un vénérable vieillard qui s?est donné pour mission d?y établir un centre culturel semi-religieux. L?édifice est construit si rapidement que l?intervention de forces divines ne fait aucun doute. Les murs bariolés abritent un nouveau culte aussi fluo que récent qui a tout juste découvert le numéro de téléphone du Très-haut. Bientôt, les réunions se succèdent et vous vous sentez des velléités de secticide car les incantations sont si intenses, ponctuées de danses et de mélopées tonitruantes, que vous soupçonnez qu?elles s?adressent à une divinité atteinte de surdité chronique.
Il ne vous reste plus qu?à construire un blockhaus au sous-sol où vous pourrez vous isoler à votre gré. Et comme dépense additionnelle, faites retentir au rez-de-chaussée, toutes fenêtres ouvertes, un concert de cors de chasse, de cornets à piston, de cymbales et d?aboiements orchestrés par Lucien de Baskerville lui-même.
C?est élémentaire, mon cher Watson, et c?est le voisin qui sera baffled.
VOLCY
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