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Passionnée de lingerie coquine

2 janvier 2007, 20:00

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Mélissa Momplé est de ces femmes à qui les coupes à la garçonne vont à ravir. On sent chez cette femme de 31 ans qu?elle n?a pas l?habitude de s?embarrasser des conventions. De toute façon, Mélissa a horreur de se sentir brimée. Etant l?unique fille de sa famille, durant l?enfance elle fait l?objet de beaucoup d?attentions mais aussi d?exigences. ?Il fallait briller partout et moi, cela m?agaçait que l?on me mette la pression.?

De ce fait, elle développe une aversion pour l?école car elle a l?impression que la scolarisation porte atteinte à sa liberté. Par contre, elle adore coudre et danser. Elle a tellement vu Jacqueline, sa mère, à l??uvre, qu?elle se sent capable d?en faire autant. Elle adore dessiner comme son père, feu Hervé Momplé, qui meuble ses temps libres de cadre de sucrerie par l?exercice de cet art. Dès que Mélissa rentre de l?école, elle largue le cartable au profit de la machine à coudre. A l?époque, elle affectionne particulièrement les créations du styliste français Hervé Léger, réputé pour la symétrie et la nouveauté de ses créations. Mélissa se prend à rêver d?études de stylisme en France.

Lorsqu?elle termine sa scolarité au Lycée Labourdonnais, son amour pour la couture fait qu?elle rencontre Radha Ramen, un des directeurs de la lingerie Une Histoire d?Amour et réussit à y obtenir un stage. ?Cela a été la meilleure école de formation pour une personne qui débutait car j?ai pu me familiariser à tous les départements, de la coupe au rangement des prototypes, du contrôle de qualité à l?emballage, etc.?

Mélissa fait montre d?un tel engouement qu?à la fin du stage, la direction lui offre un emploi qu?elle accepte avec joie. Au fil du temps, elle est dirigée vers le bureau de création et se met à dessiner des collections de lingerie. Son histoire d?amour? avec l?entreprise dure quatre ans.

La disparition de son père change la donne. Mélissa prend alors conscience que si elle veut évoluer dans le métier, il lui faut des études et des diplômes. Elle se fait alors admettre dans une école privée de style à Paris nommée l?Atelier Chardon Savard et étudie le stylisme à plein temps pendant deux ans. Comme elle adore les travaux bien faits et minutieux, elle décide en parallèle de suivre des cours poussés de patronnage auprès de la Chambre syndicale de la couture parisienne. Ce qu?elle fait pendant six mois. ?J?y tenais car pour mes travaux de fin d?études, je voulais présenter une collection très structurée avec des coupes géométriques, qui demandent du travail dans le biais des tissus.?

?Les Anglaises sont plus coquines, osent davantage. Elles achètent des sous- vêtements pas chers régulièrement et n?hésitent pas à porter des ensembles dépareillés. Les Françaises sont plus prudentes.?

Elle travaille jour et nuit pour compléter sa collection grandement inspirée de la couturière française Madeleine Vionnet. Celle-ci est considérée comme un des plus grands couturiers français et qui a inventé la coupe en biais et le drapé. Voulant allier l?ancien au contemporain, elle choisit de présenter une collection très visuelle en noir et blanc. Elle obtient le parrainage de Dior pour les collants et porte-jarretelles portés sous les robes transparentes. Mélissa ajoute une tenue à la collection à la veille de sa présentation d?examen et passe cette dernière nuit fatidique à coudre. Lorsque tombe le résultat, elle est déçue. Même si sa meilleure note est de 17 sur 20 et que le magazine de mode Jeunes Créateurs lui consacre un article, elle s?attendait à obtenir un prix. Ses professeurs la consolent et la complimentent, trouvant sa collectiontrès axée lingerie et lui conseillent de prendre cette direction.

Elle se constitue un petit book et arpente les couloirs du Salon de la lingerie en 2003, laissant sa carte de visite aux exposants. Alors qu?elle revient passer des vacances à Maurice, elle est sollicitée par la compagnie hongkongaise Hoplün, confectionneur de lingerie, qui a des bureaux de ventes en Europe et en Chine. Hoplün, dirigée par un Suédois, réalise les marques de lingerie 68, No Romeo et Marie Meili. La responsabilité de Mélissa est de s?occuper de ses marques privées en France et en Grande-Bretagne.

La jeune femme saute sur l?occasion. Les plus gros clients de Hoplün en France sont les hypermarchés Carrefour, Casino, Leclerc. Mais Mélissa a déjà dessiné des collections pour les marques Next, Debenhams? et a même réalisé des commandes spécifiques pour Dolce and Gabbana, Jennifer Lopez et Calvin Klein.

Mais ce qu?elle fait au quotidien, précise-t-elle, ?c?est du mass market. On me fournit les thèmes. Je m?exécute et réalise des prototypes qui passent l?étape de la fabrication une fois qu?ils sont validés. Je crée des lignes permanentes mais aussi saisonnières en fonction des promotions que ces grandes surfaces veulent faire.?

Deux fois l?an, Mélissa assiste aux Salons de la lingerie et note les nouvelles tendances. Juste avant de venir à Maurice, elle finalisait les prototypes pour l?été 2008 où les rayures, les imprimés champêtres, le doré et les teintes pastel sont en force.

La seule difficulté que Mélissa rencontre, c?est de maintenir un équilibre entre la qualité du produit et sa compétitivité. Bien souvent, la coquinerie est sacrifiée à l?autel de cet impératif. ?L?embêtant est que dans un hypermarché, il n?y a pas de place pour la lingerie coquine car celle qui est proposée doit plaire à une cible trop vaste, c?est-à-dire à la personne qui a entre 20 et 50 ans. Parfois, la demande est pour une lingerie aussi sophistiquée et fine que celle fabriquée par La Perla par exemple, mais je dois me débrouiller pour que le prix de vente demeure abordable.?

Et comme les goûts des Françaises sont classiques, elle n?a pas vraiment l?occasion de laisser parler sa créativité. Par contre, avec les clients anglais, le scénario est différent. ?Les Anglaises sont plus coquines, osent davantage. Elles achètent des sous-vêtements pas chers régulièrement et n?hésitent pas à porter des ensembles dépareillés. Les Françaises sont plus prudentes. Elles achèteront en moyenne deux ensembles l?an et porteront toujours du coordonné. J?aime l?esprit anglais car il permet d?élargir les horizons. Je m?amuse davantage à créer des collections pour les Anglaises que pour les Françaises.?

Depuis peu, Mélissa a été nommée responsable de la broderie chez Hoplün. Si le côté répétitif de son métier ne l?a pas encore lassée, c?est qu?elle apprécie toujours ?l?univers intime et tellement féminin de la lingerie. J?aime ce côté caché qui se dévoile lentement. Cela correspond à ma personnalité?.

Après presque quatre ans chez Hoplün, Mélissa sent qu?elle a suffisamment d?expérience pour gravir les échelons. L?unique problème est que les postes plus élevés dans l?entreprise sont réservés aux Hongkongais. Mélissa médite donc sur son avenir : ?J?ai maintenant envie de faire autre chose de plus technique et de plus consistant car j?ai eu de bonnes bases et je veux créer des collections à caractère plus ciblé. Je vais donc prospecter??

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