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Dr Mario Serviable : le mauvais choix du tourisme

27 décembre 2006, 20:00

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A la mi-décembre 1981, Mario Serviable soutient sa thèse de doctorat de 3e cycle à l?université de Saint-Denis de la Réunion. Il disserte sur le thème ?très controversé?, la presse dixit, du tourisme dans les îles du sud-ouest de l?océan Indien. Curieusement, le nouveau docteur soutient que ces îles ne sont pas prêtes pour bénéficier du tourisme mondial. Ce dernier implique, en effet, celui de masse et la concentration hôtelière de type industriel. Il conclut par conséquent que le tourisme est un mauvais choix pour ces îles. Sa thèse s?intitule : ?L?aménagement touristique dans les îles de l?océan Indien et son impact social et économique?. Le jury n?a pu qu?apprécier le sérieux et la qualité du travail du thésard qui a surtout mis l?accent sur l?aspect vénal de cette activité économique.

Il commence par s?étendre sur les multiples définitions du tourisme. Elles varient selon l?angle d?évaluation où l?on se place pour l?étudier. Il peut toutefois s?inscrire sur un trièdre aux faces économique, sociologique et onirique, un trièdre n?offrant qu?une face et dissimulant les deux autres aux regards. C?est dire que l?ambiguïté accompagne toujours le tourisme, du moins aux yeux de Mario Serviable.

Deux discours circulent sur le tourisme. Le premier tient de l?angélisme. Le tourisme développe, enrichit, épanouit, rapproche les peuples. Le second est moins glorieux. Il serait l?ombre portée du libéralisme et du capitalisme sauvage. La vérité est médiane, pour ne pas changer. Il n?est ni panacée ni poison. Il n?est ni chance ni calamité. Il n?est ni ouverture ni destruction. Cette impossibilité de définir avec certitude le tourisme peut d?ailleurs entretenir une dose d?espérance.

Il en va pareillement du tourisme indocéanique. Il faut ici se référer à la technique du dépaysement de l?ethnologue Claude Levi Strauss. En offrant en rêve le voyage vers de prétendus paradis, le tourisme se substitue à une ethnologie déclinante. Il s?agit d?affirmer avec plus ou moins de force les points suivants : -

  1. Le tourisme en tant que tel ne détruit pas. C?est la société insulaire amphitryon qui s?automutile. Il s?agit du contact soudain et mal préparé d?un capitalisme-loup et d?une société-bergère d?avant le péché industriel. Il ne faut pas sous-estimer le risque de la consommation outrancière et du mimétisme.

  2. Le tourisme, comme toute activité humaine, est une entreprise de subversion culturelle. ?Pour des îles qui sont des excroissances européennes, qui ne sont que l?image réfléchie de sociétés occidentales?, le risque peut être moindre.

  3. Le tourisme est un phénomène vénal. Vouloir le tourisme c?est accepter de se vendre. La fierté en prend forcément un coup. Il faut donc s?asseoir sur son amour-propre.

  4. Le tourisme secrète des liens d?indépendance. Vouloir le tourisme c?est accepter se joindre aux courants d?échanges internationaux. Le sentiment d?indépendance en prend également un coup. De toute façon ?l?indépendance des petites entités insulaires est une fiction?.

  5. Le tourisme est une activité vénale lucrative. Il rapporte sans être développant pour les îles. Il n?est ni profitable ni prédatoire. Pour entraîner le développement des autres secteurs économiques, les îles à vocation touristique doivent améliorer considérablement leur capacité de rétention de leur économie.

  6. Le tourisme n?est pas un facteur d?intégration dans l?océan Indien. La situation y diffère du tout au tout en comparaison à ce qui se passe aux Caraïbes. En matière de tourisme, les îles de l?océan Indien se considèrent davantage comme des adversaires que comme des partenaires.

Le Dr Mario Serviable conclut donc que les îles indocéaniques ne sont pas prêtes, en 1981, pour bénéficier du tourisme international, lequel implique un de masse et la concentration touristique de type industriel. Des voix s?y élèvent donc pour dire que le tourisme est un mauvais choix. ?A la Réunion et aux Seychelles, on n?en veut pas. A Maurice, contre mauvais fortune économique, on essaye de faire bon c?ur.?

En tout cas, le bon c?ur, avec lequel les Mauriciens « subissent » leur industrie touristique naissante, semble bien se porter, même en 1981. Le nombre d?arrivées touristiques passe de 27 650 en 1970 à 128 360 en 1979. Du même coup, les recettes également touristiques passent de Rs 39 millions en 1971 à Rs 300 millions en 1979. Ce secteur est déjà notre troisième apport de devises après le sucre (Rs 1,5 milliard) et la zone franche (Rs 600 millions). Quelque 38 hôtels, représentant 4 000 chambres, offrent environ 4 860 emplois très prisés. La part du tourisme européen ne cesse de croître. Les marchés réunionnais et sud-africain s?améliorent d?année en année mais à un rythme plus lent. A noter que le nombre de touristes anglais excède celui des Français en 1970. Il y a déjà deux visiteurs français pour un Anglais en 1974 et trois Français pour un Anglais en 1978. On prévoit quatre Français pour un Anglais à partir de 1980.

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