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Jeux de paume
«On ne gagne jamais au casino.» On y perd souvent très gros. Enfin, c?est selon. Car qu?est-ce qui est gros ? Deux cents roupies perdues par celui qui en avait besoin pour le lait des enfants ou quatre millions pour l?homme d?affaires qui va se refaire grâce à une opération financière.
Toujours est-il «qu?on ne gagne jamais au casino». Propos du responsable d?une salle de jeux située à Vacoas. Ville pas si morne avec ses casinos existants et un troisième en construction. Fort d?une expérience de «vingt ans à me battre aux casinos de Maurice », notre interlocuteur, volubile sur tous les autres sujets, nous livrera un pseudo : Sam Lothun. «Nek dir sa ou, tou dimoun pou kone.»
Ce que tout le monde ne sait pas, c?est la manière rafraîchissante avec laquelle l?établissement attire le client. Fait tout pour le garder. Imaginez pouvoir entrer quelque part et boire jusqu?à ne plus avoir soif. Consommer gratis (un des mots préférés du Mauricien), que vous soyez en train de miser ou que vous soyez là par hasard, venu accompagner un ami, un parent. Là, juste pour regarder. Pas de différence, il suffit de commander. Le garçon affable fera valser les plateaux.
<B>Deux catégories de joueurs</B>
Pareil pour les fumeurs. La première fois, nous explique le volubile Sam, vous avez droit à une boîte de cinq cigarettes, frappée du logo du casino. Chic. De quoi vous souvenir d?une soirée, longtemps après. Et quand vous devenez un habitué, c?est à l?unité que la cigarette est distribuée.
La sécurité ? Première surprise, pas de gros bras à l?entrée du casino. Seul un officier de police en faction. La même chose à l?intérieur de l?établissement. Pas de biceps gonflés sous les manches des chemises. Sam est le seul à intervenir quand l?alcool monte à la tête d?un client. Si le ton monte, que le joueur est récalcitrant, c?est la porte. Fin de l?incident, nous explique-t-il.
Quant au décor, oubliez tous les clichés. Les frileux pour qui une maison de jeux est un lieu de perdition abritant tous les vices risquent d?y prendre goût. Pour ceux qui aiment la musique, des écrans géants diffusent sans arrêt la chaîne M6 Music. Le son est réglé de telle manière que pour se parler, il faut presque coller son oreille aux lèvres de son interlocuteur. Au moins là c?est clair. On ne vient pas là pour se raconter la dernière.
La preuve, le soir de notre visite, les petits coins salons sont restés vides. Pourtant confortables, ils n?ont pas attiré les joueurs. Cette «race» qui pour Sam Lothun est divisée en deux catégories. Comme l?est l?établissement que nous avons visité.
Au rez-de-chaussée : les machines à sous. Comprenez salle des petits parieurs. Il est pratiquement 22 h 30. Un papi, appuyé sur une béquille, arrive à l?instant. Il avance péniblement en tenant aussi le bras sa «bonne femme». Est-ce notre imagination ou avance-t-il plus vite à la vue des machines clinquantes, qui crachent de temps en temps des petites pluies de pièces d?une roupie ?
Le responsable est catégorique. Ce joueur avec un tel profil ne passera jamais à l?étage. Il dépensera son petit pécule en s?usant les yeux et le pouce pour que la machine affiche enfin quatre bananes, quatre étoiles, quatre n?importe quoi, pourvu que cela rapproche du gain. Première étape, changer un billet en pièces de Rs 1 ou de Rs 5. Quitter la caisse avec un bol qu?il faut tenir avec précaution car il est lourd. Et patiemment les égrener dans la fente de la machine, qui une fois nourrie, s?allume, s?égaye, chante sa petite chanson, clignote, avant de redevenir muette, une fois les crédits, le bonus, l?envie d?essayer épuisés.
<B>Petit joueur mais bon coeur</B>
Les yeux rivés sur les écrans, comme des automates, les mains que l?on sent habituées aux machines, font glisser les pièces. Le joueur est-il un égoïste ? Pas d?amalgame. Des deux côtés de notre siège, un homme et une femme. Visiblement seuls. A priori concentrés. Agréable surprise. Chacun à son tour ne perdra pas une miette de notre expérience. De nos tâtonnements pour comprendre le fonctionnement de la machine. «Ou finn gagn Rs 30. Fini pran li apre ou kontign zoue», nous conseillera l?un d?eux. Petit joueur, mais bon c?ur.
À l?étage, l?ambiance est différente. Les clients exclusivement masculins. Les croupiers et croupières semblent à peine dépasser la vingtaine. «Du moment que vous avez une bonne présentation, on peut vous employer même avec un certificat de la Form IV», explique Sam Lothun.
C?est sans effort qu?il parle plus fort que la musique. Nous explique les probabilités de gagner. Pour lui, il n?y a pas de jours qui soient meilleurs que les autres. Les fins de mois ne sont pas les facteurs déterminants de la clientèle. «Ou vini la, enn kout pena dimoun, enn kout ou trouv lasal rempli.»
Des considérations comme : la vie est chère ou les Mauriciens sont endettés, n?ont, selon lui, pas d?impact sur la fréquentation des lieux. En fait, Sam a sa propre théorie. Celle du ? savon. La cinquantaine bien imprimée sur le front, il nous parle d?une marque de savon, qui, il y a 30 ans de cela, servait à tout. Lessive, bain, vaisselle. «Aujourd?hui, vous allez au supermarché, vous remplissez un caddie de liquide vaisselle, de détergents pour la machine à laver, de gel douche. Quand arrive la facture, que vos yeux vous sortent de la tête, vous devez vous rendre compte que vous n?avez acheté que du savon ». Dans sa bulle Sam ? Alors là, rien ne va plus.
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