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L?école de la deuxième chance
Nos plus heureux succès sont toujours mêlés de tristesse. Les résultats du CPE, rendus public aujourd?hui, feront sauter les bouchons de champagne chez certains alors que chez d?autres, ils feront couler des larmes amères de l?échec. Ceux-ci auront conscience dès à présent d?avoir raté un premier bon départ dans la vie.
Même si le système s?évertue à leur donner une occasion de se rattraper.
La tendance se confirme année après année. Sur chaque dix enfants prenant part aux examens de fin de cycle primaire, quatre échouent. Le taux d?échec est plus élevé chez les garçons. Quelque 9 500 enfants, soit 35 % des candidats au départ, ont été recalés l?année dernière.
Ce taux d?échec baisse, même si ce n?est que très lentement, depuis quelques années. Il était à 37 % en 2004 et 38 % en 2003. Si l?on devait se fier à cette courbe de performance, au pire, quelque 8 800 écoliers seraient recalés cette année. Ils étaient environ 25 200 à tenter le CPE.
Voilà donc de quoi gommer le sourire de satisfaction du visage des administrateurs de l?éducation nationale. Même s?ils peuvent se donner bonne conscience en se disant que le système fait de la place aux recalés. échouer son CPE n?est, en effet, plus synonyme d?exclusion. Ces enfants peuvent demander à être admis dans la filière pré-professionnelle de l?école secondaire. Après trois années de rattrapage, ils peuvent poursuivre leur formation technique en s?inscrivant aux cours payants offerts par l?Industrial and Vocational Training Board ou alors, rejoindre le marché de travail.
La plupart des écoles d?état et confessionnelles offrent au moins une classe pré-professionnelle aux recalés du CPE. Dans les régions défavorisées où le taux d?échec à l?école primaire est particulièrement élevé, les institutions secondaires en offre deux. L?écolier a le choix entre 145 écoles secondaires et sept écoles spécialisées, incluant les cinq de Rodrigues. Soixante des 152 écoles secondaires offrant la filière pré-professionnelle appartiennent à l?état. Elles accueillent 40 % des recalés inscrits.
<B>Aider l?enfant à reprendre confiance </B>
Ces enfants suivent un programme d?études adapté. Celui-ci est conçu de sorte à donner à l?enfant les compétences de base : lire, écrire, compter et raisonner. Il vise également à développer son habileté technique. L?objectif final est de lui permettre de surmonter ses handicaps à l?apprentissage et de le préparer à être réceptif à une formation ultérieure. Le cadre scolaire et inclusif au sein duquel se déroule cette préparation devrait aider l?enfant à reprendre confiance en lui. à mars de cette année, un peu plus de 10 400 enfants, dont 4 000 filles, suivaient la filière pré-professionnelle dans les écoles secondaires du pays. Ceux inscrits en première année étaient au nombre de 3 750. Cela présuppose un manque de places puisque l?éducation primaire fait deux à trois fois plus de recalés chaque année.
Il n?existe aucun autre système structuré pour accueillir les enfants ayant échoué au CPE deux fois ou qui sont désormais trop âgés pour retourner à l?école primaire. Le ministère de l?éducation nationale le reconnaît volontiers. Les enfants qui ne trouvent pas une place dans la filière pré-professionnelle de l?école secondaire n?ont d?autre choix que d?aller frapper à la porte de prestataires privés. Il en existe tout un éventail sur le marché. L?envergure des centres de formation peut varier d?un garage à des instituts autonomes.
Le hic, bien entendu, réside dans le coût des formations. Celui-ci varie selon les prétentions des prestataires.
Il reste toutefois difficile à assumer pour une famille défavorisée qui est malheureusement la frange la plus touchée par l?échec scolaire au niveau primaire.
S?il est vrai qu?il n?y a pas d?échecs définitifs, il n?en est pas moins vrai que le succès puisse échapper toute une vie aux victimes d?un système qui ne donne pas de seconde chance. Ou alors, qui la donne très chichement. Quand demain nous allons célébrer les jeunes champions du CPE, il ne faudrait pas oublier que nous venons de risquer, une fois de plus, de gaspiller 40 % des talents et ressources de demain. On verra alors qu?il est effectivement bien triste ce succès.
<B>Témoignage
Tony, 12 ans, recalé du CPE</B>
«J?ai eu beaucoup de chagrin quand j?ai appris que j?ai échoué au CPE. Surtout que j?avais de bonnes notes jusqu?à la fin de la cinquième où mes notes ont commencé à se détériorer. Je pensais avoir rattrapé le retard.» La réalité est autre.
Cet élève de l?école Louis Nellan reste sur le carreau.
Déçus mais pas désespérés, les parents lui conseillent d?intégrer une école technique. Ce sera l?école Saint-Joseph. «Je n?ai pas voulu refaire la sixième. Dans ma nouvelle école, j?ai eu un coup de c?ur pour le bois.» s?enthousiasme Tony «J?aimerais bien devenir menuisier. Mais je suis encore petit. On verra bien. à Saint-Joseph, nous ne sommes que 14 au lieu de 32 comme c?était le cas en CPE. Les professeurs sont gentils et nous donnent beaucoup de leur temps. On a aussi travaillé le métal mais je n?ai pas beaucoup apprécié. On apprend le dessin et on doit proposer des projets. C?est très intéressant. Bizarrement, j?ai commencé à aimer les mathématiques et l?anglais, matières que je détestais quand j?étais en CPE. J?ai fait beaucoup de progrès. D?ailleurs, j?aime tout là-bas.» Lors de cette première année passée dans son école technique, il confectionne une planche à pain, un plateau et un porte-serviettes. Il est prévu qu?il y reste jusqu?à l?âge de 16 ans pour ensuite faire son entrée dans une institution de l?Industrial and Vocational Training Board . «Même son caractère commence à changer, lui qui est terriblement timide. Il s?y est beaucoup épanoui. Il ne traîne plus les pieds pour aller à l?école. Je pense qu?il apprécie beaucoup l?encadrement», confie sa maman, prête à se saigner à blanc pour le bien-être et la réussite de son rejeton. Elle a de grandes ambitions pour son fils. Pourquoi pas un futur architecte puisqu?il montre de véritables prédispositions pour le dessin ? «J?essaie de le motiver au maximum parce qu?il n?a faibli qu?au niveau de la sixième. J?essaie de mettre en avant ses autres qualités. Rater le CPE n?est pas une fin en soi. » Mais l?inconvénient demeure le coût de cette école. «Parfois, je voudrais pouvoir réintégrer un collège normal pour que maman n?ait plus à payer. Je sais que j?ai trouvé ma voie et je suis heureux mais au fond de moi j?aurais préféré avoir réussi mon examen de CPE», rétorque Tony.
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