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« Être un petit pays éloigné de tout n?est pas un handicap »

2 décembre 2006, 20:00

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<B>Comment avez-vous été amené à vous intéresser à Maurice ? </B>

Tout a commencé avec ma rencontre avec votre Premier ministre à Londres, en juillet dernier. Je me suis alors proposé d?agir comme facilitateur afin de créer des liens d?affaires, mais aussi des relations dans le domaine de l?éducation entre la République d?Irlande et Maurice. Le Premier ministre a aimé cette idée.

Un premier suivi a été effectué lors d?une visite à Belfast par une délégation composée de dirigeants du Board of Investment et du haut-commissaire mauricien en Grande-Bretagne. La visite a été fructueuse car ils ont rencontré des dirigeants majeurs du secteur privé irlandais, de même que des hauts fonctionnaires et des décideurs politiques de premier plan.

<B>Puis il y a eu la récente visite du ministre des Finances?</B>

Quand il a émis le souhait de venir en Irlande, j?ai facilité sa rencontre avec des personnalités irlandaises, mais surtout avec le ministre des Finances du pays, ainsi qu?avec Enterprise Ireland. Je dois dire que le discours qu?il a prononcé lors du banquet annuel de la Northern Ireland Chamber of Commerce and Industry, le 22 novembre, a été très apprécié par les membres, qui ont découvert les possibilités d?investisse-ment et de partenariat avec Maurice.

<B>Ce que vous avez vu à Maurice vous permet-il donc de penser à des possibilités concrètes d?investissements ? </B>

Nous sommes au début d?une relation où nous apprenons à nous connaî-tre mutuellement. En ce qui me concer-ne, je veux absolument que les deux pays se rapprochent et que l?on puisse créer davantage d?opportunités dans le business, l?éducation ou la recherche.

J?ai eu la même approche en dirigeant des délégations commerciales d?Irlande du Nord aux USA, en Inde, en Pologne ou en Estonie. Vous devez réaliser une chose : dans un monde globalisé, être un petit pays éloigné de tout n?est pas un handicap. Car avec les communications modernes, la taille et les distances ne comptent plus.

<B>Mais revenons aux possibilités d?investissement. Votre délégation a-t-elle été attirée par des secteurs en particulier ? </B>

Vous avez un beau pays dont le parcours et les compétences sont reconnus dans le tourisme et le textile. Mais nous évoluons vers de nouvelles industries globalisées, basées sur le savoir. En rencontrant le Premier ministre, le vice-Premier ministre et de nombreux représentants du secteur privé local, j?ai compris que c?est la stratégie qu?adopte le pays. Il y a beaucoup d?enthousiasme. Vous êtes très inspirés, avec une« can do attitude ». C?est ce que j?attendais. Et je dois dire que les Irlandais ont la même posture. Grâce à cela, je crois qu?il y a beaucoup de synergie à développer entre nos deux îles.

<B>Pour être précis, dans quels domaines le secteur privé irlandais pourrait-il s?implanter à Maurice ? </B>

Il existe des opportunités partout, dans le développement foncier, le tourisme et les technologies de l?information et de la communication. On peut penser à l?élaboration d?un label mauricien dans le sucre. Vous en vendez des tonnes en Europe. Mais si j?entre dans un supermarché de Belfast ou de Londres et que je veux acheter du sucre de Maurice, je ne le trouverai pas. Il faut créer ses propres labels niches.

Ce que je dois maintenant faire, en rentrant en Irlande, c?est de convaincre les dirigeants du secteur privé d?envoyer une équipe étoffée de prospection d?ici mars ou avril. Il faut aussi permettre aux hommes d?affaires des deux pays de se rencontrer et de se focaliser sur les projets communs qu?ils vont certainement pouvoir monter.

Je ne suis pas là pour dire à votre gouvernement de faire ceci ou de faire cela. Je mets mon expérience à votre disposition, et je vais encourager les hommes d?affaires irlandais à trouver de nouveaux partenaires et de nouvelles opportunités à Maurice. And then it will happen.

<B>Votre société, Andras House, a misé sur les hôtels et le développement foncier à Belfast, remodelant à elle seule une bonne partie de la ville. Pensez-vous investir à Maurice ? </B>

Oui, nous étudions des opportunités. Divers sites nous intéressent. Si les choses vont bien, nous allons pouvoir montrer l?exemple.

<B>Dans le secteur du tourisme ? </B>

C?est bien possible.

« Je ne suis pas là pour dire à votre gouvernement de faire ceci ou de faire cela »

<B>Qu?attendez-vous, concrètement ? </B>

Tout simplement de trouver le bon site et le bon prix.

<B>De profondes réformes ont été initiées dans le domaine de la facilitation des affaires à Maurice. Le cadre local vous paraît-il suffisamment incitatif ? </B>

Jusqu?ici, ce que j?ai vu est très positif. On sent bien que les autorités veulent aider les hommes d?affaires et les investisseurs. Mais c?est tout ce que je peux dire. J?ai écouté le ministre des Finances, Rama Sithanen, j?ai parlé au ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval. J?ai eu quelques rencontres avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Ils insistent tous sur le fait que le cadre à Maurice est très incitatif pour faire des affaires.

<B>L?Irlande passe pour être un modèle pour ce qui est d?inciter à se lancer dans le business. Que devons-nous faire pour devenir aussi attractif que votre pays ? </B>

En premier il y a le mindset. Pour faire du commerce, il faut l?avoir. Et il faut aussi développer un esprit d?entreprise dès qu?on sort du collège ou de l?université. Il faut encourager les jeunes à devenir entreprenants, faciliter leurs démarches administratives. Et surtout changer une culture où les gens ont peur de faire du commerce simplement parce qu?ils craignent un potentiel d?échec. La risk-averse culture existe dans beaucoup de sociétés, et probablement à Maurice. On doit changer cela, et même si on ne réussit pas du premier coup, il faut essayer encore et encore. De ce que j?entends et ce que je sais, cette culture est en train de gagner les Mauriciens.

Vous devez aussi sortir du pays et élaborer des contacts avec l?étranger. Envoyez vos compatriotes en Irlande, aux États-Unis, et développez des liens. Je peux vous dire, de par mon expérience, que les missions de prospection commerciale marchent pour les petits pays comme l?Irlande. Cela doit aussi être le cas pour Maurice.

<B>Vous parlez de « mindset ». Est-ce cela qui vous a permis de passer de l?étape de commerçant à celle de magnat de l?immobilier en Irlande ? </B>

Ça y a contribué. Malgré les difficultés auxquelles j?ai du faire face etles problèmes dans le pays, nous avons persévéré.

<B>Votre entreprise a été frappée 26 fois par des attentats de l?« Irish Republican Army ». </B>

Effectivement. J?ai failli fermer boutique. En 1971 j?ai pratiquement tout perdu. Mais l?esprit c?est « lève toi et marche ». C?est à ce prix qu?on se développe.

<B>Vous êtes un « Non-Resident Indian » respecté et influent. Et vous avez aidé à la mise en route de l?axe de coopération économique Irlande- Inde. Peut-on y intégrer Maurice ? </B>

Tout est possible. C?est au monde du business de prendre avantage de cet axe. La meilleure chose est de permettre à la communauté des affaires locale de fréquenter celle qui s?est déjà formée en Inde et en Irlande. Au début de cette année une délégation de la Queen?s University de Belfast a visité le Centre national d?immunologie indien, qui fait des recherches sur le cancer. Au bout de six mois, les institutions ont élaboré un programme conjoint, financé par les gouvernements indien et irlandais.

Si les représentants de la Queen?s University n?avaient pas fait la démarche, nous n?aurions pas eu ce résultat. Le même raisonnement s?applique pour Maurice.

Arjoon Sudhoo, du Mauritius Research Council, a fait un exposé au département d?océanographie de cette université. Il a visité son centre de recherches marines. Ne peut-on pas, dans ce contexte, penser à une forme d?association entre l?Inde, Maurice et l?Irlande pour mieux connaître les ressources marines de votre pays et savoir comment les exploiter ?

Propos recueillis <B>Par Rabin BHUJUN</B>

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