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La solidarité dans la maladie

23 novembre 2006, 00:00

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Hier après-midi, le centre Le Clos de l?Espérance, situé dans la cour de la Belle-Rose RCA, a reçu la médaille de la ville de Quatre-Bornes. Ouvert il y a un an, ce centre laïc permet aux cancéreux de faire une parenthèse dans leur vie hypothéquée par les traitements et l?angoisse de la récidive. Jacqueline Momplé, la responsable et Roxane Edouard, une malade fréquentant le centre, expliquent ce qu?elles y gagnent et que l?on pourrait résumer par la solidarité dans la maladie.

Chaque mercredi, jour d?opération du Clos de l?Espérance, le premier geste de Jacqueline Momplé en arrivant est de mettre un disque de musique douce et de laisser la mélodie bercer le silence. Un calme relatif s?instaure. Il est bientôt rompu par des bonjours émanant de la dizaine de malades ? des quadragénaires à monter ? que Jacqueline Momplé nomme ?amies?.

Une fois les civilités terminées et avant de partager le déjeuner, Jacqueline Momplé s?attable avec ses ?amies? et lance le débat sur un sujet précis. ?Cela peut être la peur, l?angoisse, la jalousie. Je les encourage à s?exprimer car souvent, le cancer est encore tabou dans leur entourage et ce n?est qu?ici qu?elles peuvent exprimer leurs peurs et leurs inquiétudes et ainsi s?en libérer?.

Un fait que confirme Roxane, 40 ans, mariée et mère de deux enfants de 12 et sept ans. En l?espace de quatre ans, elle a présenté deux différents types de cancer et a été traitée en conséquence. ?J?y pense de moins en moins. Mais, parfois, une angoisse me reprend. Je préfère ne pas en parler à mon mari, ni à mes enfants pour ne pas les inquiéter. Alors qu?ici, je peux tout dire.?

Les ennuis de santé de cette ancienne surveillante d?usine commencent en 2001. Elle a des maux de tête persistants, des troubles visuels et des pertes de mémoire. Un CT Scan révèle qu?elle a une petite tumeur au cerveau. Une ponction à la moelle épinière le confirme, indiquant que la tumeur est bénigne. Mais comme ses fonctions s?en trouvent affectées, Roxane est mise sous traitement médicamenteux pendant six mois. La tumeur finit par régresser et ses douleurs avec. La jeune femme se croit tirée d?affaire.

Quatre ans plus tard, elle s?étonne de saigner entre ses menstrues et d?avoir si mal durant les rapports sexuels. Sa consultation au gynécologue et le frottis subséquent sont sans appel. Elle présente un cancer du col de l?utérus encore à un stade précoce et donc traitable.

Roxane sombre toutefois dans le désespoir. ?Mon monde s?écroulait. Je me suis demandé : pourquoi moi ? Mon premier cancer était plus acceptable car les médicaments avaient atténué les douleurs. Là, j?ai eu droit à la chimiothérapie, suivie de la radiothérapie, avec tous les effets secondaires que ces traitements occasionnent, à savoir des nausées, des diarrhées et la chute des cheveux. Je me suis sentie diminuée en tant que femme car quand les effets secondaires m?affectaient, je ne pouvais m?occuper de rien. Pas même de mes enfants qui avaient neuf et trois ans à l?époque.?

Roxane s?en sort grâce aux encouragements de son mari, Jean. ?Il m?a demandé de me battre et de vivre pour nos enfants. C?est ce que j?ai fait.?

Bouleversements

Elle a terminé ses traitements l?an dernier mais, depuis, les nausées ne l?ont pas quittée. Tous les trois mois, elle doit subir un examen gynécologique. Pour le cerveau, c?est un CT Scan une fois l?an.

L?an dernier, elle entend parler du Clos de l?Espérance et s?y rend. Elle est convaincue que le fait de rencontrer d?autres malades lui permettra de relativiser sa maladie et de mieux l?accepter. C?est le cas. ?J?ai vu qu?il y a plus mal loti que moi. Cela m?a aidée à remonter la pente. J?ai donc décidé de réconforter les autres. Nous (...) sommes s?urs dans la maladie?.

En sus d?être une plate-forme d?écoute, le Clos de l?Espérance, géré par l?Association of Palliative Care - Mauritius, offre aussi des activités récréatives aux malades. Elles sont initiées au crochet et à la peinture. De temps à autre, une esthéticienne-coiffeur vient leur faire un shampooing. L?an prochain, il est prévu qu?elle leur offre une manucure. Deux fois le mois, Maurice d?Arifat livre les recettes de sa thérapie du rire qui, selon Jacqueline Momplé, fait des miracles.

Mais vu la nature imprévisible du cancer, le centre vit aussi des bouleversements. Entre janvier et août, deux ?amies? en sont mortes. La plus âgée était octogénaire, la plus jeune avait la quarantaine. Cette dernière refusait de baisser les bras face à son sarcome, l?un des cancers les plus virulents. Celui-ci l?a vaincue.

Jacqueline Momplé a dû prendre des gants pour annoncer la mauvaise nouvelle à ses ?amies? : ?Il faut savoir comment le leur annoncer car elles sont fragiles et vivent dans l?angoisse d?une récidive. Je me contente de dire qu?untel va mal. Elles comprennent alors ce que cela signifie. Mais même si ces disparitions sont difficiles à accepter pour nous toutes, je les encourage à continuer à se battre car, plus elles luttent, plus elles ont de chances de guérir.?

Cet encadrement a un coût. Les dépenses mensuelles du centre s?élèvent à Rs 6 000 et sont encourues par de généreux parrains. Les donations n?étant plus déductibles des impôts, Jacqueline Momplé craint que certains soient plus réticents à contribuer. ?Nous serons alors obligés de faire des (...) levées de fonds, d?autant que les malades souhaitent que le centre soit opérationnel deux à trois fois la semaine?. Roxane abonde : ?Le centre nous fait du bien. Il faudrait que nous puissions nous retrouver-là plus souvent??

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