Publicité
?Certains hôtels manquent de cachet mauricien?
Par
Partager cet article
?Certains hôtels manquent de cachet mauricien?
● Comment vous êtes-vous retrouvé à Maurice il y a 20 ans ?
Au début des années 70, Air France a fait savoir à AFCA-SIPCA Promotions, société pour laquelle je travaillais, qu?Amédée Maingard, alors directeur de New Mauritius Hotels, cherchait un expert en formation hôtelière pour Maurice. La société m?y a délégué et j?ai été retenu.
J?ai remarqué qu?il n?y avait pas de tradition dans les métiers à Maurice. On confondait cuisinier et marmiton. J?ai réorganisé le Chaland, le Morne, fait de la formation au Park Hôtel.
Un jour, Amédée Maingard m?a emmené sur la plage de Trou-aux-Biches, qui était immense. Il m?a dit qu?il y aurait bientôt là un immense hôtel. J?ai demandé qui l?ouvrirait, il m?a répondu : ?Vous !? Il fallait que je forme rapidement le personnel. L?hôtel Les Mascareignes aux Casernes, Curepipe, était fermé, j?ai demandé à occuper les locaux pour la formation. Deux ans plus tard, sur mes conseils, Amédée Maingard a donné cette école au gouvernement. J?ai fait intervenir la Coopération française en leur présentant un projet de financement et de formation par des professeurs qualifiés. Dans cette école, qui a été rasée assez récemment, j?ai formé tout le personnel pour Trou aux Biches, Dinarobin et les autres hôtels ouverts pendant les sept années qui ont suivi.
Y a-t-il eu un schéma directeur (master plan) qui a tenu compte de tous les paramètres, à commencer par les infrastructures ? Il faut tout prévoir.
● Quelles ont été les difficultés ?
Le premier obstacle avait trait au rôle de la femme dans l?hôtellerie. Il fallait rencontrer les pères de famille pour leur expliquer que nous n?allions pas transformer leurs filles en prostituées. Puis, il y avait un groupe de Mauriciens qui dirigeait tous les hôtels et qui ne voulaient pas en former d?autres. Ils considéraient que c?était leur donner du pouvoir. J?ai participé à l?évolution de la mentalité. Nous les avons ?éliminés? un par un. Tous ont émigré.
● Comment s?est passée la collaboration avec Amédée Maingard ? Vous écoutait-il ?
Oui, mais pas tous ceux de son entourage. Il m?a même proposé d?intégrer son groupe mais j?ai préféré rester consultant externe car c?est dans ce rôle que l?on a plus de poids. En 1977, j?ai senti que j?avais fait le tour de la situation à Maurice et j?ai fait venir mon remplaçant. Je précise aussi qu?à la demande de sir Seewoosagur Ramgoolam, j?ai formé les premiers employés de la Development Works Corporation.
● Qu?avez-vous fait après Maurice ?
J?ai été nommé responsable de la formation dans l?océan Indien d?abord, puis j?ai fait tous les pays d?Afrique francophone. J?ai notamment ouvert l?école hôtelière d?Algérie, de Côte d?Ivoire, de Haute Volta, du Cameroun. J?ai relancé le Méridien aux Caraïbes et imposé une politique de formation pour les Guadeloupéens. Je trouvais inutile de leur imposer des expatriés. J?estime qu?il faut incorporer la culture créole et les différences culturelles et les intégrer dans la formation et le système d?organisation hôteliers. J?ai fini expert des Nations unies et j?ai dirigé le plan d?aménagement du tourisme au Laos en Asie.
● Comment avez-vous trouvé l?école hôtelière d?Ebène que vous avez visitée ?
Elle a tous les moyens pour réussir. On y travaille dans de bonnes conditions. Ce qu?il faut, c?est que les élèves aient toujours des professeurs de qualité. Il faut que la qualité se maintienne.
● Maurice aspire à attirer deux millions de touristes. Votre commentaire sur le sujet.
Je l?ai appris. Je me suis demandé de quelle réflexion est partie cette aspiration. Y a-t-il eu un schéma directeur (master plan) qui a tenu compte de tous les paramètres, à commencer par les infrastructures? Il faut tout prévoir. On ne peut décider de cela à la légère. Il y a quand même un million d?habitants à Maurice et sans schéma directeur, on court vers la catastrophe écologique, économique et sociale. Seul ce plan pourra venir dire si deux millions de touristes sont supportables ou pas.
Ce plan doit être fait par des gens qui sont animés par une volonté de bien faire et pas celle de bricoler. Par exemple, quand je vois des constructions sauvages à Grand-Baie, je suis choqué. Je me dis qu?ils n?appliquent pas le contrôle. On ne peut pas faire n?importe quoi. En France, on a fait n?importe quoi et la Côte d?Azur est aujourd?hui fichue.
● Le développement à Maurice vous inquiéterait-il donc un peu ?
Globalement non, mais je suis surpris par certaines formes de développement. J?ai formé 10 000 personnes dans 17 pays et je peux vous dire que l?atout unique au monde que vous avez, c?est la gentillesse et la disponibilité. Par contre, je note que certains hôtels à Maurice ont été refaits selon le style indonésien.
C?est très joli mais cela n?a rien à voir avec Maurice. On aurait pu faire des modèles du style petite maison créole. C?est plus coûteux certes mais c?est le cachet mauricien. C?est comme votre artisanat. Il sort de tous les pays au monde sauf de Maurice. C?est dommage. Comme il est aussi dommage que certains marchands au marché de Port-Louis arnaquent les touristes, leur vendant par exemple du safran à Rs 850 la boîte alorsqu?à Curepipe, le même produit se vend à Rs 75.
Pour en revenir à l?hôtellerie, j?ai été surpris de ne pas voir de femme directrice d?hôtel. En France, des femmes sont patronnes de palaces tels le Georges V et Le Bristol. L?Homme a besoin de reconnaissance. S?il n?est pas valorisé, il s?en ira ailleurs. Cela peut occasionner des fuites de cerveaux. Je suis par exemple très fier qu?un de mes anciens élèves mauriciens soit directeur général du Sheraton en Tunisie. Mais je me demande pourquoi il ne l?est pas à Maurice.
● Vous êtes-vous retiré de la vie active ?
On me sollicite encore en tant que consultant mais je préfère diriger les gens vers les jeunes que j?ai formés. Maintenant, je me consacre à l?écriture simultanée de trois livres : le premier donnera des recettes de cuisine du Laos, le second relate ma vie depuis la plonge chez Maxim?s jusqu?aux Nations unies. Il montrera aux jeunes qu?avec de l?audace, tout est possible. Le dernier est un essai politico-économique sur l?évolution du capitalisme.
Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE
Publicité
Publicité
Les plus récents