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Sur le quai des souvenirs

15 novembre 2006, 00:00

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En ce Jour du Souvenir, l?émotion est palpable sur le quai à Port-Mathurin. Les anciens combattants sont présents en grand nombre. Plus que l?année dernière, dit-on. Beaucoup se sont mis sur leur trente-et-un. Alors que d?autres sont en tenue décontractée. Mais les chapeaux ne manquent pas. Ils sont en paille ou en feutre et nous rappellent combien cette coiffure était à la mode autrefois. Et les décorations de guerre sont bien en évidence. Chacun porte une ou même deux médailles. Les veuves de quelques anciens combattants sont aussi présentes.

Les anecdotes ne manquent pas. Un petit bonhomme ridé se met soudain au garde à vous devant son voisin pour lui raconter comment une fois il a fait face à un officier anglais sans qu?il ait été sanctionné. Simon Lisette, dit Simon Plume, à cause de son collier de barbe, porte un complet blanc cassé. Il est un des plus anciens combattants, un des plus connus de Rodrigues car il erre toujours dans les rues de la ville pour raconter son histoire. Il se prête au jeu des photographes. Le menton levé, il prend la pose.

Un peu plus loin, cinq personnes âgées sont assises sur un banc. Il y a Irené César, Thomas Roussety, Eugène François, Moïse Colette et Préval François. Ces deux derniers se sont engagés en pleine guerre de 39-45 alors que les autres se sont enrôlés après la guerre.

Du curry pour les Anglais

Préval François semble être le plus bavard de tous et ses amis n?arrivent pas à placer un mot. Il raconte des histoires avec beaucoup de gestes. Il se souvient encore des jours où des soldats rodriguais avaient préparé un curry de viande de b?uf pour des officiers. ?Si cari-la pa ti bon, ban-la ti pou ferme. Telma ti bon ofisier in vinn rodd enkor?, raconte-il.

Cet ancien combattant a connu aussi des moments pénibles à Diégo-Garcia où des soldats avaient été dépêchés pour construire une piste d?atterrissage. Beaucoup de soldats, mauriciens et rodriguais, sont morts sur cette île suite à une grave maladie. ?Pierre-Louis, Halbwachs, Montocchio. Je me souviens encore des noms de quelques amis qui sont morts des suites d?une mauvaise fièvre?.

Le recrutement se faisait à Rodrigues en se basant sur l?âge et le gabarit, là où la statue du Souvenir est érigée. Préval François garde un bon souvenir de l?officier recruteur, c?était un capitaine. Il frappait toujours son pied avec son stick. Préval François était debout dans le rang. Il n?avait pas la taille ni l?âge. ?J?ai fait un pas en avant pour être recruté, mais il avait choisi d?abord ceux qui avaient la bonne taille et l?âge. Et c?est après qu?il est venu vers moi voyant que j?étais un jeune plein de bonne volonté.? Les sergents-instructeurs avaient pour noms Koenig et de Spéville. Les Rodriguais mettaient ensuite le cap sur Maurice afin de subir un entraînement intensif.

Alors que les histoires se succèdent, les invités prennent peu à peu place sur le quai. La garde d?honneur de la police est sur place. Les anciens combattants sont en rang juste derrière. A 11 heures pile, le clairon sonne en mémoire des disparus. C?est la cérémonie de dépôt des gerbes. Le Chef commissaire, Johnson Roussety, ainsi que ses commissaires, le Chef de la police à Rodrigues, Pierrot Noël, l?Island Chief Secretary Jean-Claude Pierre-Louis, les deux députés Nicolas Von Mally et Christian Léopold ont déposé chacun une gerbe au monument du Souvenir. Préval François, accompagné d?un ancien combattant et de la veuve d?un ancien soldat, font de même. C?est au pas militaire que les anciens combattants quittent la parade.

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