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Logique ethnique
Ils se rapprochent, se regardent au fond des yeux mais sans désir. C?est la logique d?intérêt, et non la passion, qui semble devoir les unir. L?amour entre Paul Bérenger et Pravind Jugnauth s?inscrit dans une perspective de mathématique électorale. Il ne constitue pas les prémices d?un mariage fructueux. C?est le propre des arrangements purement électoralistes.
Hier, le leader du MMM a confirmé l?existence de ponts entre les deux partis mais a néanmoins affiché une grande fermeté face à son éventuel partenaire. Paul Bérenger ne semble pas disposé à accepter les compromis qui lui sont réclamés. Quand il dit souhaiter une ?alliance respectable? et insiste sur la notion de dignité, on peut supposer qu?il réagit au lobby du MSM en faveur d?un mandat premier-ministériel sans partage.
Vendredi à Plaine-Verte, le député MSM, Showkutally Soodhun, insinuait que le facteur responsable de leur échec commun aux dernières législatives était le partage du poste de Premier ministre entre le MSM et le MMM. ?Ce n?est pas parce que nous n?amenions pas le progrès que le peuple nous a sanctionnés. Si, en 2005, nous avions présenté Pravind Jugnauth comme Premier ministre, nou ti pou balye karo. Nou pa pou fer sa erer la enn deziem fwa.? Le MSM veut que Paul Bérenger soit l?adjoint de Pravind Jugnauth dans un éventuel gouvernement MMM-MSM. Le leader du MMM rétorque que ce n?est ni respectable, ni digne.
Les deux partis ne sont pas de force équivalente, loin s?en faut. Or, c?est le plus faible qui veut s?arroger la plus grosse part du gâteau. Le MSM fonde sa demande sur le fait que, pour des raisons communales, la candidature de Paul Bérenger au poste de Premier ministre ne serait pas viable. Il rappelle qu?en 2005, le Parti travailliste avait misé largement sur la thématique de ?pouvoir pé sappe dans nou la main? en exploitant la candidature de Paul Bérenger. Tel un chat échaudé, le MSM craint que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il estime que si Paul Bérenger est présenté comme le challenger de Navin Ramgoolam, cela conduira à la défaite électorale, comme aux dernières législatives. Pour sa part, le MMM a du mal à accepter la prééminence du MSM dans une éventuelle alliance.
Le MMM a besoin du MSM, parti qui lui apporte les cinq sous qui lui sont nécessaires pour obtenir la majorité. Le MSM, pour sa part, ne veut pas renouveler l?expérience de 2005. Ce n?est pas la première fois que des partis politiques se trouvent devant cette équation insoluble. Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut de l?audace politique : il faut briser le tabou ethnique. Le jour viendra où un parti transcendera les clivages ethniques et gagnera seul les élections.
Le MMM en a rêvé en 1982. Puis son combat politique s?est résumé à gagner des élections. Aujourd?hui, il cherche à travers le MSM la caution hindoue, s?étant résigné à devenir, par la force des circonstances, un parti des minorités. Prisonnier de cette posture, son leader pourrait avoir à s?effacer demain devant Pravind Jugnuath, un dirigeant de moindre envergure.
Il n?y a pas que le MMM qui est pris dans l?engrenage de la logique ethnique. Le PTr a inventé un attelage baptisé Alliance sociale pour composer avec la réalité du pays. Si Paul Bérenger est appelé à offrir au MSM le poste de Premier ministre, Navin Ramgoolam, lui, s?est cru obligé d?offrir à un poids plume électoral, le PMXD, un poste de vice-Premier ministre. La symétrie est parfaite. L?aberration est totale.
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