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Le Dr S. Moutia loue la production agricole rodriguaise

26 octobre 2006, 20:00

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Rodrigues ne connaîtra donc pas aujourd?hui les affres d?une journée électorale. Le bon sens prévaut à la onzième heure. Mieux vaut tard que trop tard. Ce flou qui a longtemps plané permet en tout cas de permettre aux députés élus, mais surtout nommés, du MR de goûter aux joies d?un pouvoir régional autonome, conquis par l?ennemi OPR. Une prise de pouvoir peu glorieuse qui peut se révéler un obstacle de taille. Le pouvoir même éphémère est déjà la défloration d?une virginité politique. C?est peut-être aussi le coup d?éperon qui aurait manqué à un OPR, encore au pouvoir et quelque peu usé par des années de pouvoir légitime. Il est plus facile de remonter un ressort pour reconquérir ce qu?on a perdu surtout quand on sait ce que coûte de laisser un avantage, même indu, entre des mains qu?on sait à présent opportunistes.

Mais qu?est Rodrigues d?avant l?autonomie ? Fin octobre 1981, le commissaire résident de Rodrigues, le Dr Sydney Moutia, se félicite de la bonne santé de la production agricole de Rodrigues. Son bilan débute pourtant par une note de désappointement : l?exposition de produits agricoles n?a pu avoir lieu à Rodrigues à l?occasion de la Journée Mondiale de l?Alimentation. L?autorité rodriguaise se satisfait pourtant des circonstances atténuantes pouvant justifier ce report. D?abord les conditions météorologiques n?ont pas favorisé la présentation idéale de la production agricole rodriguaise. La mi-octobre correspond ensuite à la récolte d?oignons qui constitue le principal revenu monétaire des agriculteurs. Il leur est difficile, sinon impossible, de déserter leurs plantations d?oignons pour participer à une exposition agricole si prestigieuse puisse-t-elle être.

Le maïs demeure la nourriture de base de la population rodriguaise. Des années de sécheresse et des solutions de facilités peuvent promouvoir les importations rodriguaises en riz et farine. Mais quand la production de maïs surabonde, les Rodriguais retrouvent vite leur prédilection pour leur maïs national.

Le Dr Moutia en veut pour preuve la réduction tangible notée dans la consommation de riz et de farine en 1980-81, par rapport à celle de 1979-80. Quelque 127 tonnes de riz et 306 tonnes de farine y ont été consommées en moins. Avec une population rodriguaise d?environ 30 000 habitants, cela donne des réductions de 8,4 et 20 livres respectivement par habitant et par an. Les services de santé ne notant aucune augmentation de cas d?anémie et de dénutrition, le Dr Moutia conclut que Rodrigues a produit l?équivalent de ces 127 tonnes de riz et 306 tonnes de farine.

Les nouvelles sont également réconfortantes dans d?autres secteurs de production agricole. D?une façon générale, on peut constater de visu les conséquences d?une augmentation appréciable du volume de boutures et de semences. Il en résulte une extension visible de la superficie sous culture de maïs et de patates douces. Les patates douces sont consommées sur une base domestique et sont rarement mises en vente. D?où la difficulté de fournir des statistiques de production concernant cette denrée.

Le Dr Moutia retrouve cette production agricole tout en croissance du côté de l?élevage. B?ufs, porcs, cabris et moutons se portent bien. L?année 1980 voit l?exportation sur Maurice de 429 b?ufs, de 3 378 porcs et de 6 918 cabris et moutons. Ces chiffres se comparent favorablement aux moyennes enregistrées précédemment et qui sont de 446 b?ufs, 2 680 porcs et de 3 800 cabris et moutons.

La production 1981 d?oignons sera plus importante que celle de l?année record de 1973. Celle de 1980 a dépassé les 300 tonnes mais avec des conditions inadéquates d?entreposage et de liaisons maritimes. Depuis, l?Office des Marchés agricoles a fait le nécessaire tant au niveau des entrepôts que des liaisons maritimes.

Les fausses notes ne manquent pourtant pas. Le conflit demeure larvé entre agriculteurs et éleveurs, chacun accusant l?autre de lui mettre les bâtons dans les roues. Des essais concluants démontrent qu?il est possible d?améliorer la production même avec une irrigation inadéquate. Les éleveurs ont intérêt à mieux sélectionner les races et à mieux combattre les maladies, affectant leurs bêtes.

La pêche ne doit pas faire problème si les pêcheurs savent alterner les pêches à la senne à l?intérieur du lagon pendant les mois d?hiver et les pêches estivales hors lagon.

Rodrigues est nettement moins favorisée que Maurice. Le manque d?eau se fait cruellement sentir. Elle est aussi plus exposée aux conditions sinon cycloniques du moins pré-cycloniques, les tempêtes tropicales se formant généralement à l?est des Mascareignes.

Le Dr Moutia dénombre environ 6 000 foyers à Rodrigues pour 6 000 fonctionnaires, soit l?équivalent d?un salaire assuré par famille. Il conclut que s?éloigne le spectre de la famine.

Il ne fait pas l?unanimité pour autant. Serge Clair de l?OPR, Paul Bérenger du MMM et Harish Boodhoo du PSM (revenant tous deux d?une tournée d?inspection dans la circonscription No 21) déplorent cette fonctionnarisation abusive de la population rodriguaise, l?accusant d?être l??uvre du PMSD.

Ce mois d?octobre 1981 voit aussi la publication d?une série d?articles sur Rodrigues, ?uvre du journaliste Christian Michel.

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