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La visite de Margaret, la princesse aux tristes yeux
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La visite de Margaret, la princesse aux tristes yeux
La précédente chronique a laissé notre visiteuse de marque, la princesse Margaret, débarquant au Chien de Plomb. Il est 10 h 30 en ce samedi 29 septembre 1956. Elle a eu droit à la salve d?accueil de 17 coups de canon, tirés du Fort George, ainsi qu?aux souhaits de bienvenue formulés par le gouverneur Robert Scott, du maire de Port-Louis, Edgar Millien, de son adjoint, Seewoosagur Ramgoolam, les deux ayant pris la place d?Abdool Razack Mohamed, à la suite d?élections municipales calamiteuses pour le Parti mauricien du futur fondateur du Comité d?action musulman.
Place à présent au God Save the Queen, à la gloire régnante de la s?ur aînée de la princesse Margaret, et qu?exécute l?orchestre de la police, sous les ordres d?aucun tortionnaire inquisiteur, mais sous la férule du Maestro Philip Oh-San. La princesse Margaret passe en revue une garde d?honneur des K.A.R. (soldats d?un bataillon d?artilleurs kenyans) et d?anciens combattants que commande le major Paul Chasteau de Balyon.
De retour au pavillon de la Douane, la princesse Margaret reçoit un bouquet que lui offre Caroline Ardill, fille du directeur adjoint de l?Instruction publique qui fait office de Press Officer. Le gouverneur Scott présente ensuite à la princesse Margaret les personnalités présentes : Mgr Hugh Otter Barry, Mgr Daniel Liston, Sir Francis Herchenroder, Robert Newton, Rampersad Neerunjun, A.J. Hinchey, secrétaire financier, Guy Sauzier, Abdool Razack Mohamed, A.M. Osman, Dr Abel Célestin, Harilal R. Vaghjee, le major général B. Chatterjee, commissaire de l?Inde, Fernand Saugon, consul de France, le Rd Mac Gellivray de l?Eglise presbytérienne, les juges Raman Osman, Simmons, Maurice Lavoipierre, les députés Renganaden Seeneevassen, André Nairac, Maurice Desvaux, commissaire de police.
La princesse prend ensuite place dans une Austin nouvellement reçue, pour se rendre à? l?Hôtel du gouvernement. Elle est vivement acclamée par la foule qui a envahi la place du Quai et la place d?Armes. Nombreux sont cependant ceux qui auraient préféré que la princesse parcourt à pied la centaine de? yards séparant le Chien de Plomb à l?Hôtel du gouvernement. Son déplacement en voiture provoque plus d?une bousculade. Il y aura ainsi des chutes, quelques blessés légers, des évanouissements spectaculaires. Policiers, scouts, brancardiers, membres de la Croix Rouge ont fort affaire.
La Gutter Press anglaise exagérera autant qu?elle le pourra ces incidents isolés et mineurs pour mieux déconsidérer l?île Maurice aux yeux de leurs lecteurs, sinon de la nation anglaise. Il est vrai que partout on n?entendra que ce seul regret : comme c?est dommage qu?elle n?ait pas pris place dans une voiture découverte. Déjà donc une police hyper-peureuse, privilégiant à outrance la sécurité aux dépens des désirs les plus légitimes du peuple mauricien.
Si la voiture princière passe comme une lettre à la poste, il n?en est pas de même pour les membres de sa suite qui se retrouvent bloqués, au milieu d?une foule de personnes, anxieuses de reconnaître la princesse aux yeux tristes parmi les occupants des voitures du cortège princier.
Pendant que sa suite est aux prises avec une foule plus curieuse que jamais, Margaret arrive à l?Hôtel du gouvernement où elle est saluée par un contingent de membres de la Naval Volunteer Force, se tenant des deux côtés de l?escalier d?honneur.
La princesse Margaret se rend d?abord dans le bureau du gouverneur où on lui montre le parcours de sa prochaine promenade dans les rues de Port-Louis. Elle passe ensuite dans la salle du Trône où l?attendent les membres des conseils législatifs et exécutifs, les chefs et sous-chefs des départements gouvernementaux, d?anciens chefs de service, les conseillers municipaux, les membres des conseils urbains, les magistrats, des membres du clergé et du Barreau.
Le député Harilal R. Vaghjee lui présente un coffret contenant une adresse dont il lui donne lecture. Le peuple mauricien lui souhaite la bienvenue. Sa présence à Maurice l?honore et il lui en sait gré. Il lui réaffirme sa loyauté à l?égard de la couronne britannique dont elle est la royale représentante. Il est pleinement conscient de faire partie de la grande famille du Commonwealth. Il lui rappelle qu?elle est le quatrième membre de la royale famille des Windsor à visiter Maurice après le prince Alfred (1870), du futur George V (1901) et de son père, feu George VI (1927).
Le coffret est en macaque du pays, offert par M. Edgerley, conservateur des Bois et Forêts. Les armes de Maurice sont gravées en or sur le couvercle en écaille de tortue. Les couplets et le fermoir sont également en or. Le coffret est l??uvre de M. Poilly de Curepipe. Il mesure 10 pouces sur 6. Fermoirs et couplets sont l??uvre de la Maison Mathieu-Poncini.
La princesse Margaret répond à Harilal Vaghjee : l?accueil des Mauriciens l?émeut au plus haut point. Elle est heureuse d?être dans notre pays. Ses parents parlent souvent de leur visite à Maurice, en 1927. Son séjour sera bref mais elle s?efforcera de voir le plus de Mauriciens, le plus de sites, de plus de choses possibles afin d?en garder le meilleur souvenir qui soit. Elle se réjouit à l?avance de pouvoir rencontrer un grand nombre de jeunes et d?enfants. Elle se réjouit surtout de pouvoir témoigner à son aînée la loyauté des Mauriciens à son égard.
On lui présente alors les personnalités suivantes : le Dr Arthur de Chazal, Jules Koenig, Jean Ah Chuen, Aunauth Beejadhur, Guy Forget, René Maigrot, Raymond Rault, Veerasamy Ringadoo, Hassam Bahemia, Roopnarain Bhageerutty, Satcam Boolell, Francis Chadien, Régis Chaperon, George Schilling, Goinsamy Venkatasamy, Edouard Piat, Willy Dupré, Félix Laventure, Ian Smith, Ange Cayeux du Turf Club, Louis Hein du Jockey Club, J.H. Pentney, conseiller au Transport, Raymond Bérenger (père de Paul), directeur des Travaux publics, Clément Dalais, Henri Ythier, Jean Rivalland, les présidents des conseils urbains de Curepipe, Beau-Bassin-Rose-Hill et Quatre-Bornes, respectivement.
À 11 h 30, elle quitte l?Hôtel du gouvernement pour une tournée en voiture dans les rues de Port-Louis. La foule enrage de nouveau car elle pensait que cette tournée se ferait en voiture découverte, ce qui lui aurait permis de mieux contempler la princesse. Les journalistes Roger Merven, Jean Delaître, Naudeer (New Era), Régis Young Put Lung (Chinese Daily News), Pyndiah (Kemsley Press) et Francis Collendavelloo, ont le privilège de faire partie du cortège princier.
Celui-ci s?avance péniblement le long de la rue Royale jusqu?au carrefour de la rue La Paix, tant dense est la foule de chaque côté de la voie publique. À la rue Desforges, la voiture de la princesse est immobilisée. La police éprouve les plus grandes difficultés pour lui ouvrir la voie. Le cortège passe enfin sous l?arc de triomphe, dressé par les soins de la municipalité de Port-Louis.
Le cortège remonte la rue Pope-Hennesy, tourne à droite à la rue Labourdonnais, puis de nouveau à droite pour prendre la rue Saint-Georges et parvenir aux Casernes centrales où 10 000 écoliers attendent sagement la princesse Margaret. Là, au milieu des Casernes, elle descend de voiture et prend place dans une jeep Land Rover découverte. Elle passe ainsi au milieu des écoliers qui l?acclament frénétiquement.
À 11 h 50, Margaret reprend place dans sa voiture qui emprunte les rues Lord-Kitchener et Brabant. Au Marché de la Butte, la foule trop importante immobilise de nouveau la voiture princière. Elle arrive de ce fait avec cinq minutes de retard (12 h 05) aux Cassis où elle doit poser la première pierre du nouveau collège Royal de Port-Louis.
(À suivre)
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