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Théophile Sossou, tout en douceur

15 octobre 2006, 00:00

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De fins bâtonnets de couleur marron et croustillants à souhait, le goût subtil d?un mélange de noix de coco et de citronnelle? On en mange et on en redemande ! Lors du Salon du tourisme organisé au centre Swami Vivekananda, les visiteurs ont pu découvrir cette saveur particulière, le kroustiyo. Il se déguste en amuse-gueule, en dessert, en décoration ou en produit semi-fini en pâtisserie. Grâce à Théophile Sossou, cette recette typiquement togolaise se retrouve à Maurice pour des bouchées de découverte et de plaisir? en prélude à d?autres recettes d?Afrique de l?Ouest.

Théophile Sossou est né en Côte d?Ivoire en 1968. Aîné d?une famille de cinq enfants, que des garçons précise-t-il, il a passé son enfance entre le Togo et la Côte d?Ivoire avant d?entamer des études universitaires au Ghana, pays où il rencontrera Maurice grâce à l?amour. Les 0 et les 1 de ses cours en informatique sont ponctués de longues lettres d?amour de Marianne, une Mauricienne. Pendant dix ans, sans jamais se rencontrer, ils correspondront. Ils ne sont alors pas encore à l?ère des e-mails et doivent attendre avec impatience les lettres qu?ils s?envoient.

Mais dix ans, c?est long. Théophile et Marianne décident donc de faire le grand saut. Les choses ne sont pourtant pas si simples. « Aucun de nous deux ne voulait quitter son pays pour aller vers l?autre. Chacun avait peur de ce qui l?attendait. Moi, c?était surtout parce qu?il n?y a aucun représentant de mon pays ici, aucune ambassade ou de consulat », raconte Théophile. Un malentendu qui leur vaudra une année de silence avant que les lettres ne recommencent à circuler d?un pays à l?autre. Et en 2003, Théophile Sossou met le cap sur Maurice. Trois mois après son arrivée, il convole enfin en justes noces avec Marianne.

Mais tout n?est pas tout rose pour Théophile. Sa famille lui manque terriblement, la nostalgie est omniprésente. « C?était loin d?être facile. D?un côté, j?avais envie de retourner chez moi, mais de l?autre, j?étais fasciné par le pays. C?était une nouvelle culture, un autre paysage. » Théophile réalise qu?il a laissé derrière lui toute une partie de sa vie. Les épisodes marquants, les anecdotes d?enfance et d?adolescence, bref tout ce qui fait la richesse d?une vie sont loin d?être relégués aux oubliettes. Le père surtout semble omniprésent dans ses pensées. « Il était très dur. On se bagarrait tout le temps. Quand j?étais petit, c?était pour une raison précise, puis quand j?ai grandi pour une autre », relate-t-il, avec nostalgie, mais le sourire aux lèvres.

Un parcours truffé d?embûches

Dès son plus jeune âge, c?est la curiosité de Théophile qui lui valait les foudres de son père. Les jouets l?intriguaient et il les démontait pour découvrir les secrets de leur mécanique. Des malentendus, ils en ont eu et parfois pas des moindres. « J?ai échoué lors de ma troisième année de collège et là, il a été vraiment dur. » Ce passionné d?informatique a donc dû occulter l?autre passion de sa vie, la musique et alors qu?il était au collège, il enchaînait les répétitions et quelques concerts.

Son père, très à cheval sur les études, n?a pu digérer cet échec. « Fou de rage, il est entré dans ma chambre, a pris mon album photo qui contenait celles de mes concerts et l?a brûlé. ça m?a fait vraiment mal. Depuis, je ne touche plus à la musique. » Pas de regrets néanmoins en prenant du recul. « Maintenant, quand je repense à tout ça je me dis qu?il avait raison de nous pousser ainsi. »

Pas étonnant, surtout lorsqu?il repense aux sacrifices qu?a faits son père pour qu?il puisse continuer ses études. « Il y a un épisode que je n?oublierai jamais. J?avais besoin d?argent pour payer mes cours, mais le pays se trouvait dans une situation économique difficile. Mon père n?avait plus un sou en banque. Il a alors vendu sa maison pour que je puisse continuer mes études. »

Et son père a eu raison, car Thépohile, qui effectue des études universitaires au Togo, obtient un diplôme en informatique appliquée à la gestion. Mais il ne compte pas s?arrêter en si bon chemin. Il s?intéresse de près à l?anglais et le Ghana lui semble alors être la destination idéale. Durant deux ans, Théophile va se consacrer à l?apprentissage de l?anglais, puis il reprend des cours en informatique. Il y passera ainsi quatre années de sa vie.

Mais comme on ne se sent bien que chez soi, Théophile décide de rentrer au Togo pour travailler. Cependant, les débuts ne sont pas faciles pour ce jeune diplômé. Ses efforts ne sont pourtant pas vains. Il arrive enfin à obtenir du travail et ne ménage pas ses efforts pour gravir les échelons.

À Maurice aussi, le parcours pour se faire une vie semble être truffé d?embûches pour Théophile. Il répond aux petites annonces, se rend aux interviews et, lui, qui a été fasciné par l?île, déchante assez vite. Il se heurte à un mur de préjugés, les réactions à son égard lui laissent un goût plutôt amer. Mais après maints efforts, il trouve de l?emploi dans le département de comptabilité d?une compagnie privée.

« J?ai toujours voulu être autonome »

Puis, il lui vient l?idée de commercialiser son fameux kroustiyo. Lorsqu?il revenait du Togo, Théophile en ramenait toujours un peu et il le partageait. Et, on lui en redemandait à chaque fois. « J?ai toujours voulu être autonome et là, je me suis dit pourquoi pas le kroustiyo ? ». La recette de sa grand-mère puis celle de sa mère, est finalement devenue la sienne. La cuisine de Théophile s?est alors transformée en fabrique temporaire en attendant que ses nouveaux locaux soient prêts.

Très prochainement les étagères des supermarchés compteront un nouvel item, le kroustiyo de Théophile Sossou, en attendant d?autres petits délices d?Afrique.

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