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Pour les beaux yeux de l?UE?
Maurice fait une cour assidue à l?Union européenne (UE). Hier, lors d?une conférence de presse, ce sont trois prétendants ministériels qui se sont chargés de conduire la parade amoureuse devant Claudia Wiedey, la chef de la délégation de l?UE à Maurice. Rama Sithanen, le ministre des Finances, Arvin Boolell, son collègue de l?Agro-industrie et Rama Valayden, l?Attorney General ont chacun à leur tour expliqué pourquoi Maurice est un prétendant de choix.
Et comme la parole ne suffit pas, on s?engage par écrit. En citant à profusion les promesses faites dans le Country Strategy Paper (CSP) soumis fin septembre à notre partenaire. Le fameux document qui convaincra l?UE que nous sommes dignes de ses faveurs. Et surtout des précieux millions d?euros, qu?elle voudra bien nous donner dans le cadre du 10e Fonds européen de développement (Fed) qui démarre début 2007.
À la clé, une première tranche d?aide fixe de 39,3 millions d?euros (plus de Rs 1,6 milliard) et une tranche incitative pouvant aller jusqu?à 13 millions d?euros (près de Rs 550 millions.) Mais aussi une part du gâteau du programme
Investment Facility de Rs 60 milliards gérées par la Banque européenne d?investissement. Comme tout bon prétendant, Maurice fait étalage de ses qualités, car l?UE est sévère. En effet, elle a établi une série de critères de gouvernance, économique, politique et sociale que doivent respecter tous ceux qui comptent sur ses faveurs.
Sur le volet de la gouvernance sociale et politique, Rama Valayden est intarissable. Il fait étalage de son approche « TRAP » : Transparence, Règle de droit, Accountability et Police. En annonçant que Maurice va se doter l?année prochaine des lois majeures comme le Freedom of Information Act ou encore l?Equal Opportunities Act. Synonyme « de changement majeur dans la manière dont on traite les gens ». Des profondes réformes dans le judiciaire et le milieu carcéral, la lutte conte la corruption ou encore l?attribution des marchés publics. Mais comme le dit Sithanen, si Maurice n?avait que ces critères à satisfaire, on aurait depuis longtemps touché le jackpot auprès de l?UE.
Mettre de l?ordre dans les finances
Il faut effectivement montrer d?autres facettes de son sérieux. Comme la volonté de réformer radicalement une industrie sucrière bouleversée par la prochaine baisse de 36 % du prix garanti du sucre mauricien sur le marché européen. « Cela va vous coûter Rs 25 milliards de roupies », prévient Boolell qui explique toutefois que « les changements seront douloureux, mais nous n?aurons d?autres choix que d?accélérer le processus. » Avant de démontrer que Maurice fait déjà montre de responsabilité en investissant dans la restructuration. En adoptant une stratégie nationale cohérente : la Multiannual Adaptation Strategy qui explique comment le secteur sucre va évoluer et comment également le secteur énergétique qui y est associé se développera.
C?est donc avec une certaine solennité que Boolell réclame de la prévisibilité à l?UE. Certes l?année prochaine Maurice recevra près de 11 millions d?euros (Rs 460 millions) d?aide à la réforme sucrière en août. Mais on sera toujours bien loin des Rs 25 milliards dont a besoin Maurice à ce chapitre ! « Maurice est le plus gros exportateur de sucre vers l?UE, il faut donc qu?elle soit traitée avec équité quand on décidera des montants qui lui seront alloués en 2007 et après », rappelle-t-il.
Mais il n?y a pas que le problème de l?industrie sucrière à régler. Et si le pays veut pleinement profiter des faveurs de l?UE, il a vraiment tout intérêt à mettre de l?ordre dans les finances. Principalement réduire le déficit budgétaire et la dette publique. C?est donc à Rama Sithanen qu?il convient de faire respecter les Key Performance Indicators établis par l?UE et qui prennent les indicateurs macroéconomiques du pays comme étalon pour juger de sa crédibilité. Et ainsi décider s?il mérite des aides additionnelles ou pas. « Ce sont de bonnes choses que nous devons faire de toute manière », admet Rama Sithanen.
De son côté, Claudia Wiedey regarde la parade avec attention. En félicitant les prétendants zélés pour leurs efforts. Mais en leur rappelant aussi que les exigences de l?UE ne sont pas nouvelles. « Ce n?est rien de nouveau. Dans les accords de Cotonou et de Lomé, le processus de développement était également regardé dans son ensemble. Mais maintenant la commission a décidé d?indiquer clairement à quoi elle s?attend en matière de gouvernance et de saine gestion économique. »
Mais sans préjuger de l?avenir, le prétendant Mauricien peut être confiant de son avenir. Car son CSP semble avoir déjà rencontré un succès d?estime préliminaire auprès de l?UE. « Je suis très content du résultat », confie Wiedey. Espérons que la Commission européenne pense la même chose !
À L?HEURE DES QUESTIONS
« Nous voulons que tout soit fait selon les ?best practises?. On peut toujours améliorer un système »
Avez-vous établi une date butoir pour l?établissement d?une loi sur l?attribution des marchés publics à Maurice ? Et quels éléments aimeriez-vous y voir ?
? Claudia Wiedey : On a parlé de 2007. Mais c?est le gouvernement qui s?est lui-même fixé des objectifs.
? Rama Valayden : Oui, nous comptons faire voter la loi en 2007.
? Claudia Wiedey : Il y a des standards internationaux qui indiquent déjà à quoi doit ressembler une bonne loi sur l?attribution des marchés publics. Et je crois que Maurice devra se doter d?une loi qui n?est pas en deçà de ces standards. Nous avons reçu une copie de la proposition de loi qui est analysée par nos techniciens. Nous reviendrons plus en détail sur la question lors de notre rencontre conjointe avec la Banque mondiale la semaine prochaine.
L?UE est-elle insatisfaite de la loi actuelle qui gouverne l?attribution des marchés publics à Maurice ?
? Claudia Wiedey : Ce n?est pas ce que j?ai dit. Dans le passé, l?UE a utilisé ses propres procédures d?attribution. Et comme maintenant ce sont les gouvernements eux-mêmes qui utiliseront notre argent à travers leurs systèmes d?attribution, nous voulons juste nous assurer que tout est fait selon les « best practises ». On peut toujours améliorer un système.
Après avoir mis le rapport du CSP sur votre site web, allez-vous attendre la réaction des « stakeholders » ou organiser d?autres sessions de travail ?
? Rama Sithanen : Il y a déjà eu des sessions de travail. Ce que l?on cherche en mettant le document sur le web, c?est d?avoir des observations des personnes dans le pays.
Quels sont les résultats obtenus jusqu?ici par Maurice lors de votre évaluation de la gouvernance sociale dans le pays ?
? Claudia Wiedey : Nous n?avons pas fait une évaluation dans le sens propre. Nous avons fait une analyse de la situation du pays du point de vue politique, institutionnel et économique. Et bien sûr, une telle analyse doit être faite avec l?apport de beaucoup de partenaires. Nous avons eu des commentaires et des discussions avec un peu tout le monde. Ce que vous trouverez dans le document, c?est la conclusion de toutes ces consultations.
Les critères d?obtention de la tranche incitative du 10e Fed sont tellement stricts que beaucoup de pays ACP semblent peu armés pour les atteindre. Qu?allez-vous faire des reliquats ?
? Claudia Wiedey : Pour l?instant, on a réservé un certain montant pour cette tranche incitative qui sera arrêté entre la fin de l?année et début 2007 lors de discussions entre la Commission européenne et les États membres. Avant, il faut que nous recevions les engagements des gouvernements des pays ACP. Après, on va avoir une discussion sur les critères qui sont atteints ou pas. Et c?est seulement alors qu?on va décider d?une allocation incitative. Évidemment, on va faire des évaluations annuelles et ponctuelles. Pour voir s?il y a des reliquats qui peuvent être réalloués des non performers à ceux qui font bien.
Il y a toujours des pays qui n?absorbent pas les ressources qu?on leur donne. Les reliquats seront alors utilisés pour des initiatives globales ou pour donner un coup de pouce aux pays qui sont engagés sur la bonne voie. Dans le passé, Maurice a toujours été un pays qui a bien profité de cette opportunité. Et on va certainement continuer avec le même mécanisme.
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