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Sophia explique Malcolm et loue Thomy Esclapon
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Sophia explique Malcolm et loue Thomy Esclapon
Au tour de Sophia, ou plus exactement de Madeleine Mamet, de prendre la plume pour rendre hommage à deux êtres supérieurs l?ayant profondément influencée : Malcolm de Chazal et son premier imprimeur attitré, Thomy Esclapon. Celui-ci est un ami des lettres et des arts que nous ne mettrons jamais suffisamment en exergue et qui mérite d?être davantage connu et reconnu. Pourquoi nos mécènes, ses semblables, n?unissent-ils pas leurs efforts pour créer un prix portant son nom, qui récompenserait substantiellement les mérites du meilleur livre de l?année, rédigé par un auteur mauricien et imprimé par une entreprise locale et qui deviendrait en quelque sorte notre Prix Goncourt et pas seulement dans le domaine littéraire, notre Grand Prix de la plus belle publication. Qui ne peut anticiper les bienfaits d?une telle émulation culturelle ? Pourquoi pas les Chazal de l?Edition Mauricienne avec prix annuels des meilleures couvertures, mises en page, illustrations, photographies, du meilleur contenu ? Pourquoi se refuser plus longtemps une telle promotion de l?Edition mauricienne et du Livre local ?
Thomy Esclapon, fils d?Alexis Joseph Esclapon et de Marie Mélanie Zélia Talbot, naît au Port Louis le 3 septembre 1879. Il étudie au Pensionnat Loyseau et au collège Royal où il fait partie des élèves les plus prometteurs. Il doit malheureusement interrompre prématurément ses études en raison du décès de son père. Il prend de l?emploi comme assistant-comptable de la Pharmacie Noël Couve, le successeur de la chaîne des pharmacies Minet qui domine de la tête et des épaules, à la mi-XIXe siècle, ce secteur médico-commercial. Le jeune employé poursuit quand même ses études avec l?aide de M. O. Alain, un ancien enseignant du Pensionnat Loyseau, dirigeant alors le collège Victoria. Le 25 avril 1910, il épouse Henriette Berthe Clair. Porté plus que jamais pour l?amour des livres, il crée, au début de 1915, la General Printing and Stationery Co Ltd, à une époque où Maurice ne compte pratiquement ni librairie ni maison d?édition. Il s?installe au 23 rue de l?Eglise. Il ne tarde pas à devenir, en éditant généreusement leurs ?uvres, la providence des meilleurs écrivains de l?entre-deux guerres, dont Malcolm de Chazal.
Raymond d?Unienville, dans la notice biographique du Dictionnaire de Biographie Mauricienne (pp. 1913 et suivantes), consacrée à Thomy Esclapon, soutient que Malcolm de Chazal crée l?événement littéraire, pendant la Seconde Guerre mondiale, avec la parution, chez Esclapon, bien sûr, de ses Pensées. Il publie sans hésiter ses Sens-Plastique I et II pourtant invendables.
Madeleine Mamet est du même avis. Thomy Esclapon est des premiers à pressentir le génie polyvalent de Malcolm. Il ne s?épargne aucune peine pour imprimer ses premières ?uvres, dont Sens-Plastique. Malcolm de Chazal confie à cette ?uvre, estime-t-elle, ?le pouvoir d?émancipation totale de l?imagination, atteignant ainsi le mécanisme essentiel de toute image poétique, en y joignant le temporel et le spirituel?.
Elle qualifie d?étrange, cette ?uvre rédigée ?à l?ombre du déisme?. Elle y trouve ?de grands faits souverains et ce seuil terrestre du monde psychique, se réclamant de la libre pensée des surréalistes?. L??uvre, méconnue par une certaine île Maurice, est pourtant saluée, à Paris, comme un événement littéraire par André Breton, Paulhan, Duhamel, Loys et Hervé Masson mais pas par le Claudel des années 1950 qui fait savoir à notre Malcolm que les Evangiles lui suffisent. ?Votre réponse est indigne d?un chrétien, indigne d?un académicien?, lui répond l?auteur de Iésou.
Madeleine Mamet, la première, se reproche d?avoir si mal connu ?l?esprit fulgurant? qu?est Malcolm de Chazal. C?est que son génie n?est pas à la portée des rieurs ni du tout venant, tant il émarge des normes et valeurs bourgeoises du monde dans lequel nous sommes condamnés à vivre, jusqu?à ce que mort s?ensuive. Le drame de cette incompréhension tient au fait que Malcolm éprouve, davantage que le commun des mortels, le besoin d?exprimer ce qui bouillonne en lui mais il le fait avec ses yeux « puisque les couleurs sont l?alphabet solaire et la rétine une seconde palette pour le pinceau ».Comprenne qui pourra !
Elle ajoute superbement : ?Combattant condamné d?avance, Malcolm se voue à la cristallisation la plus intense?. Homme de légende, il doit écrire lui-même sa geste, son odyssée. Madeleine se compte parmi les rares témoins de ces longues années de création. Elle le connaît depuis ses 16 ans. Depuis Malcolm ne cesse de faire ?monter le voltage de son aventure personnelle?. Elle pressent que ?cet esprit extraordinaire et prolifique jettera un jour un pont entre son île baignée de soleil et le reste du monde?. Elle pose même la question cruciale : ?Sans Maurice, Malcolm de Chazal aurait-il écrit Sens-Plastique et Petrusmok ? Aurait-il été le peintre dont les ?uvres s?arrachent aux quatre coins du monde ? Elle répond implicitement à cette question en attestant ?qu?il lui faut nos ombres et nos lumières?. Elle conclut philosophiquement : ?L?homme fait le pays mais le pays fait aussi l?homme?. Elle précise : Chazal revient sans cesse à la cosmogonie qu?il s?est créée et qui devient son seul univers. La couleur y est célébrée. Le rythme y est présent. Le poète écrit sa vision planétaire et exprime son sens plastique. Il revient à l?innocence première. Il perd l?écoute des bourgeois pour mieux gagner l?amitié des choses, la présence divine qui les habite. ?La vie intérieure est là. Il s?en contente?. Puisse-t-il à présent communier à jamais à la transcendance pressentie par lui sur notre terre, qui est parfois si jolie...
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