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La déstabilisation appelle l?action et non les pleurs

12 octobre 2006, 00:00

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Octobre 1981, l?express éditorialise et s?en prend à Sir Seewoosagur Ramgoolam. Le journal de la rue Brown-Séquard ne digère pas que notre Premier ministre aille pleurer dans les jupes de l?Internationale Socialiste, se plaindre de trotskystes et de marxistes payés par des puissances étrangères pour déstabiliser son île Maurice. La presse travailliste se fait l?écho, bien sûr, de ses jérémiades.

L?express subodore que la Libye pourrait être dans le collimateur de l?ire ramgoolamienne. Il se garde, bien sûr, de contester que de plus en plus nombreuses sont les délégations sectorielles mauriciennes à se rendre en pèlerinage à Tripoli pour serrer les pinces au camarade-frère Muammar Kadhafi. Il suffit de tale la main et de récolter la manne libyenne, sous forme de billets d?avions de bons d?hébergement, de per diem, de cadeaux-souvenirs, de bénédictions, d?accolades, etc. Certes, il y a quelques corvées inévitables, telles les interminables audiences aux pieds du Guide suprême. Mais que sont ces inévitables inconvénients comparés à la suprême délectation de pouvoir voyager aux frais d?une foreign princesse, même en classe économique ? La Libye reçoit ainsi des délégations mauriciennes de tout acabit, invoquant l?alibi incontesté et incontestable. Elle accueille avec son hospitalité coutumière et forcément désintéressée les plus avisés de nos politiciens, syndicalistes, instituteurs, dentistes parlementère ou pas, joueurs de tennis et d?échecs (Kadhafi étant un spécialiste du? mat), arracheurs de dents, légistes, barbiers, figaros, journalistes et non des moindres et n?appartenant pas forcément à des journaux champignons ou moribonds, de grands admirateurs de la Jamaquelque chose, fanatiques de démocratie directement populaire, ô combien supérieure, à les entendre, à celle concoctée par Westminster avec hors pairs et communs. Même Seewoosagur Ramgoolam, flanqué de Monsieur Eliézer, est allé siroter le thé à la menthe sous une marquise kadhafienne, en plein reg libyen, dans le vain espoir de faire miroiter le thé de Wooton et de La Chartreuse aux yeux des Tripolitains.

Prendre le thé à deux

Comme deux amoureux

C?est merveilleux

Oui, c?est vraiment merveilleux

La presse travailliste n?a-t-elle pas magnifié, au début de septembre 1981, cette Glorieuse Révolution et ses ingérences diplomatiques sur le territoire mauricien, en demandant aux leaders et porte-parole de nos principaux partis d?encenser à tour de bras qui vous savez ? Et toute cette exultation locale en l?honneur d?une Jamahiriya pour qu?un Premier ministre aille ensuite pleurer dans des jupes compréhensives que nos trotskystes et autres marxistes sont rémunérés en devises étrangères, sinon en pétrodollars, pour déstabiliser son gouvernement travailliste. C?en est trop pour l?express qui remarque que SSR s?y connaît en matière de déstabilisation lui qui, à 81 ans passés, est toujours solidement accroché au papayer, ce qui laisse encore deux bonnes décennies à son fils marchant sur ses traces.

Un Premier ministre pleurant que trotskystes et marxistes, financés par des puissances étrangères, déstabilisent son pays, constitue un point de non retour dans tout pays démocratique civilisé et évolué. Mais nous sommes à Maurice où nos dirigeants peuvent dire n?importe quoi et son contraire, promettre monts et merveilles et faire pleuvoir ensuite hallebardes et coups de massue, sans susciter la moindre réaction. L?express confesse ignorer s?il y a déstabilisation ou pas. Mais si un PM l?affirme, il y a mille choses à faire, concrètement et immédiatement, plutôt que d?aller pleurer dans des jupes mondialement socialistes.

?Assumez plutôt vos responsabilités de ministre de l?Intérieur, réplique ce journal au locataire en chef de l?Hôtel du Gouvernement. Ordonnez à vos policiers et à vos espions patentés (la S.S.S.) de mettre hors d?état de nuire les déstabilisateurs que vous dénoncez si étrangement à l?étranger. Nommez les puissances étrangères déstabilisatrices. Fermez sur le champ les ambassades impliquées dans ce processus de déstabilisation systématique et déclarez indésirables leurs diplomates (N.B. : Ce sera chose faite, en janvier 1984, au moins dans un cas). Un Premier ministre sachant qu?il y a déstabilisateurs et déstabilisation ne va pas se pavaner dans des assemblées internationales mais les attend de pied ferme, solidement retranché dans son Hôtel du Gouvernement, comme en septembre 1970 (éclatante victoire de Dev Virahsawmy dans le fief travailliste de Triolet). Maurice après tout n?est qu?une île, défendue, en 1981, par le seul Amar, si amarré à la terre ferme qu?il devient un Amar rieur. Une vedette, pleine de mercenaires étrangers, suffit pour la déstabiliser.

Mais là? coup de théâtre. L?express se ravise soudainement, effectue un virage à 180% et? conseille à SSR de voyager le plus longtemps possible. ?Promenez-vous comme bon vous semble. Cinq continents attendent votre visite. Retournez à Melbourne, par exemple, où des Mauriciens, à la mémoire courte ou complètement amnésiques, vous ont accueilli à bras ouverts. Ne revenez surtout pas à Maurice, même en transit, de peur qu?entre deux avions, vous nous annonciez une troisième? dévaluation de notre roupie ?. Et l?express de conclure : comme effet déstabilisateur, on ne peut guère faire mieux. Il achève cruellement : et dire que c?est ce pleurnicheur qui mènera notre Parti Travailliste aux législatives du 11 juin 1982.

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