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Liberté d?expression en péril
Elle était libre, courageuse, sans compromissions. La journaliste Anna Politkovskaïa (photo) était la seule, en Russie, à couvrir inlassablement la guerre de Tchétchénie, ainsi que son impact sur l?évolution de la Russie. Elle a été assassinée par balles, samedi 7 octobre, dans l?escalier de son immeuble, à Moscou. Tout indique que ce crime visait à éliminer une voix qui dérangeait. Mais le message qu?Anna Politkosvkaïa s?efforçait de diffuser, ces dernières années, dans les colonnes de son journal, Novaïa Gazeta, n?en prend que plus d?acuité.
Ce message accusait la Russie d?avoir basculé dans un fascisme rampant, fait d?autoritarisme, de xénophobie, de violences, d?impunité. Sera-t-il entendu par les Russes ? Le sera-t-il par les dirigeants européens, et singulièrement par Jacques Chirac, qui remettait, pas plus tard que le 22 septembre, les insignes de grand- croix de la Légion d?honneur à Vladimir Poutine ?
Droits de l?homme
Anna Politkovskaïa décrivait une Russie où les méthodes de la guerre menée depuis sept ans dans le Caucase, au nom de la lutte contre le ?terrorisme international?, ont fini par se diffuser dans toute la société. Une Russie où ceux qui gênent le pouvoir, ou ont le malheur d?appartenir au mauvais groupe ethnique, peuvent être enlevés, détenus dans des camps, torturés, éliminés par balles ou sous les bombes.
M. Poutine demanda un jour, faussement candide, au sujet des crimes commis par ses troupes en Tchétchénie : ?Vous parlez de violations des droits de l?homme. Les droits de qui ? Donnez-moi des noms, des dates ! (...) On ne voit pas le problème.? Anna Politkosvkaïa collectait les noms, les dates, les photos, les témoignages. Ses articles sont une plongée dans les crimes de guerres et la désolation, face à l?indifférence générale.
L?Occident a fermé les yeux sur la guerre de M. Poutine. En France, il se trouve même des voix pour saluer l?oeuvre de ?restauration de l?Etat? à laquelle l?ancien lieutenant-colonel du KGB se serait livré. Mais quel genre d?Etat ? Dominique de Villepin et le ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, ont réagi dimanche au meurtre d?Anna Politkovskaïa en exprimant des inquiétudes sur la liberté de la presse en Russie. C?est un souci louable, mais tardif. La France s?est confondue en flatteries envers M. Poutine. Elle a même décoré, en 2004, à Moscou, le chef d?état-major russe, le général Kvachnine, qui fit bombarder les civils de Grozny, ville martyre. Lors du sommet du G8, à Saint-Pétersbourg, en juillet, le pouvoir de M. Poutine s?était livré à une vaste opération de relations publiques, axée sur la puissance énergétique russe. L?assassinat d?Anna Politkovskaïa ne peut être imputé au régime, mais il s?inscrit dans un climat de violence, de non-respect du droit et d?intolérance, dont ce gouvernement porte une large part de responsabilité. Il est grand temps de s?en distancier.
© Le Monde 2006 Distribué par The New York Times Syndicate
?INFLUENCE MINIME??
Le monde entier observe l?enquête sur la mort d?Anna Politkovskaïa
■ ?Tout le monde observe la façon dont le gouvernement russe enquête sur le meurtre de la journaliste ?héroïne? Anna Politkovskaïa?, a déclaré la Secrétaire d?Etat américaine Condoleezza Rice.?C?est une événement très triste et qui mérite d?être pleinement et totalement éclairci par le gouvernement russe?, a plaidé la cheffe de la diplomatie américaine. Condoleezza Rice a aussi mentionné le meurtre du journaliste américain Paul Klebnikov, dont la mort devant son bureau de Moscou en juillet 2004 n?a jamais été élucidée.?Le gouvernement russe a beaucoup de mal à montrer qu?il est à la fois intéressé et déterminer à trouver les assassins de ces journalistes?, a estimé Condoleezza Rice, qui s?est dite ?inquiète? du destin de la presse dans l?ancien pays soviétique. Depuis l?Allemagne, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que ce crime ne pouvait rester impuni, mais a qualifié l?influence de la journaliste de ?vraiment minime?. Anna Politkovskaïa est la treizième journaliste morte en Russie depuis l?arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, et aucun des meurtriers n?ont été retrouvés, selon le Comité de Protection des Journalistes, basé à New York.
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