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?L?autonomie : l?île n?y était pas préparée?

4 octobre 2006, 00:00

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● Qui est Aurèle André ?

J?ai 47 ans. Après mes études secondaires en 1976, j?ai fait un bref passage dans le professorat avant d?entreprendre des études de théologie en Angleterre. J?ai été ordonné prêtre anglican en 1983 à Rodrigues et j?ai exercé pendant 10 ans. Entre-temps, plus particulièrement en 1987, je suis parti faire une maîtrise en théologie à Madagascar. En 1993 pour des raisons personnelles, j?ai pris mes distances de l?Eglise pour prendre un emploi dans une usine. Maintenant, soit dix ans après, je suis responsable du projet de Parc à tortues à Anse-Quitor, projet sur lequel je continue de travailler d?arrache-pied. Je suis marié et père de deux enfants. Je suis encore prêtre, mais je n?exerce pas dans une paroisse, sauf quand je suis sollicité.

● Vous dites être un bon observateur de la société rodriguaise. A quand remonte cet intérêt ?

En 1976, lorsque j?étais en Form VI. C?était l?année des élections générales, qui a vu la naissance de l?Organisation du Peuple Rodriguais (OPR). Mes parents étaient très impliqués dans le social et j?ai emboîté le pas. Je suis d?ailleurs un des fondateurs de l?Association des Amis de Rodrigues. Depuis, je suis toujours l?actualité, qu?elle soit politique ou sociale, même quand je suis loin de l?île.

● Parlez-nous de ces années-là ?

Depuis 1976, avec la création de l?OPR, j?étais convaincu que cette île peut réussir, même si je dois rappeler qu?il y avait le Parti Rodriguais en 1967, mais à cette époque, c?est le PMSD qui régnait en maître sur le terrain. Les jeunes étaient derrière l?OPR. Il y avait un grand enthousiasme, car nous voulions que des Rodriguais dirigent le pays. C?est un pays avec beaucoup de possibilités. J?ai confiance en cette île.

● Mais l?OPR allait mordre la poussière au scrutin de décembre 76?

Malheureusement de nombreux jeunes n?avaient pas encore le droit de vote, comme moi d?ailleurs. Même si le gouvernement d?alors avait abaissé l?âge de vote à 18 ans, il manquait alors ce soutien à l?OPR. Et il y avait un grand espoir avec l?arrivée de l?OPR au pouvoir en 1982.

● Quel regard jetez-vous sur l?île ?

Il y a eu l?autonomie en 2002 et je vous le dis : Rodrigues ne s?est pas préparée pour devenir autonome. Je ne dis pas que l?île n?était pas prête. Vous savez que cela a été décidé par le tandem Anerood Jugnauth et Paul Bérenger. Ils ont demandé à l?ancien juge Robert Ahnee de rédiger une loi. Il y a une délégation qui est partie ailleurs, notamment à Barbados pour la préparer. Mais malheureusement, on n?a pas donné l?occasion à de nombreuses personnes, dont des Rodriguais, de donner leur point de vue. On est allé trop vite.

● Que fallait-il faire, selon vous ?

Il aurait fallu réunir toutes les compétences. Dans de nombreux pays, notamment en Australie, en France ou Canada, se trouvent des Rodriguais compétents. Vous avez Yat Sin, Wong So et On Seng qui sont des Rodriguais. Tout le monde reconnaît leur compétence. Comme eux, il y en a d?autres qui se trouvent à l?étranger. Il fallait faire appel à eux. Malheureusement on n?a pas fait cela et je crois que le gouvernement central a voulu se débarrasser d?un fardeau.

● Estimez-vous que l?autonomie a été une faillite ?

Non. Il y a eu quand même des acquis. Et je pense qu?il ne faut pas faire marche arrière. Je trouve quand même que le système de la proportionnelle est bien?.

● Malgré que tout le mal qu?en disent de nombreux politiciens ?

Oui. Il faut savoir gérer cela. J?estime que ce système est plus stable que celui de First Past the Post. Un parti est représenté selon le nombre de votes recueillis. C?est plus fair. Il faut que certaines personnes arrêtent de critiquer ce système, en mettant la faute sur d?autres personnes. Il faut cesser le ?pas moi çà li çà?.

● Quelle est votre opinion sur les deux principales formations du pays ?

Rodrigues est beaucoup plus bipolarisé qu?à Maurice. Avec du recul, beaucoup de personnes pensent que la coalition entre Sir Seewoosagur Ramgoolam et Gaëtan Duval a fait beaucoup de bien à Maurice. Je me demande pourquoi après l?autonomie, ces deux principaux partis ne se sont pas alliés pour le progrès du pays. On aurait pu gérer l?autonomie ensemble et si besoin est, on se serait séparé pour s?affronter pour les élections cinq après. Cela aurait été bénéfique au pays. Mais malheureusement, ici, on se regarde en chiens de faïence. Malgré leurs différends, Bérenger et Ramgoolam se saluent souvent. Ils font preuve d?une grande maturité politique. Tel n?est pas le cas ici. Et c?est le pays qui fait les frais de cette mentalité.

● Avez-vous de l?espoir pour ce pays ?

Certainement. Mais pour cela, il faut un changement d?attitude. Il faut être plus disciplinés. Vous avez si Maurice a pu progresser, c?est surtout en raison du fait que de nombreux Mauriciens se réveillent tôt pour se rendre aux champs. Je me demande s?il ne faut pas que les Rodriguais travaillent jusqu?à 12 heures par jour. Peut-être que certains me colleront l?étiquette d?esclavagiste, mais pour le bien du pays, il faut être plus discipliné en ce qui concerne le travail. Il faut aussi former les jeunes. Après l?école, personne ne s?occupe des jeunes. Il faut créer un environnent pour les préparer. Cela doit débuter à partir de l?école.

● Vous ne trouvez pas que le système éducatif laisse à désirer ?

Oui, mais qui contrôle le système ?. Pourquoi n?introduit-on pas l?enseignement de l?histoire ? Pas celle qui répond à l?aspiration politique, dans les écoles. Qui nous en aurait empêchés ? J?estime que Rodrigues a un bel avenir.

● Envisagez-vous d?être un candidat pour le prochain scrutin ?

Non. J?ai une mission à accomplir. Je veux bien le terminer. J?ai 30 années de vie active. J?ai passé la première décennie dans l?Eglise, pendant la deuxième, j?ai travaillé dans une usine et pendant troisième, je travaille sur un ambitieux projet. J?aime bien faire les choses. Quand je commence quelque chose, je ne le fais pas à moitié.

● Peut-être dans la quatrième décennie?

Je ne peux prévoir ce que je ferai. Peut-être que dans le passé j?ai eu l?occasion de faire de la politique, mais j?ai choisi autre chose.

● Il y a une nouvelle équipe à la tête du pays. Quelle en est votre opinion ?

Tout s?est passé en douceur. Ce sont des jeunes. Il faut leur donner l?occasion de travailler. Certains diront qu?ils n?ont pas d?expérience. Mais on apprend avant d?en avoir. C?est comme quand un jeune postule un emploi, on lui demande s?il a l?expérience pour le job.

● Il y a un ?forcing? de la part des nouveaux dirigeants pour attirer des investisseurs.

C?était long overdue. Comme je vous l?ai dit plus haut, il faut, si besoin est, réunir toutes les compétences pour faire progresser l?île. Rodrigues doit avoir une part dans le domaine du sea food hub. Il faut plus de concurrence dans le domaine du tourisme. Pourquoi pas réintroduire la ligne directe Réunion-Rodrigues et créer d?autres dessertes avec des pays de la région. Maurice nous donne un coup de main, mais pas assez dans certains secteurs.

● Trouvez-vous que la tenue des partielles est justifiée?

On est en train de suivre la procédure comme cela se fait dans une démocratie. Est-ce que ces partielles auront lieu, çà c?est une autre question?

● Et si elles ont lieu, on dit que ce serait un gaspillage des fonds publics?

La démocratie a un prix. On avait bien organisé une partielle juste après les régionales de 2002. Et on n?avait pas parlé de gaspillage. Tout en vous disant que je n?ai aucune préférence.

Propos recueillis par Sunil OODUNT

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