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Questions à
Richard Duval : «Le visiteur a changé, et nous devons évoluer avec lui»
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Questions à
Richard Duval : «Le visiteur a changé, et nous devons évoluer avec lui»
Richard Duval, ministre du tourisme.
À l’occasion de la Journée mondiale du tourisme, quel bilan dressez-vous du secteur touristique mauricien en 2026 ?
Il faut reconnaître que, malheureusement ou heureusement, on juge encore très souvent la santé du tourisme à travers deux indicateurs : le nombre de visiteurs et les recettes.
Sur le premier point, nous pouvons être satisfaits. Entre janvier et août 2026, Maurice a accueilli 927 735 visiteurs, contre 903 606 sur la même période en 2025. Cela représente 24 129 visiteurs supplémentaires, soit une progression de 2,7 %.
Mais au-delà des chiffres, ce qui me réjouit surtout, c’est la résilience dont fait preuve notre destination. Il y a deux jours, le directeur d’un grand groupe hôtelier me disait d’ailleurs qu’il n’avait pas vraiment ressenti de basse saison cette année. Et cela, dans un contexte international qui reste particulièrement compliqué.
Certains diraient que 2,7 %, ce n’est pas beaucoup…
Je comprends que, pris isolément, 2,7 % puisse paraître modeste. Mais il faut regarder le contexte. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les perturbations du transport aérien, le coût des voyages et le ralentissement de certains marchés ont eu des répercussions sur l’ensemble de l’industrie touristique.
Dans ce contexte, maintenir une croissance est déjà un signal positif. Et je tiens à le dire : je ne me réjouis absolument pas des difficultés que peuvent rencontrer nos concurrents. Le tourisme est une industrie mondiale et lorsque nos voisins souffrent, cela nous préoccupe aussi.
Je suis simplement heureux de constater que Maurice a, une nouvelle fois, démontré sa capacité à résister aux chocs et à s’adapter.
Pourquoi, selon vous, l’île Maurice a-t-elle été aussi résiliente ?
Je pense qu’une des grandes forces de Maurice est la diversification de ses marchés. Bien sûr, la France et l’Europe restent essentielles pour nous. Mais nous avons aussi vu d’autres marchés prendre de l’importance, notamment l’Afrique du Sud et l’Inde, sans oublier notre marché naturel de proximité, La Réunion.
Cette diversité nous donne une certaine stabilité. En 2025, nous avions d’ailleurs atteint un record avec 1 436 250 arrivées, malgré un léger fléchissement de certains marchés européens. Et au premier semestre 2026, plusieurs marchés ont continué à progresser, notamment l’Allemagne, l’Afrique du Sud et l’Inde.
Mais la diversification ne suffit pas à elle seule. Il faut aussi être capable de réagir rapidement lorsque le contexte change. Et je crois que, ces dernières années, l’ensemble de notre industrie touristique a montré cette capacité d’adaptation.
Et qu’en est-il des recettes touristiques ?
Là aussi, les chiffres sont encourageants. Selon la Banque de Maurice, les recettes touristiques ont fortement progressé en 2026. Elles atteignaient Rs 64,9 milliards pour la période de janvier à juillet, soit une hausse de 15,9 % par rapport à la même période en 2025.
C’est important parce que notre objectif ne peut pas être simplement d’accueillir davantage de visiteurs. Nous voulons aussi que le tourisme génère davantage de valeur pour notre économie, pour nos entreprises et pour les Mauriciens.
Mais quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels la destination Maurice est confrontée ?
Ils sont nombreux. L’un des principaux est certainement de continuer à diversifier notre offre. Maurice a beaucoup plus à offrir que ses plages et ses lagons. Nous avons une histoire, une culture, une gastronomie, des villages, des paysages et surtout une population avec un mode de vie qui nous est propre.
Et je pense que c’est justement cela que recherchent de plus en plus les visiteurs. Ils ne veulent pas uniquement une belle plage et une belle chambre d’hôtel. Ils veulent vivre quelque chose. Ils veulent rencontrer des gens, découvrir notre cuisine, comprendre notre histoire et repartir avec des souvenirs qui ne ressemblent pas simplement à une carte postale.
C’est dans cette direction que nous devons continuer à travailler. Le futur village éco-intégré à Vieux-GrandPort s’inscrit justement dans cette volonté de faire découvrir une autre facette de Maurice, notamment notre patrimoine, notre histoire et notre gastronomie.
Et puis, il y a bien sûr la diversification de nos marchés. C’est une force que nous devons continuer à développer. L’Afrique du Sud et l’Inde, par exemple, se sont consolidées. Nous devons maintenant continuer à ouvrir de nouvelles possibilités et à renforcer notre présence sur d’autres marchés.
Le thème de la Journée mondiale est «Le numérique et l’intelligence artificielle pour repenser le tourisme». Ne craignezvous pas que la technologie finisse par prendre la place de l’humain ?
Non, je n’ai pas cette crainte. La technologie va évidemment continuer à transformer le tourisme. Et nous le voyons déjà. L’intelligence artificielle (IA) change la manière dont les voyageurs recherchent une destination, organisent leur voyage, choisissent leur hébergement et personnalisent leur expérience. Nous devons l’adopter et apprendre à bien l’utiliser.
Mais il y a une chose que la technologie ne pourra jamais remplacer : la rencontre humaine. Le tourisme, au fond, c’est une histoire de gens. On peut utiliser l’IA pour trouver le meilleur itinéraire ou le meilleur restaurant. Mais on se souvient d’un voyage pour des personnes que l’on a rencontrées, pour un sourire, une conversation, une attention particulière. Et cela, aucune machine ne pourra véritablement le remplacer.
À Maurice, nous avons cette chaleur humaine, cette façon d’accueillir qui fait partie de notre identité. C’est une richesse qu’il faut préserver.
Au-delà des chiffres, pensez-vous que le modèle touristique mauricien doit évoluer ? Et dans quelle direction ?
Oui, certainement. Le visiteur a changé, et nous devons évoluer avec lui. Aujourd’hui, de plus en plus de voyageurs recherchent des expériences qui sont authentiques, personnelles et différentes. Certains veulent être proches de la nature. D’autres veulent découvrir notre patrimoine ou notre gastronomie. D’autres encore veulent simplement sortir des circuits traditionnels et vivre l’île autrement.
Nous devons donc être capables de répondre à cette diversité de demandes. Cela signifie aussi développer davantage de petites structures, de gîtes, d’écolodges et d’autres formes d’hébergement qui permettent aux visiteurs de découvrir une autre île Maurice.
Il y a également des visiteurs pour lesquels l’hébergement n’est pas la priorité. Ils veulent un endroit confortable où dormir, mais leur véritable objectif est de passer leur journée à découvrir l’île, ses habitants et son mode de vie. C’est une évolution que nous devons accompagner.
La connectivité aérienne et le prix des billets restent déterminants pour la compétitivité de Maurice. Quelles avancées concrètes peut-on attendre dans les prochains mois ?
Nous avons déjà enregistré plusieurs avancées importantes. Certaines liaisons ont été renforcées, notamment sur des hubs essentiels pour Maurice. Turkish Airlines a augmenté sa présence et nous avons également vu de nouvelles possibilités se développer.
Et puis, nous avons accueilli Ethiopian Airlines, une compagnie dont la venue à Maurice était attendue depuis longtemps. Dans les prochaines semaines, Airlink lancera également sa liaison directe entre Cape Town et Maurice, à partir du 2 octobre. Et une nouvelle liaison de LOT est également prévue pour décembre.
Mais au-delà de l’arrivée de telle ou telle compagnie, ce qui est important, c’est d’avoir désormais une approche plus structurée de notre politique d’accès aérien. La création du National Aviation Consultative Council va justement dans ce sens. Comme l’a souligné le Premier ministre, ce conseil aura notamment pour mission d’examiner les demandes importantes de services aériens, d’identifier les corridors stratégiques et de conseiller le gouvernement sur notre politique nationale d’accès aérien.
Je pense que c’est une évolution importante, parce que notre connectivité doit être pensée sur le long terme. Je partage et salue la vision du Premier ministre.
Dans un contexte marqué par le changement climatique, l’érosion des plages et la pression sur les ressources, comment l’île Maurice peut-elle continuer à développer son tourisme tout en protégeant son environnement ?
C’est un vrai défi. Il faut trouver un équilibre entre le développement du tourisme et la protection de notre environnement. Parce qu’au fond, notre environnement est aussi notre principal capital touristique.
Nos plages, nos lagons, nos paysages et notre biodiversité sont précisément ce qui attire les visiteurs chez nous. Si nous ne les protégeons pas, nous mettons aussi en danger l’avenir de notre tourisme.
Le gouvernement en a fait une priorité. Le Budget 2026-2027 prévoit notamment Rs 4 milliards pour le Coastal Erosion Adaptation Programme, avec des travaux prévus sur plus de 11,5 kilomètres de côtes particulièrement touchées par l’érosion. Il y a également eu une évolution importante sur le plan législatif avec l’introduction du crime d’écocide dans notre cadre juridique.
De notre côté, au ministère du Tourisme, nous voulons aussi développer davantage le tourisme intérieur et mieux répartir les activités touristiques à travers le pays. L’idée est assez simple : nous ne pouvons pas continuer à concentrer toute l’activité sur les mêmes plages et les mêmes zones côtières.
Nous avons d’autres endroits à faire découvrir. Cela permettra aux visiteurs de voir une autre île Maurice, mais aussi de créer des opportunités pour les communautés et les entreprises locales.
Nous encourageons également les initiatives touristiques plus responsables. La Tourism Authority a d’ailleurs mis en place des distinctions pour récompenser les acteurs qui font des efforts concrets en matière de tourisme durable, de réduction des déchets, de protection de la biodiversité ou de préservation des plages.
Pour moi, le tourisme durable ne doit pas être un slogan. Il faut que cela devienne simplement notre façon de faire du tourisme.
Quel est votre objectif pour le tourisme mauricien dans les cinq prochaines années : davantage de visiteurs, des touristes qui dépensent davantage, une diversification des marchés ou un modèle privilégiant davantage la qualité et la durabilité ?
Tout cela à la fois. Je ne pense pas qu’il faille opposer quantité et qualité.
Le tourisme fait vivre des milliers de familles et contribue fortement à notre économie. Nous devons donc continuer à développer les arrivées.
Mais en même temps, nous devons chercher à créer davantage de valeur avec chaque visiteur, diversifier nos marchés, enrichir ce que nous proposons et faire en sorte qu’une plus grande partie des retombées bénéficie aux entreprises et aux communautés mauriciennes.
Et bien sûr, tout cela doit se faire de manière durable. Parce que notre ambition ne peut pas être de connaître de bons chiffres pendant quelques années. Nous voulons que Maurice reste une destination attractive dans dix, vingt ou trente ans.
Et pour cela, il faut préserver ce qui fait notre force aujourd’hui : notre environnement, notre authenticité et surtout notre capacité à accueillir les gens avec cette chaleur qui nous caractérise. C’est cela, pour moi, le vrai défi des prochaines années.
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