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Sirop panadol
Par Nazim ESOOF
C?est une expérience que chaque Mauricien doit avoir vécue au moins une fois dans sa vie. Une consultation à l?hôpital public est toujours redoutée comme une épreuve cauchemardesque. Une ancienne ?bien-pensance? veut qu?on ne soit pas trop exigeant d?un service public gratuit. C?est le prix qu?on ne cesse de payer pour notre Etat-providence. L?intérêt général ? Il fonctionne bien à coup de sirop panadol et de sérum. Soins palliatifs pour une société malade de son à peu près. Des médecins démissionnaires qui sont appelés à reprendre leurs lettres de démission, quitte à antagoniser davantage l?opinion publique. Quoi qu?il soit aussi vrai qu?on ne puisse sévir sans avoir donné la chance aux protagonistes de s?expliquer. Mais expliquer quoi ?
Au commencement? Des histoires de négligence médicale. Dit sur ce ton, cela ferait penser à une certaine désinvolture d?autant plus que cette affaire a abouti à mort d?homme. Mais que faire lorsque le cynisme a franchi le seuil de tous les extrêmes ? Comment faire preuve de compréhension quand tout un système est vicié et fait vicieusement du mal à ceux dont il est censé s?occuper ?
C?est une tragédie vieille comme le pâlot ?service-publisme? qui fonctionne a contrario de ses objectifs. Le service public de santé en est l?illustration parfaite. Un personnel en nombre insuffisant. Des malades toujours présentés comme d?éternels ergoteurs. Des autorités publiques qui manquent singulièrement de prévoyance. Bref, une déconfiture générale masquée par une étonnante capacité à pratiquer la négoce des chimères.
La première, celle qui est la plus visible, a trait à notre incapacité congénitale à interroger un système public qui perpétue ses handicaps. Il y a longtemps déjà que les prodromes d?une révolution sont nettement perceptibles. Mais en véritables presbytes des mythes fondateurs, nous nous refusons tout droit de remettre en question certaines pratiques, dont la nécessité de revoir celui de gratuité du système public de santé. Il est vrai que la majorité des Mauriciens ne peuvent toujours pas payer pour des soins hospitaliers. Il est moins question ici de rendre payant ce service que de trouver d?autres modes de financement qui contraindraient le personnel médical à un régime professionnel strict.
Cependant, on ne peut attendre continuellement des professionnels qu?ils travaillent comme des forcenés pour des salaires modiques. On ne peut attendre d?eux qu?ils aient la même contention d?esprit s?ils doivent fonctionner pendant des journées entières sans avoir le temps de récupérer. On ne peut même pas exiger de la politesse des gens qui travaillent comme des automates. On ne peut exiger non plus de la patience des malades qui souffrent. S?attendre aussi à ce qu?ils soient compréhensifs devant un système qui les déconsidère outrageusement.
De la formation des médecins à un système qui a fait son temps, la course à rattraper le temps n?a que trop duré. Le ?remède sirop panadol? a fait son temps. C?est symptomatique d?une société qui se refuse à une thérapie de choc parce qu?elle préfère le leurre d?un traitement à doses homéopathiques. Une société qui souffre des lobbies corporatistes. Qui se refuse de redéfinir l?intérêt général tout en préservant la gratuité du système de santé publique. Dans ce dernier cas, le processus de déshumanisation du service a atteint un stade trop avancé pour continuer à prétendre que le problème n?est dû qu?à quelques brebis galeuses. Fumisterie qui nous épargne ces actions qui bouleversent le statu quo.
Il faut se dire, lorsque pratiquement toutes les maladies sont traitées avec du sirop panadol, que nous avons détourné de son sens l?intervention thérapeutique en versant dans la contre-indication totale.
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