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Informer au moyen de l?ourdou
Shazia Sayed Baureek, 27 ans, a longtemps été une voix pour les auditeurs des émissions religieuses en ourdou à la radio nationale avant d?être ce visage agréable qui présente régulièrement les informations télévisées de 15 et de 18 heures en hindi, de même qu?un documentaire télévisé mensuel à caractère religieux en ourdou. Plus récemment, elle a réalisé l?émission télévisée consacrée au centième anniversaire de la naissance de feu sir Abdool Razack Mohamed.
À la ville, cette Pakistanaise originaire de Hyderabad Sind, est tout aussi plaisante à regarder. De plus, son kreol est particulièrement savoureux. C?est ainsi que cette avant-dernière de cinq enfants, qui explique sa franchise par le fait qu?elle «kontan koz divan figir», dira que de sa fratrie, c?est elle «ki?nn marie pli avan ki zot tout». Et qu?elle l?a fait lorsqu?elle était encore «dan ti laz».
De sa mère qui a été élue conseillère de district alors que son père se contente de jouer les seconds couteaux en dirigeant son atelier de fer forgé, elle déclare que «mo mama li lanver li. Mo papa enn dimounn trankil alor ki mo mama li bien aktiv dan tou». De l?ourdou parlé par ses beaux-parents, elle n?hésite pas à reconnaître qu?il est «impe kas-kase». Et si son beau-père qui assiste à l?entretien, fait un aparté un peu bruyant avec notre photographe, elle lui fait gentiment comprendre qu?il doit se taire. Telle est Shazia.
<B>Descendante directe du prophète Mohamed</B>
Et dire que c?est dans l?humanitaire qu?elle se destinait. D?où son choix de matières scientifiques au cycle secondaire. Un résultat inférieur à celui escompté la pousse à refaire sa classe terminale. Dans la foulée, elle postule aussi pour être admise dans les cours menant à un Bachelor of Science en pharmacie à l?université de Karachi. Lors d?une visite chez des parents dans cette ville du Pakistan, elle rencontre le Mauricien Mohamad Raaz Baureek qui étudie en vue de décrocher sa maîtrise d?économie. Le courant passe bien entre eux.
Ce que la jeune fille ignore, c?est que les vues du jeune homme vont plus loin que la simple camaraderie. Une demande en mariage est bientôt présentée à ses parents. Et même si les Sayed qui sont les descendants directs du prophète Mohamed, se marient généralement dans la même lignée, les parents de Shazia sont prêts à faire une exception tant le Mauricien est charmant, instruit et a de bonnes manières. Shazia se laisse convaincre. Lorsqu?elle convole, elle a tout juste 18 ans.
Elle débarque à Maurice avec son mari en mai 1998. Le couple vit chez les Baureek à Plaine-Verte. Son mari qui est enseignant au Islamic College, la fait postuler pour remplir un emploi de présentatrice radio d?ourdou auprès de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC). Lorsqu?elle est convoquée à la rue Pasteur et priée de lire deux feuillets en ourdou, elle se souvient qu?enfant, sa mère lui demandait de lire le journal à haute voix. Elle prenait alors l?intonation des présentateurs radio de l?époque. Lors de son audition, elle fait de même. Si elle confiante de son niveau d?ourdou, elle n?est guère rassurée car parmi les autres postulants, il y a des détenteurs de licence en ourdou.
Plusieurs mois s?écoulent sans nouvelles. Ce n?est que 40 jours après l?accouchement de sa fille Fariha, aujourd?hui âgée de six ans, que Shazia reçoit une convocation de la MBC radio. Elle est recrutée pour présenter une émission religieuse en ourdou intitulée Mihfil-I-Tarannum. C?est Mohamad Oosman qui se charge de sa formation technique. Elle est en mesure de voler de ses propres ailes au bout de 15 jours. Les auditeurs apprécient cette voix chaleureuse qui délivre les versets du Coran et le font savoir à qui de droit.
Son mentor la met aussi à contribution dans la dernière partie d?une émission radio en ourdou en lui laissant animer les 20 dernières minutes. Shazia les meuble par des recettes de beauté de grands-mères qu?elle puise d?un livre envoyé par sa mère. «Boukou dimounn inn konn moi par sa programme la», confie tout sourire Shazia.
En parallèle, cette ambitieuse jeune femme décide de poursuivre ses études. Sa famille lui envoie des manuels et à la fin de chaque année universitaire, elle se rend au Pakistan pour prendre part aux examens. C?est ainsi qu?elle décroche un Bachelor of Arts en sciences politiques et en éducation et plus récemment une maîtrise en ourdou.
Lorsque Kessen Budhoo lui propose de présenter des reportages aux informations télévisées de 15 heures en hindi, Shazia panique. Si au parler, l?ourdou est similaire à l?hindi, celui de Shazia est nettement plus littéraire. Elle décide alors de le simplifier. Le premier reportage international sur lequel sa voix passe en off a trait à un incendie. Lorsqu?elle s?entend de son domicile, elle est émue aux larmes. Au bout d?un mois, c?est le bulletin en entier qu?elle est appelée à présenter. Elle s?en sort si bien qu?au bulletin de 15 heures, on lui demande d?assurer la présentation de celui de 18 heures.
Shazia se fait bien vite remarquer et apprécier. Raghoonath Deaal, chef de la rédaction, lui commande des reportages sur toutes les fêtes religieuses. Habituée à la caméra, Shazia accepte. Et lorsqu?un réalisateur d?émissions télévisées en ourdou décède, on lui confie la tâche de réaliser une émission télévisée mensuelle d?une demi-heure intitulée Anjuman. Dans un premier temps, les mois du calendrier islamique sont sa source d?inspiration et d?explications.
Alors qu?elle est au Pakistan pour prendre part à son examen, Shazia apprend le décès du maulana Noorani, connu et très apprécié des Mauriciens. Son sens de l?initiative la pousse à louer les services d?un cameraman et d?aller tourner des séquences devant la demeure du malauna défunt. à son retour au pays, elle propose ce projet de documentaire à sa direction qui loue sa débrouillardise. Le reportage plaît et les demandes de rediffusion affluent.
Un autre Anjuman a été consacré à l??uvre du maulana Abduul Aleem Siddiqui. La Sunni Razvi Society l?a aussi approchée pour une émission sur le maulana Khushtar et Shazia qui a obtenu le feu vert de Satish Ruhee, ne s?est pas fait prier pour le réaliser. Si au début, Anjuman était diffusé à 17 h 30, il l?est désormais en soirée à partir de 21 h 30.
<B>Des occasions de perfectionnement</B>
Entre ses émissions radio, ses bulletins d?informations télévisés et son émission mensuelle, Shazia n?a pas beaucoup de temps libre. Mais lorsque Satish Ruhee lui demande de préparer des émissions spéciales, une sur Eid et l?autre sur l?anniversaire de naissance de feu sir Abdool Razack Mohamed, Shazia y voit là des occasions de perfectionnement.
Cette dernière émission nécessite six mois de recherches. «Monn bien lir zistoir Moris e sa ti pasionan. Sa finn donn moi lanvi fer ban lezot emision lor bann gran dimounn dan Moris.» Elle précise que ces «gran dimounn» ne seront pas que des personnes de foi islamique. «Nou bann dimounn dan media nou bisin rest neutre e travail pou tou dimoun.»
Shazia qui réalise de nombreuses émissions religieuses, a réussi à contourner l?obstacle de l?interdiction pour une femme de pénétrer une mosquée. En sus de bénéficier de l?aide de Nissan Ramtoolah, président de la Jhumma Masjid, elle donne des consignes à son mari qui lui y a accès. Ainsi, son conjoint briefé, se renseigne pour elle. C?est à partir des informations qu?il lui fournit qu?elle compose ses émissions.
Maintenant que Shazia est détentrice d?une maîtrise en ourdou, elle pourrait envisager une autre carrière. Mais c?est mal connaître la jeune femme. «Monn realise mo enn dimounn media. Monn envi develop moi dan sa travail la. Ena ankor boukou kitsoz kapav fer pou promouvoir ourdou.» Maintenant qu?elle occupe la place, elle y reste?
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