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?Food Aid? : une formule à revoir

19 septembre 2006, 00:00

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L?élimination de la subvention sur le riz et la farine a levé le rideau sur les limites de la solidarité nationale envers les plus pauvres. Le soutien qui leur est étendu par l?Etat - la Food Aid-supplément - parvient à peine à leur assurer une sécurité sociale. Et il est tellement facile de rayer un éventuel bénéficiaire à la faveur de critères souffrant d?une interprétation trop étroite.

Ce constat aurait suffi pour approuver toute velléité de réformes pour mieux aider ceux qui en ont vraiment besoin. Mais alors que l?objectif du pouvoir paraît clair, les moyens qu?il emploie pour l?atteindre le sont moins, ce qui suscite méfiance et colère.

Désormais, seules les personnes éligibles à une aide sociale ou à une pension universelle de l?Etat ont droit à la subvention sur le riz et la farine. Celle-ci leur est étendue sous forme d?un supplément aux revenus de Rs40 par tête. Ce soutien est également étendu aux abonnés du Central Electricity Board (CEB) qui consomment jusqu?à 75 KW par mois.

L?assistance sociale est versée aux personnes qui ne gagnent pas assez pour subvenir à leurs besoins de base, à savoir, payer le loyer et s?acheter de quoi manger et se vêtir. En sus d?une pension de base, l?Etat paie les frais d?examens de leurs enfants. Malades, ils perçoivent une allocation pour se faire soigner. S?ils meurent, l?Etat paie les frais de leur enterrement. S?ils sont invalides, ils peuvent prétendre aux lunettes, fauteuils roulants et appareils auditifs gratuits.

Les bénéficiaires des pensions universelles sont les retraités, les veuves, les invalides et les sans-emploi. Ils ne sont pas automatiquement éligibles au supplément aux revenus visant à compenser l?élimination de la subvention sur le riz et la farine. Ils doivent au préalable démontrer que, s?ils n?avaient pas eu de pension universelle, ils se seraient qualifiés pour l?aide sociale. Ceux qui tombent dans cette catégorie sont invités à se faire connaître.

Le CEB recense 30 000 abonnés qui consomment jusqu?à 75 KW par mois et qui paient le tarif social. Dans ce groupe, environ 26 000 ne reçoivent aucune aide à présent. Une enquête de la Sécurité sociale a permis de repérer 50 % d?entre eux. Le reste, injoignable pour cause de changement d?adresse, ou parce que le compteur d?électricité n?est pas à leur nom, sont invités à se faire connaître.

Le supplément aux revenus remplacera à terme l?aide alimentaire de Rs 85 par personne. Celle-ci a été introduite en 1993 lors d?une première tentative du gouvernement du jour d?éliminer la subvention sur le riz et la farine. Quelque 17 000 personnes en bénéficient actuellement. Parmi elles, environ 3000 abonnés ?sociaux? du CEB.

<I>L?Etat n?a jamais mis en place une structure permanente et bien rodée pour enregistrer les nouveaux candidats à l?aide alimentaire. De manière générale, les nouveaux candidats à ce type d?aide n?ont pas pu inscrire leurs noms au registre des ?pauvres?.</I>

La disparité entre le montant du supplément aux revenus et celui de l?aide alimentaire ne manque pas de susciter la colère des nouveaux candidats au soutien de l?Etat. Les hauts cadres de la Sécurité sociale qui gèrent cette affaire répondent aux interrogations à ce sujet en déclarant qu?ils ne font qu?appliquer les ordres du gouvernement.

Cependant, l?application des ordres du gouvernement souffre d?un cafouillage certain. Le principal problème : faire le tri entre les demandeurs, de sorte que l?on puisse établir que chaque bénéficiaire mérite amplement le supplément aux revenus. Qui donc est ce ?pauvre? qui ne perçoit pas d?assistance sociale mais qui se qualifie pour l?aide alimentaire ? Qui est celui qui reçoit une pension universelle mais n?est pas éligible à la Food Aid-supplément aux revenus ? Et enfin, qui sont ces abonnés du CEB qui paient leur facture au tarif social, mais ne sont pas éligibles à l?assistance sociale et donc à une aide à l?alimentation ?

L?Etat n?a jamais mis en place une structure permanente et bien rodée pour enregistrer les nouveaux candidats à l?aide alimentaire. Le dernier exercice d?enregistrement de masse remonte à 1993. Depuis, de manière générale, les nouveaux candidats à ce type d?aide n?ont pas pu inscrire leurs noms au registre des ?pauvres?, faute de connaître la filière à suivre. Les procédures d?inscription ne sont pas très vulgarisées.

?C?est comme si, subitement, les gens avaient cessé de s?appauvrir et n?avaient plus besoin de soutien. Et maintenant, le gouvernement leur fait payer le prix de son laxisme en ne leur accordant que Rs40 en guise de supplément aux revenus. Ce n?est pas leur faute pourtant s?ils ne se sont pas inscrits avant?, relève un observateur averti.

L?absence d?une liste mise à jour s?est vraiment fait sentir depuis juillet quand la Sécurité sociale a voulu appliquer la décision budgétaire de ne plus subventionner les prix du riz et de la farine et de payer, à la place, un supplément aux revenus. La mise à jour des données concernant le nombre et l?éligibilité des bénéficiaires éventuels s?est avérée un exercice pénible. Les employés de bureau de la Sécurité sociale ont été dépêchés sur le terrain pour enquêter. Avant eux, les cadres et les meter readers du CEB en ont refusé la responsabilité. L?hostilité du public, humilié devant l?interrogatoire, a rendu l?exercice particulièrement pénible.

Finalement, le public a été invité à s?inscrire aux comptoirs régionaux de la Sécurité sociale. De nombreux chefs de famille continuent à répondre à l?appel. Dans le Nord, par exemple, un de ces bureaux a accueilli plus de 500 demandeurs en un seul jour durant la semaine écoulée.

L?inscription devrait déboucher sur l?inclusion des demandeurs dans le registre des nécessiteux. Cela leur donnera droit au soutien aux revenus, destiné à compenser le retrait de la subvention sur les prix de la farine et du riz dit de ?ration?. Mais avant d?en arriver là, il leur faut passer le test de l?Etat et prouver qu?ils méritent une attention spéciale. Le demandeur doit fournir des preuves d?identité, d?adresse, d?invalidité, de chômage pour toute circonstance qu?il évoque afin de justifier sa demande. Bref, il doit étaler sa pauvreté, processus que beaucoup jugent extrêmement humiliant.

Et lorsque les fonctionnaires se seront assurés que le demandeur est assez pauvre pour bénéficier des Rs40 de l?Etat, il serait informé de l?acceptation de sa requête par courrier. Beaucoup attendront probablement ce courrier en vain. Selon certains au ministère de la Sécurité sociale, les commis ont reçu des instructions de prendre les coordonnées des nouveaux candidats à l?aide alimentaire-supplément aux revenus. On verra après comment on va traiter ces demandes, leur aurait-on fait comprendre?

?Jamais on n?aura vu un tel pinaillage autour de la pauvreté. S?étonne-t-on si les personnes concernées sentent qu?elles sont en train de quémander l?aumône à l?Etat ?? s?indigne un travailleur social. Ceux qui connaissent le système estiment qu?il y a un seul moyen de mettre fin à ce jeu d?approximation qu?est en réalité la tentative de répertorier les personnes véritablement éligibles à un soutien de l?Etat. Il faudrait faire un autre exercice d?enregistrement massif, comme en 1993. Qu?on arrête d?humilier la pauvreté de la sorte, disent-ils. A bon entendeur?

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