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Komiko nous envoie au ?Tablo? noir

4 septembre 2006, 00:00

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La société est malade. En plus de le dire, le crier et le jouer, Komiko nous renvoie une image miroir de nous-mêmes. Sur scène, un Sans domicile fixe (SDF) se fait déloger à coup de pied. Le public rit. Une femme est passée à tabac par son mari. Le public rit. Elle est vendue à un client par son mari. Le public rit. Des coulisses résonnent les cris de douleur de cette femme, à nouveau passée à tabac. Le public rit.

C?était samedi soir au Festival de théâtre de Port-Louis. A l?affiche : Tablo, comédie dramatique de Komiko. Avec la réputation que s?est forgée la troupe de Miselaine Soobraydoo, la majorité du public avait visiblement fait le déplacement avec l?intention de s?offrir une bonne heure de rire.

Quand c?est Komiko, forcément la pièce doit être comique oh ! D?ailleurs, depuis le début du festival, la représentation de samedi soir doit détenir le record d?audience. Un public nombreux (avec beaucoup d?enfants) sans commune mesure avec l?assistance clairsemée de certains autres soirs.

Une audience qui en a eu pour son argent. Il a certes beaucoup rit. Mais de la misère humaine. A la scène d?exposition ? intense mais avec des longueurs ? Tony (Didier Anthony) le SDF reçoit la visite de sa s?ur (Annaelle Groeme), qui trois fois la semaine, lui apporte de quoi manger. ?Enn ti sarite.? L?occasion pour elle de déverser sa bile sur ce frère aîné à qui la famille à tout donner et qui a mal tourné. Tous les clichés de la bourgeoise angoissée par le quand-dira-t-on sont là. Façade qui vole en éclat quand elle abreuve son frère d?insultes.

La pitié se transforme en colère. Les ?to enn nimport, to enn zanimo, to enn batchiara? pleuvent. Annaelle Groeme a visiblement gagné en assurance et est crédibilité en s?ur indignée. S?ur indigne à qui un passant bien-pensant dira : ?Ou pe donn (sa closar la) enn ti sarite, me kitfoi so ser dan zardin?. Et qu?avec père et mère, ils forment ?l?asosyasyon charite profesyonel?.

<B>Mots lourds de sens</B>

Dans la galerie de Tablo de Komiko : Eva la prostituée (Sophie Jeanneton), Rico le macro (Yannick Guylène) et Bouboul, la femme bafouée. Plus que des stéréotypes, ce sont des types que nous croisons chaque jour, ?apre get enn kote?. La plume de Miselaine Soobraydoo n?épargne aucune sensibilité, ne tolère pas les faux-semblants. ?Tou lezour kan to trou vol viol dan lagazet, to vir paz?.

Mieux, le SDF qui n?adresse pas un mot à sa s?ur, est le seul ?pied tendre?de la pièce. C?ur sensible d?incompris, de marginal. ?Mo trankil dan mo koin parski mo pa kontan dimoun. Mo pa kontan dimoun parski dimoun pa kontan moi.?

Le message ? car Komiko signe là un pamphlet ? est relayé sans subtilité. Et si le rythme est haché, cela ne gêne pas la compréhension. C?est avec des mots lourds de sens que les comédiens nous assènent des coups de massue. Créent en nous ce malaise, cet espèce de vertige né de la sensation que la fiction colle bien trop près à la réalité.

<B>Dark Crystal, guerre à l?usure</B>

■ L?usurier qui gagne à l?usure. Usant la vie non seulement de l?emprunteur mais aussi celle de toute sa famille. Un engrenage qui va jusqu?à compromettre l?avenir d?une collégienne démunie à l?heure de payer les frais d?examens du ?School Certificate?. Sujet grave mais traité avec humour par la troupe rodriguaise Dark Crystal.

Habitué du festival de théâtre de Port-Louis, tout autant que des faits de société, l?auteur et metteur en scène Luc Clair croque ? avec le joli accent chantant de ses comédiens ? le problème des ?casseurs?, usuriers escrocs sévissant autant à Rodrigues qu?à Maurice.

?Imazin enn later avek selman dimoun ris, la vi ti pou tris.? Effectivement, Carbol, le père de famille à la retraite se frotte les mains en cette veille de 1er avril. Un dénommé Alphonse Bonnemine, ?misie pran tou? venu lui acheter des piments lui propose de lui prêter Rs 60 000 pour terminer sa maison en dur. Raison : ?Siklon pe vini.?

Quasiment sans avertissement, le père de famille se fera plumer. Durant trois ans, il remboursera sesRs 60 000 à raison de Rs 3 000 par mois. ?Li zis enn ti lintere.? La goutte qui fera déborder le vase : les frais d?examens de la petite dernière.

Le langage se fait plus cru. Le ton moralisateur plus aigu. Il y est question de mari qui n?écoute pas les conseils de sa femme. De naïveté, d?adultes ne sachant ni lire ni écrire. Et par-dessus du manque de moyen financier. Comment joindre les deux bouts alors que l?on est à la retraite pour cause d?incapacité physique alors que l?on a deux enfants à sa charge et une épouse qui se débrouille tant bien que mal pour ramener quelques sous avec ses ?aigre doux, aigre salé et aigre amer? ?

Dark Crystal a su restituer la comédie du désespoir. Sans tomber dans l?excès, les nerfs (des personnage) lâchent. Ils en viennent aux mains. Et si le policier mandé sur les lieux pas du crime mais de la supercherie se transforme en justicier sans peur et sans reproches à la fin, nous ne pouvons que saluer la justesse de ton de la troupe dirigée par Luc Clair.

<B>Suite et fin du Festival

■ Reprise de ?Tablo? de Komiko le mardi 5 septembre à 20 heures.

■ Windybrow Theatre, troupe sud-africaine, clôturera le festival avec ?Ways of Dying?. Afrique du Sud des années ?80. Contexte marqué par l?apartheid. Une époque malaisée où des femmes gagnent leur vie comme pleureuses professionnelles. Elles vont ainsi de funérailles en veillée mortuaire, à la rencontre des misères et la fragilité des gens. Le Windybrow Theatre installée à Johannesburg nous promet un spectacle à la fois divertissant, au message fort.

■ Représentations : jeudi 7 et samedi 9 septembre à 20 heures. Billets pour toutes les séances à Rs 150.

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