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La bijouterie locale en difficulté
Situation guère brillante pour la bijouterie locale. Alors que les petits fabricants de bijoux tentent un renouveau dans leur métier, ils sont confrontés à deux gros handicaps : la couverture obligatoire de tous les bijoutiers par la taxe à valeur ajoutée (TVA) et le prix de l?or qui a connu une hausse de plus de 50 % sur le marché international.
Le secteur était déjà sous forte pression avec la décision de faire de Maurice une zone duty free depuis le budget 2005. L?élimination des tarifs douaniers avait déjà exposé les fabricants locaux à un déferlement des produits à meilleur marché venant de l?Inde, de Dubayy et de Singapour notamment.
Le budget Sithanen n?a pas non plus été très tendre envers les petits bijoutiers si l?on se fie à leurs griefs. La décision de frapper tous les exploitants de la TVA indistinctement (auparavant seulement ceux qui généraient un chiffre d?affaires annuel de Rs 3 millions devaient payer la taxe) représente une entrave additionnelle aux activités de la bijouterie artisanale.
?Nous allons devoir rehausser nos prix de vente par 15 % en raison de la TVA. Cela rend notre situation encore très difficile car la vente a beaucoup diminué ces derniers temps?, explique Swalick Mosaheb de Bella Bijoux.
Celui-ci concède que la décision du gouvernement va dans le sens de mettre tous les opérateurs sur un pied d?égalité. Mais il dit prévoir beaucoup de difficultés d?ordre pratique et organisationnel chez des bijoutiers qui sont âgés et qui continuent à opérer de manière encore très artisanale. ?Il sera très difficile pour une vieille personne qui a travaillé avec des méthodes rudimentaires durant toute sa carrière de tenir des livres pour les besoins de la TVA?, souligne-t-il.
Un bijoutier, âgé de 65 ans, confirme ces craintes. ?Je n?ai pas les moyens de me payer les services d?un comptable pour gérer mes comptes. La situation est bien grave pour nous. Les gens n?achètent plus de bijoux comme dans le passé. Les prix ont beaucoup augmenté et les consommateurs n?ont pas beaucoup d?argent. Si la situation perdure, je vais devoir fermer boutique dans quelques mois?, se plaint-il.
<B>?La TVA éliminera les discriminations?
La situation ne laisse pas indifférente l?association des bijoutiers, la Mauritius Jewellery Owners Association (MJOA). Le secteur de la bijouterie artisanale comptait seulement 25 opérateurs sur 525 qui n?étaient pas exemptés de la TVA. La grosse majorité de la profession devra s?ajuster aux nouvelles règles fiscales et ainsi réclamer la TVA auprès de leurs clients.
Mais l?association préfère adopter une posture plutôt progressive à cet égard. ?Beaucoup de bijoutiers sont mécontents à cause de cette décision concernant la TVA. Mais l?objectif est d?éliminer les discriminations?, indique Deotam Santokhee, le secrétaire de la MJOA.
L?association prône le professionnalisme chez ses membres. Les bijoutiers pratiquent un métier noble et ont certaines responsabilités envers le public et les autorités, dit notre interlocuteur.
Toujours est-il que c?est la hausse continue du prix de l?or qui perturbe le plus les opérateurs. Vendredi dernier, la Banque de Maurice proposait à Rs 696,08 le gramme de l?or 24 carats aux bijoutiers, soit quelque 55 % supérieur à son niveau d?il y a un an.
Mais la Banque centrale n?est pas la seule importatrice de ce métal précieux à Maurice. Elle partage ce marché avec quatre autres importateurs privés depuis la libéralisation de ce secteur il y a une dizaine d?années. Akhtar Sumodhee, un des importateurs de l?or à Maurice, explique que le marché mondial de cette marchandise connaît une certaine ébullition avec une consommation grandissante de la Chine et de l?Inde, en particulier.
Le marché est aussi à la merci des investisseurs qui privilégient des placements dans l?or à la place des investissements dans des actifs financiers. Les actions des spéculateurs sur le marché des contrats à terme influencent également les cours de manière significative.
Le marché mauricien ne fait que subir la flambée des prix. Akhtar Sumodhee qui importe de Singapour, affirme que les importateurs n?ont que très peu de marge de man?uvre par rapport aux sources d?approvisionnement. ?Le prix est pratiquement le même partout dans le monde. Nous traitons avec Singapour parce que nous y bénéficions d?une remise sur les commissions.?
Les bijoutiers achètent l?or plus cher, mais ne peuvent pas toujours répercuter les hausses du coût à la vente. ?Il y a des gens qui placent des commandes à une date donnée et nous tombons d?accord sur le prix. Toutefois, ils viennent prendre livraison de leurs produits plusieurs mois après. Entre-temps, les bijoutiers ne peuvent absorber les augmentations du coût?, déclare un fabricant.
A ces mauvaises nouvelles viennent s?ajouter un marché qui affiche la morosité, selon les opérateurs. ?La demande pour les bijoux a beaucoup diminué. Les gens en achètent uniquement pour les grandes occasions tels les mariages et les fiançailles?, s?inquiète Vispah Patten, un bijoutier de Rose-Hill.
Toutefois, fait-il ressortir, même les créneaux des mariages et fiançailles sont attaqués par de nouvelles habitudes des consommateurs. Depuis quelque temps, beaucoup de personnes (surtout des familles d?origine indienne) se rendent en Inde pour faire des achats en prévision des mariages. Elles y achètent surtout vêtements et bijoux. ?Il faut une taxe douanière pour protéger la bijouterie locale. Il faut être plus vigilant à l?aéroport?, soutient-il.
Face à cette conjoncture de facteurs négatifs, la MJOA exige plus d?innovation et de qualité de la part de ses membres. Modernisation des méthodes de production, développement de nouveaux designs et le travail en réseau sont les idées maîtresses à explorer. ?Nous accueillons favorablement la mise sur pied de l?Empowerment Fund. Cela aidera beaucoup nos membres à développer leurs entreprises. Nous encourageons aussi les bijoutiers à travailler en réseau. Il faut qu?ils adoptent une attitude plus positive par rapport à la collaboration?, suggère Deotam Santokhee.
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