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Blocages !

3 septembre 2006, 00:00

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Le pays vit très mal le budget 2006-2007. Les critiques s?amplifient et se durcissent. Il y a un mécontentement généralisé. Un tel climat social n?est pas propice pour négocier le tournant stratégique auquel nous nous trouvons, tournant vital à l?avenir du pays.

Oeuvrer pour une société responsable, juste et performante à travers un développement durable axé sur la qualité de la croissance, est l?affaire de chacun d?entre nous. Pour relever les défis du jour afin de retrouver le chemin de la croissance économique, avec ses exigences de compétitivité, de productivité et de qualité, le pays a besoin d?une révolution cultu-relle tranquille.

Toute personne dotée d?une conscience sociale et nationale n?a pas le droit de rendre le pays ingouvernable. On attend des acteurs de la vie publique un sens de responsabilité pour ne pas « koz ninport », un devoir de solidarité pour retrouver le sens du destin collectif, un esprit positif pour progresser. Si la quasi-totalité des hommes politiques persistent avec leur jeu « pouvoiriste », ils seront aux premières loges de ceux qui auront conduit le pays à sa perte. Qu?ils se ressaisissent à temps !

De son côté, le secteur privé doit multiplier ses efforts pour assumer pleinement son rôle et sa responsabilité dans la présente conjoncture. Il a une contribution certaine à faire pour qu?émerge une économie de responsabilisation. Notamment à travers une déclinaison de sa responsabilité citoyenne et sociale sous la forme d?initiatives concrètes et réfléchies. Si les entreprises du pays devenaient « compliant » aux normes internationales en vigueur quant à la « Corporate Social Responsi-bility », elles pourraient contribuer au financement annuel d?un programme national d?intégration sociale à hauteur de 20 %.

Eu égard à ce qui est en jeu, le mouvement syndical peut-il se contenter d?une marche du pain ou d?une campagne de mobilisation comme démarche pour trouver des solutions concrètes aux problèmes des salariés et des sans-emplois ? Dans un monde où le changement est la condition « sine qua non » de survie, la résistance syndicale n?a pas le droit de se transformer objectivement en force conservatrice bloquante, voire paralysante. Ce n?est pas en criant « eski croissance ki pu ranpli ventre » parce que le budget aurait déclaré « la guerre au social », qu?on trouvera du pain.

La colère actuelle est très révélatrice du blocage sociétal dont souffre le pays depuis quelques années déjà, avec ses déficits de moyens, d?intelligence, de raison, de maturité et de c?ur. Parmi ceux qui protestent, il y a ceux menacés par l?exclusion et qui développent un sentiment d?abandonnite sociale ; certains qui se sentent, légitimement ou pas, lésés ; d?autres qui découvrent qu?ils vivaient au-dessus de leurs moyens ; de trop nombreux concitoyens qui refusent de sortir du confort paresseux dans lequel ils se sont vautrés ; ceux animés par le chacun pour soi et qui ne veulent pas contribuer à l?effort de solidarité nationale ; les « traceurs » qui sont toujours parvenus à ne pas payer d?impôt ; sans compter les nantis de l?économie parallèle.

Ceux qui sont préoccupés par le social gagneraient à repenser, élargir et enrichir la conception du social et ses rapports avec l?économique, le développement, l?éthi-que. Le modèle social mauricien doit effectuer sa mue pour sortir d?une logique d?assistanat à une logique de « dibut lor nu lipie », de l?effort, de responsabilité et de dignité retrouvée. La seule manière d?éviter un krach social, c?est de ne pas bloquer une relance de l?économie qui créera entreprises, emplois et richesses.

Aujourd?hui, seuls les demeurés osent encore parler de miracle économique en guise de projet alternatif. Quand ce qui est en jeu est tout simplement un plan de sauvetage d?une société à dégager, le minimum sens de responsabilité interdit aux hommes publics de donner dans la démagogie, le populisme et la xénophobie.

Ces temps-ci, notre société est traversée par deux dynamiques sociales : une de résistance et de fronde, qui a le potentiel de se transformer en rejet et blocage ; et une ? initiée par le budget 2006-2007 ? de construction d?un nouveau modèle de développement socio-économique avec la mise en chantier d?un ambitieux programme.

Trois mois après la présentation du budget, force est de constater que ceux qui prônent le changement arrivent difficilement à gérer la résistance et la fronde. Les concepteurs du budget 2006-2007 ont péché sérieusement sur trois aspects fondamentaux de leur projet de changement social : le service après-vente ? soit la stratégie d?explication et de communication ?, l?« opérationnalité » de nombreuses mesures annoncées, et le sens tactique.

Il est impérieux que les principaux concernés réalisent au plus vite qu?il faut bien plus qu?une majorité parlementaire ou un décret pour réussir le changement d?envergure proposé. La menace et la paranoïa ne feront qu?aggraver le climat social. Le réalisme dicte qu?on se concentre sur l?essentiel tout en procédant à certains ajustements nécessaires sans perdre le cap.

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