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«Collusion police et presse»

2 septembre 2006, 00:00

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Axelle, 12 ans se suicide. Choc national, à moins que l'île Maurice ne se soit apprivoisée à son taux élevé de suicides au top mondial. Le jour du drame, la maman laisse à la police, pour les besoins de l?enquête, les lettres écrites par sa fille, sans en avoir elle-même pris connaissance.

Or, quel ne fut pas le choc des parents, déjà éprouvés par ce drame, de découvrir en même temps que l?île Maurice entière, dans un titre de presse un extrait de la lettre que leur adressait leur fille. Comment le ou la journaliste a-t-il obtenu cette lettre ? Des mauvaises langues prétendent que certains policiers se font payer pour «disclose» le contenu de l'enquête. Avec la complicité des acteurs en présence, le public se lèche les babines en suivant les soubresauts croustillants des «faits divers» qui sont loin d'être «divers» pour les personnes impliquées ! C'est la loi du marché : le public accepte de payer pour satisfaire son besoin de voyeurisme qui s'embarrasse fort peu de la vérité, des souffrances des gens et surtout du travail de deuil que ne sert pas l?étalement médiatique de souffrances intimes.

«J?avais attiré l?attention...»

J'avais déjà attiré l'attention des autorités sur le non-respect, par la plupart des titres de presse, du secret d'instruction qui garantit le bon déroulement d?une enquête. Dans le cas de la petite Axelle, la presse ne devrait-elle pas se donner un code de conduite qui respecte les exigences de guérison pour des personnes vivant des drames difficiles à surmonter ? Les impératifs du profit poussant à produire le scoop sont à l'origine de pratiques qui ne font aucun cas de ces considérations légalement et humainement justifiées. Ce fut le cas lors de l'allégation faite par les accusés dans l'affaire du vol dans le main vault de la MCB. Gérald Lagesse fut épinglé comme complice du vol dans lequel il fut tué.

Dans l'affaire de Nadine Dantier, j'avais été choqué que la reconstitution des faits avait été filmée et retransmise par la télévision nationale alors que le présumé accusé était encore innocent, jusqu'à preuve du contraire par l'instance judiciaire. Les faits d'aujourd'hui me donnent raison car Marcellin Azie a été lavé de tout blâme. Ces questions avaient fait l'objet de discussions à l'Assemblée législative, le Premier ministre d'alors abondant dans le même sens. Les plus grands ténors de la profession m'avaient accusé de vouloir museler la presse.

Si les journalistes n'arrivent pas, par eux-mêmes, à se donner un code de conduite, au moins dans ce cas précis, on peut comprendre que le gouvernement veuille mettre en place un organisme régulateur de la presse. Les journalistes n'auront alors qu'à s'en prendre à eux-mêmes. A un moment où la question d?organisme régulateur de la presse fait débat, il est bon de souligner qu?un gouvernement responsable se doit 1) d?assurer que les enquêtes judiciaires ne se déroulent pas sur la place publique pour ne pas entraver la bonne marche des enquêtes; 2) de protéger la vie privée des gens du voyeurisme médiatique, surtout dans les cas de drames humains.

Jean-Maurice LABOUR

NDLR : aucune publication de La Sentinelle n?a évoqué le contenu de la lettre d?Axelle. Nous choisissons néanmoins de publier cette correspondance car le problème soulevé relève d?une question d?éthique touchant la presse en général.

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