Publicité
Polisseuse de diamants bruts
Martine Lassémillante, née Perdreau, fait l?effet d?un remontant. Tant elle est dynamique, connaît son sujet - le diabète de type 1 - sur le bout de ses doigts et est convaincue de la justesse de son action et de celle de l?exécutif de T1diams.
Cette jeune femme de 30 ans, n?est pas médecin mais elle a baigné dans le milieu pharmaceutique «avant même de sortir», dit-elle en faisant allusion au ventre de sa mère. Et c?est quelque part vrai. Cette dernière, Lisbeth, est gestionnaire de la Pharmacie Moderne, située aux arcades Sunassee à Rose-Hill. Pharmacie fondée il y a plus de 50 ans par Noé Perdreau, grand-père de Martine.
Et Alain, le père de la jeune femme, a été délégué médical et superviseur pour un laboratoire pharmaceutique international pendant plus de 25 ans. Il s?est récemment retiré pour prêter main forte à son épouse dans la pharmacie familiale. De ce fait, à la maison, Martine a toujours entendu parler de médicaments et de leurs champs d?action. En grandissant, la biologie la passionne. Mais c?est un baccalauréat littéraire qu?elle réussit au lycée Labourdonnais.
Pendant un temps, elle envisage des études supérieures en lettres modernes ou en psychologie. Mais comme les choses tardent à se mettre en place, c?est dans le tourisme et la décoration intérieure qu?elle atterrit. Finalement, elle laisse parler son c?ur. «La délégation médicale m?intéressait au plus haut point mais j?avais peur de me lancer car je pensais que cela aurait été dur de concurrencer mon père. Et je n?envisageais pas d?être employée dans la même entreprise que lui car pour moi, la relation père-fille n?a pas sa place dans le même bureau.»
Elle se fait embaucher par Pharmacie Nouvelle qui cherche un délégué pour le laboratoire américain Eli Lilly. Au début, elle représente une petite gamme de médicaments. Elle se met alors à faire la tournée des médecins des secteurs public et privé et apprend énormément sur les pathologies au contact de ces professionnels de la santé.
Bien que la délégation médicale comporte un aspect frustrant car il ne déclenche pas l?acte d?achat immédiat, Martine se fie au comportement général de son vis-à-vis et de son degré d?attention face à ses explications.
Le plus dur pour Martine qui a pourtant la parole facile, est de lutter contre la concurrence déloyale des copies. «La copie n?est pas un générique. Elle a la même composition que le médicament breveté mais ses principes actifs ne sont pas toujours dans les mêmes proportions. Et à Maurice, nous n?avons pas encore de laboratoire de contrôle. La copie peut provoquer des problèmes sur le plan physiologique. Mais son avantage est qu?elle coûte quatre sous. Un médecin prescrira une copie du fait que son patient n?a pas les moyens de se payer le médicament breveté. Difficile de lutter contre une telle concurrence.»
Ā la gamme initiale de médicaments Eli Lilly qu?elle représente déjà, s?ajoutent d?autres, dont l?insuline humaine génétiquement modifiée pour les diabétiques de type 1. Martine explique qu?il y a deux types d?insuline humaine génétiquement modifiée.
La première doit être injectée 30 à 40 minutes avant le repas pour qu?elle soit efficace. La seconde que l?on nomme analogue, peut être injectée 15 minutes avant le repas, pendant le repas ou même après, sans que son efficacité n?en soit diminuée. De ce fait, ce deuxième type d?insuline humaine génétiquement modifiée amène un confort de vie réel pour le diabétique de type 1.
Le hic est que ce médicament qui se présente sous forme de stylo à fines aiguilles de huit millimètres, coûte très cher. Martine qui sillonne les hôpitaux de l?île pour représenter ses médicaments, est choquée par le nombre d?enfants et d?adolescents diabétiques de type 1 qui présentent déjà des affections oculaires sévères, dont les plaies mettent du temps à cicatriser ou encore qui font de longs séjours à l?hôpital en raison d?un diabète mal contrôlé.
<B>«Difficile de faire accepter la nouveauté»
Et lorsqu?elle voit les seringues fournies pour les injections d?insuline en milieu hospitalier, des aiguilles de 12 millimètres, elle réalise que celles-ci peuvent effrayer les enfants diabétiques. Ce qui expliquerait en partie, selon Martine, le diabète insulino-dépendant mal contrôlé à Maurice. Dès lors, une idée lui trotte dans la tête : celle de constituer un jour une association pour les enfants diabétiques de type 1 et qu?elle nommerait T1diams.
Car à ses yeux, ces enfants sont des diamants, qui avec l?encadrement approprié ? une forme de polissage ? brilleront toute une vie. Elle veut apporter sa contribution à la société. Réalisant qu?un problème d?éthique risque de se poser entre l?association et sa profession, elle met son idée en sourdine.
Cependant, Martine avec l?aide de son employeur, tente de convaincre ses interlocuteurs du secteur public du confort de vie que procurent les stylos à insuline. Elle fait valoir le fait qu?avec des seringues à aiguilles de 12 millimètres, l?enfant diabétique de type 1 risque d?avoir peur de s?injecter son médicament. De ce fait, son diabète sera forcément mal contrôlé. Cette situation entraînera des complications graves qui finiront par alourdir le budget des ministères de la Santé et de la Sécurité sociale. Et qu?en comparant ces coûts à ceux d?achats de stylos à insuline, ces derniers pèseraient moins lourds dans la balance. «C?est difficile de faire accepter la nouveauté. Et pourtant, ceux qui ont essayé le stylo à insuline ont connu une nette amélioration de leur qualité de vie.»
Martine a l?impression de se heurter à un mur. Lorsqu?elle épouse Frédéric Lassémillante et qu?elle donne naissance à Emma, un an et demi aujourd?hui, elle se dit qu?il est temps de démissionner de Pharmacie Nouvelle pour se consacrer à sa famille. C?est ce qu?elle fait.
Jusqu?à ce que sa route croise celle de Didier Jean Pierre, consultant chez De Chazal Dumée, dont l?enfant en bas âge est diabétique de type 1. Ils évoquent les difficultés d?encadrement pour ces enfants. «Les diabétiques de type 1 se sentent souvent seuls au monde car incompris. Pour beaucoup de parents, avoir une fille diabétique insulino-dépendante signifie qu?elle ne se qualifie pas pour le mariage. D?autres méconnaissent la maladie et de ce fait, guident mal leur enfant. Pour d?autres encore, le diabète empêchera leur enfant de travailler ou de faire du sport.»
Ensemble, ils décident de fonder une association. Ils sont rejoints par Dominique Fanfan-Seeraully et par une autre personne qui se désiste. Ils rédigent les statuts de l?association et lorsqu?il faut lui désigner un nom, ils en pensent à plusieurs. Martine suggère alors T1diams pour Type 1 Diabetese Mellitus Support et élabore sur son idée de diamants à polir. L?appellation fait l?unanimité.
T1diams a décidé d?offrir un encadrement professionnel sur cinq ans aux enfants diabétiques de type 1 et à leurs parents. «Deux nutritionnistes, deux pédiatres, deux médecins généralistes et une psychologue forment bénévolement le personnel médical et paramédical au diabète de type 1. Nous avons aussi des accords de principe avec des diabétologues et spécialistes de la médecine interne. Tous les deux mois, nous avons décidé d?inviter les parents et leurs enfants diabétiques de type 1 dans un cadre ludique et agréable pour des journées intitulées ?Enjoy Life?. Le but est de les faire sortir de chez eux pour respirer et en même temps les éduquer.» T1diams a aussi prévu des activités récréatives pour ses membres.
Si l?association a été enregistrée en janvier dernier et a son siège à la SACIM au n° 2 Britannia Park, Vacoas, elle a lancé sa campagne de sensibilisation il y a 15 jours. Elle a déjà recruté une centaine de membres dont la moitié est diabétique de type 1.
Une des plus grandes satisfactions de Martine a été la stupéfaction des enfants diabétiques de type 1 lorsque T1diams leur a distribué des bonbons sans sucre. «Leur joie faisait plaisir à voir.»
T1diams a aussi fait des propositions au ministère de la Santé pour l?amélioration des soins aux diabétiques de type 1 dans le secteur public. «Les recommandations ont été soumises et nous devons veiller à ce qu?elles soient respectées.»
Y croit-elle vraiment ? «Dans le meilleur des cas, on arrivera au stylo à insuline humaine génétiquement modifiée analogue en milieu hospitalier et à la mise sur pied d?une unité pédiatrique pour enfants diabétiques.» Elle n?a pas envisagé de scénario catastrophe. «Je ne crois pas au pire?» Optimiste va ! Adresse e-mail : [email protected] téléphone : 2921111.
Publicité
Publicité
Les plus récents