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Le “St-Géran” de R. Hein ravit H. de Sornay

24 août 2006, 00:00

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Fin août 1981, Sir Raymond Hein publie son Naufrage du Saint-Géran et permet à Hervé de Sornay, ancien directeur du Cernéen, de dire tout le bien qu’il pense de ce fin légiste se révélant un historien minutieux.

Ils sont amis de vieille date. Ils se connaissent depuis l’enfance. Leurs relations demeurent cordiales en dépit de la différence d’âge qui les sépare. De Sornay apprécie surtout la “belle fibre morale” chez un légiste aussi talentueux qui honore comme nul autre le Barreau mauricien. “En lui, l’homme de la loi, à la science profonde, se double d’un intellectuel raffiné”.

En fin connaisseur, De Sornay apprécie “la même totale” maîtrise de Hein en anglais comme en français (Nul n’oubliera ici sa traduction en anglais de Paul et Virginie, le célébrissime roman de Bernardin de Saint-Pierre). Il est, comme lui, un mélomane avisé mais aussi un “musicien éclairé, compositeur même à ses moments de loisir”. Il se souvient de Georges Duhamel lui confiant, en janvier 1948 : “Raymond Hein a la stature d’un ambassadeur pouvant briller sur n’importe quelle scène du monde”. L’auteur du Notaire du Havre et de La chronique des Pasquier avait été agréablement impressionné par l’irréprochable discours du porte-parole de l’Alliance française de Maurice, souhaitant la bienvenue au créateur de Salavin.

De Sornay dit son bonheur de découvrir à présent l’historien Raymond Hein qui publie son récit non romancé du naufrage du Saint-Géran. La documentation est fouillée et solide mais la rédaction demeure limpide. Elle éclaire d’une lumière nouvelle ce désastre à plus d’un point de vue qui désole, peut-être moins sentimentalement que Paul, mais plus réellement et sur un plan moins romanesque mais plus familial et plus économique, tous ceux qui attendaient des proches, des vivres, des piastres, des équipements manufacturiers dont des moulins pour nos premières sucreries industrielles.

De Sornay se montre plutôt critique pour le “dramatisme un peu sucré et les fadeurs exotiques” du chef-d’œuvre de Bernardin de Saint-Pierre. Il le tient pourtant pour un ancêtre du Grand Meaulnes, ce qui n’est pas peu dire. Il avance que Paul et Virginie est sans doute le premier roman de l’enfance. Il cite Saint-Beuve; “Bernardin de Saint-Pierre est un génie vraiment virgilien, un peintre qui a l’onction et la piété dans le pinceau. Il y joint une discrétion heureuse. C’est le Raphaël de la nature de l’Inde, le Claude Lorrain des îles fortunées”.

Le naufrage du Saint-Géran serait resté un simple fait divers maritime “si Bernardin de Saint-Pierre ne l’avait pas immortalisé dans son émouvante pastorale”, observe le collègue et confrère forcé de N.M.U. Il (Bernardin) s’offre certaines libertés avec l’histoire réelle que se refuse, bien sûr, Raymond Hein. La légende du premier ne saurait être le récit précis et fidèle du second. Hein tient à retracer l’événement dans sa réalité historique et “le fait à merveille”, assure De Sornay.

Le Saint-Géran, mis à l’eau à Lorient, le 11 juillet 1736, jauge pourtant 600 tonneaux. Cela fait de lui un Titanic de l’époque. De Sornay partage l’avis du préfacier, Raymond d’Unienville (aussi bon légiste que Hein et meilleur et plus prolifique historien). Il soutient que le moment est venu de “séparer la réalité de la légende”, “l’imaginaire du réel”, dans ce naufrage du Saint-Géran et “d’assigner à chacun la place qui lui revient”.

De Sornay témoigne que ce récit authentiquement reconstitué du vrai naufrage du Saint-Géran a coûté de longues et minutieuses recherches et de nombreuses consultations dans diverses archives à un légiste aussi occupé que Sir Raymond Hein. Celui-ci raconte successivement, dans son récit, la construction, le lancement, la brève existence (seulement huit ans) de ce vaisseau, avant de s’étendre sur son rôle, sur les témoignages des rescapés de son naufrage.

Il passe ensuite à l’aspect archéologique de ses recherches. Il décrit avec la même minutie les explorations sous-marines de l’épave, les précieuses reliques retirées de leur lit de corail. Il conseille des visites plus fréquentes au musée naval de Mahébourg, dans le vieux château Gheude. Il témoigne que nulle part ne faiblit l’intérêt du récit pourrant circonstancié. Il congratule son auteur de nous offrir ce “passionnant prolongement du fabuleux roman de Bernardin de Saint-Pierre”, faisant intimement partie de notre patrimoine.

Le mélomane, qui ne sommeille jamais chez Hervé de Sornay, nous rappelle enfin que le roman de Bernardin de Saint-Pierre a inspiré le compositeur français Victor Massé (1822-1884), l’auteur de Galatée (1852) et des Noces de Jeannette (1853). Son Paul et Virginie (1876) connût son heure de gloire à l’opéra de Paris. A quand une reprise à Maurice de cette œuvre musicale ?

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