Publicité
Casser des pierres pour avoir son pain quotidien
Par
Partager cet article
Casser des pierres pour avoir son pain quotidien
À peine est-on à une centaine de mètres de la carrière d’Ambatomaro, que le bruit des coups de marteau sur les pierres se fait entendre à un rythme monotone. Des poussières s’envolent un peu partout, favorisées par le vent qui règne sur l’endroit de par son altitude. Du sommet de la colline, des personnes en pleine action se voient, des tas de gravillons, de moellons, de caillasses, et des pierres taillées bien rangées se remarquent. Sur des camions, des hommes s’occupent à les charger.
“Chaque jour, je commence à travailler à sept heures du matin, déclare Marie Lucie Razanabary. J’amène mes deux enfants, de 2 et 3 ans et demi, avec moi car je n’ai personne à qui les confier. Mon mari travaille également dans la carrière.” Pendant tout ce temps, elle continue à casser avec le marteau des morceaux de pierres pour obtenir des gravillons.
Ses enfants jouent derrière elle, sur un tas de cailloux. Juste à côté, Pascal Randriamarokoto, un jeune homme de 26 ans, s’attaque à un gros morceau de pierre pour en faire des moellons. Il commence par le percer, arrose le petit trou et y place un bout de métal qu’il frappe, de toutes ses forces et à coups redoublés, avec la masse. “En travaillant huit heures et demie par jour, chaque personne produit en moyenne 150 moellons”, indique-t-il. “Nous gagnons Ar 50 (Re 1,32) par unité”, ajoute-t-il.
Dans la carrière d’Ambatomaro, des hommes, des femmes et même des enfants conjuguent leurs efforts pour avoir le maximum de produits finis, sur lesquels ils seront payés. Dans la production de gravillons, le demi-fût sert d’unité de mesure. Les exploitants sont payés Ar 1 000 (Rs 15,15) par contenant, alors que, pour les moellons, ils sont payés par unité.
Généralement, les hommes s’occupent de la production de moellons et de caillasses, les femmes et les enfants, de gravillons. En effet, “la première exige de la force, dont celle des hommes”, souligne Pascal Randriamarokoto. Cela englobe les hommes d’un certain âge, encore en pleine forme. C’est le cas de Rakotomanana, âgé de 60 ans, toujours en activité. “Ce travail a fait vivre ma famille et je continuerai de l’exercer tant que j’en aurai la force”, précise ce père de quatre enfants. Malgré ses 15 années passées dans la carrière, il n’a jamais eu de graves problèmes de santé.
<B>Des efforts conjugués</B>
Quant aux enfants et adolescents, la majorité ne travaille ici que pendant les grandes vacances, “pour aider les parents”, comme le signale Paul Rakotonirina, un collégien de 13 ans, en 4e au CEG d’Ambohimahitsy. “En travaillant pendant neuf heures comme nos parents, mon frère et moi arrivons à produire plus de deux demi-fûts de gravillons par jour”, déclare-t-il très fier.
À neuf heures et trente minutes, Mirana passe pour proposer un en-cas à ceux qui en ont besoin. Elle porte un seau bien couvert pour garder le café au chaud. Dans l’autre main, elle porte un panier rempli de beignets de riz salés et sucrés, “mofogasy” et “ramanonaka”. “En sillonnant la carrière, j’arrive à en vendre 400 par jour, à Ar 50 (Re 1,32) la pièce.” Elle n’y passe qu’aux heures du goûter.
Pendant que nous nous entretenons avec toutes ces personnes, l’explosion d’une dynamite crève le silence, se répercutant aux alentours, tandis qu’une fumée de poussière s’élève vers le ciel.
Les habitants du quartier et surtout les travailleurs de la carrière y sont habitués. Pour mieux placer le détonateur, il faut percer un trou de deux mètres de profondeur. “Cela nécessite deux jours de travail à l’aide d’une barre à mine”, indique Feno Razandry, tout en sueur.
De loin, Jean Marc Olivier Ramarinjatovo surveille le travail de ses ouvriers. “En ce moment, j’emploie 20 personnes que je paie tous les mercredis et les samedis”, déclare-t-il. Il a le droit d’exploiter 400 m2 de la carrière. “Si je souhaite travailler hors de cette limite, je dois m’arranger avec le titulaire du permis d’exploitation de la surface concernée”, précise-t-il. En tant qu’exploitant, il s’occupe de la commercialisation des produits finis. “Je vends les gravillons à Ar 15 000 (Rs 227,30) le mètre cube”, indique-t-il.
Tout depend de la destination</B>
Entre-temps, des camions bennes circulent un peu partout. “Nous faisons en moyenne quatre à cinq voyages par jour, pour transporter 450 moellons par tour. Certains jours, nous arrivons à sept ou huit voyages”, affirme Rakotondrainibe, le chauffeur d’une Mercedes 911. Trois jeunes hommes assurent le chargement. “La location dépend de la destination. Cette fois-ci, c’est Ambohitrarahaba et on a convenu avec le client d’une somme d’Ar 37 000 (Rs 560,60), y compris les frais du chargement et du déchargement.”
Pour arriver à la carrière, ces gros véhicules doivent passer par de mauvaises routes, plutôt des pistes. “Le pont arrière et les pneus sont vraiment malmenés. Si nous utilisons ceux importés d’Asie, nous devrions les changer pratiquement tous les 45 jours”, se plaint Rakotondrainibe.
Une autre activité se pratique sur les lieux, c’est la restauration.
“Pour ne pas perdre du temps, nous déjeunons dans les gargotes installées au sommet”, signale Pascal Randriamarokoto. Noëline et Mama Lenina proposent chacune un menu à des prix battant toute concurrence, entre Ar 200 (Rs 3,00) et Ar 500 (Rs 7,60). “Le nombre des clients varie selon les jours. Quand c’est jour de paie, j’arrive à écouler dix kapoaka de riz”, souligne Noëline.
À midi, la maisonnette en bois de Mama Lenina est envahie par des hommes et des femmes qui réclament du riz accompagné de poisson en sauce ou de viande de bœuf, mais toujours en sauce. Avec la grande énergie dépensée, ils ont pourtant besoin d’un régime alimentaire spécial, mais leurs moyens ne le leur permettent pas.
<I>L’hebdo de Madagascar</I>
PORTRAIT
<B>La septuagénaire Razanabahoaka toujours active</B>
■ Razanabahoaka, une femme de 70 ans, ne se laisse pas vaincre par son âge. Elle est encore très active dans la production de gravillons dans la carrière d’Ambatomaro. “Je viens ici à six heures du matin et je rentre à midi trente”, déclare-t-elle. “C’est à ce moment-là que je prépare mon repas”, poursuit-elle.
Razanabahoaka habite à Ambatolampy et a comme activité principale l’agriculture. “Chaque fois que j’ai terminé toutes les tâches agricoles, je rejoins cette carrière pour exercer ma deuxième activité : la production de gravillons”, explique-t-elle. “Je passe une ou deux semaines à Antananarivo et je loue une maison à Ankatso.”
Avec ce rythme, elle arrive à produire un demi-fût de gravillons par jour qui lui rapporte Ar 1 000 (Rs 15,15). “Quelquefois, je ne dispose plus d’assez d’argent pour rentrer à Ambatolampy et j’y vais à pied”, précise Razanabahoaka. “Je fais le trajet en trois étapes et en trois jours, et chaque nuit chez un membre de la famille m’héberge à Tanjombato, à Antanetikely et à Maintsoiarivo”, continue-t-elle.
“Jusqu’à maintenant, je ne suis atteinte d’aucune maladie grave ,mais la toux n’est pas à exclure”, indique-t-elle, tout en continuant à taper sur les morceaux de pierres.
Publicité
Publicité
Les plus récents