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Un pour tous et tous pour l?Aapravasi Ghat

21 août 2006, 00:00

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Renaissance ou plutôt reconnaissance pour l?Aapravasi Ghat, inscrit, il y a peu, au patrimoine mondial de l?Unesco. Le site est déjà partiellement ouvert au public même si beaucoup reste à faire. Derrière le travail accomplit, une équipe de huit jeunes experts est à pied d??uvre pour l?opération de sauvetage et de revalorisation. Elle est sous la supervision de l?historienne Vijaya Teelock, présidente de l?Aapravasi Ghat Trust Fund et la force motrice du projet.

Tout commence, en fait, en 1996. À cette époque, ce sont surtout des experts indiens qui interviennent. L?équipe, elle, se constitue au fur et à mesure que le projet de conservation et de rénovation de l?Aapravasi Ghat prend forme. Les étudiants de l?université de Maurice débarquent ainsi sur le site. Ils sont encadrés par Vijaya Teelock.

L?une des premières à avoir intégré l?équipe est la jeune archéologue Jayshree Mungur Medi. Les premières fouilles débutent en 2002. ?Déjà à cette époque, on évoquait la possibilité de l?inscription au patrimoine mondial?, indique la jeune archéologue.

Mais l?équipe ne se met véritablement en place qu?à partir de 2003. ?Nous faisions un peu de tout. Et nous faisons toujours un peu de tout?, lâche Brindah Annasawmy, historienne. Au départ, c?est surtout un travail au niveau des archives, la spécialité de la jeune historienne. Puis, le travail de conservation et de restauration démarre sur le site, avec Lovehin Andiapen, spécialisé dans la conservation du patrimoine. ?Il fallait travailler d?abord sur l?authenticité du site?, indique-t-il. Le plan le plus détaillé date de 1865, l?une des années les plus actives en matière d?immigration des engagés en provenance de l?Inde.

Et puis, en 2004, il y a eu la préparation pour l?inscription au patrimoine mondial. Sous la supervision des experts de l?Unesco. Ce fut, pour l?équipe de l?Aapravasi ghat, un moment délicat. Les experts de l?organisme international évaluent les chances du dossier. Ils reviendront à plusieurs reprises. À chaque séjour, l?équipe se met en quatre pour bétonner le dossier.

?C?était à chaque fois un grand stress et il fallait travailler jusqu?à 1 heure ou 2 heures du matin?, avoue Jayshree Mungur Medi. Tout le monde faisait de tout, intervenant de façon volontaire sur le dossier de l?autre. Le salaire n?était pas la préoccupation première, affirment-ils.

Le moment le plus ?stressant? étant la période où le dossier fut bouclé. Mais le jeu en valut la chandelle. ?L?inscription est une consécration, une immense fierté?, insiste Lovehin Andiapen. ?C?est un aboutissement, même si nous avons dû, pendant toute la préparation, négliger nos vies privées.? Lorsque la bonne nouvelle est arrivée, chacun a appelé l?autre.?Nous l?avons appris à la télévision?, indique Satyendra Peerthum, historien.

Le site recevra officiellement sa plaque le 2 novembre. On peut ainsi considérer que ce sera, en quelque sorte, son baptême. Et le travail ne fait que commencer : création d?un centre d?interprétation, aménagement du site et des alentours mais aussi sensibilisation du public. Tout cela devait démarrer en même temps. Chacun apportant sa pierre à l?édifice, comme cela est désormais devenu une tradition au sein de l?équipe.

Une équipe appelée à grandir

Préserver l?Aapravasi Ghat, c?est aussi protéger ses alentours et prendre conscience de leur valeur. Deux zones entourent l?Aapravasi Ghat. La première comprend une série de monuments nationaux, dont la poste centrale et le moulin. La deuxième zone comprend la Place de l?Immigration en direction de la rue royale (où se situe la Jummah Mosque) et la rue Arsenal. Elle inclut le poste de police de Trou-Fanfaron, classé monument national. Ces deux zones s?étendent sur près de 30 hectares.

Mais l?équipe de l?Aapravasi Ghat est surtout un ensemble de gens passionnés. Par leur métier, par l?importance de préserver le site. Ils se sentent même investis d?une mission. Pour eux, le site appartient désormais à l?humanité mais il nous permet d?expliquer ce que fut l?engagisme. ?Il nous permet de fédérer tous les Mauriciens?, précise Satyendra Peerthum.

Certains membres de l?équipe ont même un rêve, une utopie : ?Pourquoi ne déplacerait-on pas l?autoroute ?? D?autres plus pragmatiques proposent l?aménagement d?écrans en plexiglas pour réduire le bruit de la circulation, du port, en gardant cependant le maximum de perspective.

Rs 50 millions seront nécessaires pour la création du centre d?interprétation. ?Ce musée interactif sera situé dans un entrepôt datant de 1866?, indique Corinne Forest, muséologue. Un espace de quelque 1 000 m2? Ce travail commence à peine et ne devrait s?achever qu?en 2009. Et il devrait nécessiter le recrutement d?autres experts, dont un décorateur.

Mais l?Aapravasi Ghat voudrait aussi s?émanciper de l?expertise étrangère. La jeune équipe a déjà une bonne expérience et elle est appelée à prendre rapidement le flambeau. Mais elle souhaite aussi continuer de bénéficier de l?apport crucial des experts de l?Unesco, Indiens ou Africains qui viennent régulièrement depuis une dizaine d?années maintenant.

?L?équipe locale reste?, insiste Jayshree Mungur Medi, un peu comme un engagement pour l?avenir. Et elle devrait être même appelée à s?agrandir?

Corinne Forest, muséologue

Elle sera l?un des personnages clé pour la création du centre d?interprétation. Une équipe sera rapidement constituée pour s?atteler à la tâche. Corinne Forest a déjà identifié un certain nombre de pistes pour l?élaboration du centre, avec un accent sur l?interactivité. Elle sera également impliquée dans la création de documents qui feront partie de l?exposition permanente du centre.

Satyendra Peerthum, historien

Il devrait se consacrer à la zone tampon qui entoure l?Aapravasi Ghat. En collaboration avec le National Heritage Trust Fund, il sera très actif au Vagrant Depot, un autre site important du patrimoine et de l?immigration, en particulier.

Simla Ramlagan, experte en histoire orale

Elle est responsable de toute la collecte d?informations auprès de tous ceux qui, de près ou de loin sont concernés par l?Aapravasi Ghat et l?histoire de l?immigration des Mauriciens d?origine indienne. Elle recueille les témoignages de gens sur leur famille, leur métier, plus particulièrement ceux qui ont travaillé dans l?industrie sucrière et leur relation avec le monde du travail.

Jayshree Mungur Medi, archéologue

Elle est l?archéologue de l?équipe, omniprésente sur tous les chantiers de fouilles. Elle devrait être également sollicitée pour travailler sur d?autres chantiers, soit dans la zone tampon ou sur d?autres sites qui sont reliés à l?histoire de l?immigration et de l?engagisme.

Lovehin Andiapen, conservateur

Il a beaucoup travaillé sur le site même, à Trou-Fanfaron. A ce stade, la partie conservation a été la plus coûteuse, surtout au niveau matériel. Il devrait s?attaquer, par la suite au site du Vagrant Depot. Lovehin devrait cependant, comme Brindah, rejoindre la Grande-Bretagne pour compléter ses études.

Brindah Annasawmy, historienne

Elle effectue actuellement des recherches sur l?intellectuel Bikramsing Ramlallah et l?Aapravasi Ghat dans les années 1970. Elle défend le patrimoine bec et ongles. ?Modernisation ne rime pas avec destruction?, plaide-t-elle. Elle projette de terminer ses études en Grande-Bretagne, avant de se consacrer pleinement à l?Aapravasi ghat.

Vikram Mugen,

muséologue

Il fait partie de l?équipe qui va mettre en place le centre d?interprétation. Il est l?un des derniers à avoir rejoint l?Aapravasi Ghat Trust Fund.

Marina Soodin,historienne

Elle a été l?une des premières et est pour le moment absente de l?équipe.

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