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Rama Sithanen : « Moi aussi, j?aurais aimé être populaire? »

20 août 2006, 00:00

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C?est en lisant les journaux ces derniers jours que le ministre des Finances dit avoir réalisé l?importance de continuer à communiquer notre situation économique, quitte à répéter les mêmes indicateurs, l?héritage légué par l?ancien pouvoir, la conjoncture internationale qui sonne le glas aux préférences d?hier et la nécessité de se réajuster pour entamer ce nouveau cycle économique. Ce rappel des évidences est nécessaire, insiste Rama Sithanen, qui avait convié la presse hier, « pour dissiper les malentendus dans le public ».

L?économiste implacable délaisse ses chiffres ? croissance très faible de 2,5 %, taux de chômage très fort de plus de 10 %, la dette publique qui a quadruplé ? et laisse parler son âme de politicien : « Il n?y avait que deux choix à faire. Opter pour les réformes ou choisir la voie de la facilité, c?est-à-dire ne rien changer et laisser le pays aller tout droit vers la catastrophe. Ou croire, ki mo na pa ti envie fer la bouche doux. Tou politiciens envie vine populaire, moi aussi pareil? mais nou bisin realise ki nou nepli ena l?argent, ki nou fine perdi nou banne acquis hier. »

Réalités et « démagogie »

Pour « sauver » le pays, Rama Sithanen explique que les réformes sont incontournables. Et pour qu?elles puissent aider à « redresser » l?économie, la solidarité de tout un chacun est nécessaire. Prenant l?exemple de la réorientation des subsides sur le riz et la farine, le ministre des Finances explique que les nécessiteux ne sont nullement oubliés, au contraire, car « 130 000 personnes vont bénéficier d?un Direct Income Support et d?une prime de 15 %. Le reste de l?argent économisé est redirigé vers les plus vulnérables via l?Empowerment Fund ».

Autre réforme « incomprise », celle de l?Income Tax. Selon le ministre, « cette réforme est caractérisée par la simplicité, la justice et par une baisse significative du taux d?imposition qui va passer à un taux unique de 15 % en moins de trois ans, ce qui fera de Maurice l?un des pays où le taux d?impôt est le plus faible au monde ».

Dans un document circulé, le ministère des Finances relève que sur 72 000 contribuables, 66 000 paieront moins de taxe, dont 40 000 seront totalement exemptés.

« Seuls 6 000 contribuables, qui sont en haut de l?échelle économique, paieront relativement plus d?impôts. » Rama Sithanen a avancé un autre chiffre pour rassurer le public qu?il n?y a pas lieu de s?inquiéter ou de céder à la « démagogie » de certains : « Avec la réforme de l?Income Tax, l?État percevra Rs 800 millions en moins. C?est en fait une véritable bouffée d?oxygène pour la classe moyenne. »

Même exercice de clarification pour la National Residential Property Tax (NRPT), imposée sur la surface des terrains (habités ou vagues dans les zones résidentielles et les appartements. Et dans le cas des citadins, le montant des taxes immobilières payé aux municipalités sera déduit de la NRPT. « Cette nouvelle taxe n?affectera que ceux qui ont un revenu supérieur à Rs 215 000. Ce qui fait que seulement 10 % des ménages auront à payer cette taxe alors que 90 %, soit 300 000 ménages, ne paieront pas la taxe. »

La Campement Site Tax est aussi source de remous. Rama Sithanen demande, à ce chapitre, qu?on fasse cet effort de solidarité. « Dans ce cas, nous utilisons l?une des rares ressources, dont dispose le gouvernement, et qui ont été longtemps sous-évaluées. »

Les contestations des réformes qu?il a proposées font dire à Rama Sithanen que personne ne veut payer quoi que ce soit. « Or le pays a besoin d?argent. » Il y va de notre survie économique. Car les bailleurs de fonds étrangers se basent sur notre volonté de sortir de l?impasse pour nous aider.

« Les organisations étrangères prennent de plus en plus de temps pour évaluer notre crédibilité. Ces réformes sont incontournables. Elles nous permettront d?avoir notre Fitness Certificate pour bénéficier de l?aide internationale. Le plus vite qu?on les acceptera, le mieux ce sera. Pour recréer de la richesse, l?effort doit être national. » Et de finir son plaidoyer sur cette évidence, de plus en plus actuelle, dans ce monde compétitif : « Nobody owes us a lunch. »

À L?HEURE DES QUESTIONS

■ La réintroduction du pain dans les écoles est-elle définitive ?

Elle est définitive, du moins jusqu?à la fin de cette année. Le ministère de la Sécurité sociale mènera entre-temps une étude pour déterminer qui sont ceux qui en ont vraiment besoin et comment éviter le gaspillage.

■ Comment expliquez-vous la continuelle dépréciation de la roupie ?

Nous subissons les conséquences des nouvelles donnes économiques. Nous avons moins de recettes de la zone franche et du secteur sucre. Aussi, il y a certaines personnes qui n?échangent pas leurs devises. Ce qui provoque par ailleurs une hausse de nos réserves qui sont passées de Rs 56 milliards à Rs 63 milliards.

■ Peut-être certaines personnes préfèrent ouvrir des comptes en devises pour éviter la taxe sur les intérêts ?

Il faut rappeler que ceux qui ont des dépôts de moins de Rs 2 millions ne sont pas concernés par la Withholding Tax. Et pour garantir une stabilité pour la roupie, il n?y a pas d?autre choix que d?augmenter le Foreign Direct Investment.

■ Rodrigues réclame un traitement différencié de Maurice par rapport, entre autres, aux subsides et aux allocations pour les pêcheurs?

J?aurais aimé être généreux avec tout le monde. Mais je ne peux pas. Nous n?avons plus les moyens. Je comprends qu?il y ait ici et là des poches de résistance, mais on n?a pas d?autre choix que d?être solidaire avec la restructuration économique en cours. Si la situation s?améliore, on pourra alors considérer plus de flexibilité.

■ Pour la réorientation des subsides, le gouvernement se base sur les « bills » du Central Electricity Board. Cet exercice est faussé car des personnes aisées, dont des parlementaires, se retrouveraient sur la liste des bénéficiaires?

(Rires). C?est vrai qu?il nous faut revoir ce système. Le ministère de la Sécurité sociale se penche sur une autre formule.

■ Avez-vous votre « Fitness Certificate » pour négocier avec le FMI ?

(Rires). Pankor gagné. Chacun impose ses conditions. Et on se doit de les respecter si on veut aspirer à leur aide.

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