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Qu?est-ce que les patrons attendent de nous ?
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Qu?est-ce que les patrons attendent de nous ?
Au départ, c?est l?eldorado. On décroche un job, on a envie de s?épanouir, plus qu?un gagne-pain, on veut créer quelque chose. Et là, de plus en plus, le travail prend des allures de parcours du combattant, le système devient plus exigeant. Crise économique oblige, ceux qui ont un job doivent le considérer comme un luxe, car tout peut arriver. La nature du travail change et rien n?est définitif.
« Dans ce monde compétitif, il n?y a pas d?emploi garanti à vie. On ne sait jamais si ce que l?on produit aujourd?hui aura un marché demain », souligne un expert en productivité. Il ajoute que l?entreprise doit, dans ce contexte, continuellement se remettre en question, créer un environnement propice à l?innovation.
Résultat, on vous demande toujours plus, toujours mieux et en moins de temps, on vous met la pression parce qu?il faut faire face à la compétition. Le boulot devient tellement intense qu?on se demande si l?on travaille pour vivre ou si l?on vit pour travailler. C?est en tout cas ce qui se dégage en interrogeant les gens autour de nous. On trouve de l?inquiétude, des doutes et des frustrations. « Vous refusez de suivre un atelier de travail durant votre journée off ? On vous fait comprendre que la porte est ouverte et que d?autres attendent », avance un employé d?hôtel.
Certains arrivent à transformer leur mal-être en bon stress et y voient une montée d?adrénaline pour mieux faire leur travail. « On ne peut pas continuer à se lamenter. Il vaut mieux apprendre à gérer ses émotions et adopter une attitude positive parce que c?est pareil partout », essaye de se convaincre une enseignante. Et puis d?autres se voient dans une jungle, ils sont dans une impasse. « Vous leur donnez tout votre temps, vous passez votre vie au bureau et cela ne suffit pas, ils traquent vos appels personnels. C?est de la tyrannie », lâche une femme qui travaille dans une entreprise textile depuis dix ans.
Peur de perdre leur autorité
Qu?est-ce qui se passe dans le monde du travail, qu?est-ce que les patrons attendent de leurs employés ? Ceux que nous avons interrogés sont souvent eux-mêmes sous l?épée de Damoclès, sous pression permanente, submergés même s?ils ne doivent pas montrer des signes de faiblesses.
Edmond Maurel, Human Ressource (HR) chez IBL, estime, lui, qu?on ne travaille pas suffisamment à Maurice. « On est obligé aujourd?hui de travailler plus, on ne peut plus fonctionner de 9 heures à 16 heures. Dans tous les pays développés à part la France, on travaille en moyenne 40 à 45 heures par semaine. Je conçois qu?il faut en revanche créer des conditions plus correctes comme améliorer le transport. Les gens sortent de toute façon de chez eux tôt et rentrent tard avec les embouteillages. »
Il préconise le flexitime où l?employé pourrait compléter ses 40 heures de travail par semaine selon un emploi du temps qui lui convient. « L?employé pourrait ainsi conjuguer travail et famille. Bien sûr, cela demande une certaine organisation parce que le travail doit se faire aussi en coordination », souligne Edmond Maurel.
Un HR d?une grande usine textile nous brosse, quant à lui, ce portrait : « Avec la compétition, on n?a pas le choix. On demande à nos employés d?être productifs, réguliers, on les préfère avec de l?expérience parce que le temps joue contre nous, on cherche la compétence. On aime les employés qui ont une attitude positive, qui comprennent les enjeux. »
Pour les motiver, l?usine proposerait en contrepartie des incentives, des bonis de production et les responsables de département seraient toujours à l?écoute. « De toute façon, on est obligé de bien traiter les employés. Les clients exigent cela, ils viennent vérifier. Il y a un code d?éthique qui veut que nous devons créer un cadre convivial pour nos employés, assurer leur sécurité, et ne pas les exploiter », fait ressortir ce HR.
Que les patrons fassent les choses dans les règles de la loi ne suffit pas toujours pour les employés. Ils se plaignent souvent du manque de dialogue et des manières de faire. Peut-on être heureux au travail malgré les conditions difficiles ? Pour notre expert en productivité, la réponse est oui à condition que les patrons sachent s?y prendre. « Une entreprise n?a rien à gagner si son personnel est démotivé. Ce n?est pas à coups de menaces et de chantages qu?on crée un esprit de confiance », explique l?expert.
Il regrette la déficience de communication dans la plupart de nos entreprises. Selon lui, les patrons ont peur de perdre leur autorité en instaurant le dialogue.
Il parle également de toute une mentalité qu?il faut changer. « Le patron doit donner l?exemple. Il ne peut pas demander à son personnel de se sacrifier quand lui change de cylindrée tous les ans. Le patron doit miser sur l?empowerment de ses employés, leur donner la possibilité de prendre des décisions? Mais on préfère encore ici miser sur les machines et négliger le capital humain. »
Joindre l?utile à l?agréable
Même son de cloche ailleurs. Il y aurait du boulot à abattre du côté du patronat si l?on suit les propos du sociologue Ibrahim Kodoruth. Pour lui, le patronat a peur du changement. Il ne comprend pas qu?un travailleur qui n?est pas satisfait, qui se sent exploité, ne peut pas donner le meilleur de lui-même. « Un exemple, la notion de flexitime est très mal comprise ici. Un patron ne pourra pas accepter que son employé reste à la maison pour faire son travail et qu?ensuite il l?envoie par email. Pourtant, l?employé n?est pas ingrat, il peut être reconnaissant et responsable à condition de lui donner un environnement propice », insiste le sociologue.
En gros, les gens ont l?impression que les patrons leur demandent trop et ne donnent pas assez en retour. Souvent ce n?est pas une question d?argent mais de reconnaissance et de valorisation.
Puisque le travail prend une place prépondérante dans notre vie, puisque réussir dans son job c?est aussi réussir dans sa vie, on a peut-être intérêt (employeurs et employés) à travailler sur les moyens de rendre la vie professionnelle plus constructive. Joindre l?utile à l?agréable? cela doit pouvoir se faire.
BAT, PRENEZ-EN LA GRAINE !
Quand la sonnerie du réveil retentit, que la journée se profile, on aimerait bien ne pas se lever et rester au pays des rêves. Les employés de la British American Tobacco (BAT) ont l?air d?avoir toutes les raisons du monde pour se lever du bon pied. D?abord, c?est le bus de la compagnie qui les emmène au bureau. Ensuite, un petit-déjeuner les attend tous à la cantine. Quant au déjeuner, il est toujours gratuit. Salamis de poulet ou sauté de b?uf sans compter les salades et les plats végétariens sont au menu.
Dans l?enceinte du site, il y a le welfare club où l?on peut, lors de ses 45 minutes de pause, jouer au billard, au carrom, emprunter des bouquins. On ne vous parle pas du court de tennis, du terrain de volley. Et si vous avez une migraine ou un rhume, la medical unit assure la permanence toute la journée et il y a aussi un médecin qui est là une heure par jour. Et pour couronner le tout, il y a même une pharmacie sur place.
La philosophie chez BAT (en théorie, en pratique et sur papier), c?est que l?entreprise soit un « great place to work ». « Il n?y a pas uniquement que ce que les patrons attendent de l?employé qui compte chez nous. Ce que l?employé attend de son employeur est tout aussi important », explique Razeeah Belath, la jeune Human Ressource de la BAT. Cette compagnie a mis sur pied tout un système de reward pour valoriser ses employés. Chacun possède une boîte avec des cartes de remerciements ou des bonds de cadeau qu?il peut remettre à ses collègues qui ont fait quelque chose de bien. Le département de marketing a récemment offert au département de production une journée à l?Indian Resort pour le remercier du travail accompli.
La direction procède, par ailleurs, à « Your voice survey » où les employés s?expriment sur ce qu?ils pensent et ce qu?ils veulent. Selon leurs chiffres, 90 % du personnel est fier d?être associé à la BAT et les employés passent en moyenne 20 à 30 ans au sein de l?entreprise. Beaucoup d?entre eux ont l?occasion de grimper les échelons et de travailler dans d?autres filiales de la BAT de par le monde. Qui dit mieux ?
CE QUE LES EMPLOYES DEMANDENT AUX PATRONS
● Un cadre où ils peuvent s?épanouir malgré tout.
● Un climat propice pour parler des craintes, des problèmes, pour donner son point de vue.
● Des ressources afin de produire un travail de qualité.
● La formation continue pour s?adapter aux changements.
● L?égalité des chances pour tous.
● Favoriser la coopération entre collègues et ne pas uniquement les mettre en concurrence.
● Le partage des gains.
● La reconnaissance de leurs valeurs.
Aisha Mosaheb, directrice de « Blast Communiction »
« Ce que j?attends de mes employés c?est de la loyauté. À mon avis, cela englobe tout. Quand on est loyal, on fait de son mieux, on donne le maximum, on a à c?ur les progrès de la boîte et l?on est solidaire quand il y a des difficultés. Vous pouvez tomber sur quelqu?un qui a un CV impressionnant, mais s?il n?a pas l?esprit d?équipe, par exemple, cela ne sert à rien. Pour moi, il faut qu?il y ait de l?harmonie chez le personnel, une ambiance saine.
Il est important d?avoir une bonne structure de communication pour pouvoir soutenir les exigences. Le patron, aujourd?hui, ne donne pas des ordres et les employés ne font pas qu?exécuter. Le chef doit pouvoir écouter tout le monde, même si à la fin de la journée c?est lui qui doit prendre les décisions. Moi j?encourage le feedback, le dialogue. Je suis pour le people first approach. Quand les employés ont confiance en leur patron, ils travaillent mieux. »
Bernard Vincent, manager du « Colonial Beach Hotel »
« On demande à nos employés d?être toujours à la hauteur, surtout parce qu?on a directement affaire aux clients et qu?on n?a donc pas droit à l?erreur. Un bon employé, c?est celui qui aime son client et qui est prêt à tout pour lui plaire. Si ce dernier lui demande une assiette de bigornos et qu?il n?y en a pas en cuisine, l?employé idéal ira voir ses amis pêcheurs et s?arrangera pour combler le désir du client. Évidemment on attend des employés qu?en plus de leurs compétences, ils soient ponctuels, qu?ils ne prennent pas leurs 21 jours de congé maladie, qu?ils répondent présents quand on a besoin d?eux. L?attitude vis-à-vis du travail est importante aussi. L?employé modèle, c?est celui qui comprend que lorsqu?il y a des périodes de vaches maigres, il faut se serrer la ceinture et faire des économies là où l?on peut.
Pour moi, l?hôtel et le personnel, c?est comme une grande famille. Je connais tout le monde, je connais leurs familles, leurs habitudes. Ils peuvent me demander une avance ou un emprunt. Il y a une relation de proximité.
Quand on a ce genre de relations, c?est plus facile de gérer, même quand il y a des crises. »
Ashish Hoolas, « Permanent Assistant secretary » dans la fonction publique
« En règle générale, on demande aux fonctionnaires d?être performance oriented, de développer la culture du travail bien fait et dans les temps, d?être customer care, de chercher à s?améliorer tout le temps. Dans les différents services et ministères, il y a des chefs de département qui veillent à ce que les gens travaillent dans de bonnes conditions.
Je peux avancer que les fonctionnaires ont toutes les raisons d?être fiers de leur travail. Ce sont eux qui veillent à votre sécurité quand vous quittez votre maison. Ce sont eux qui élaborent des projets qui s?occupent de l?administration des plans d?action du gouvernement, ils s?occupent également de l?environnement? Bien sûr, il y a des frustrations, c?est quelque chose d?humain et cela existe partout et avec le recul, les employés comprennent que les difficultés font partie de la vie. »
Edmond Maurel, « Human Ressource » chez IBL
« Ce que l?on recherche comme qualités chez nos employés sont en gros la conscience professionnelle, l?esprit d?équipe et beaucoup de flexibilité. De nos jours, les choses changent très vite et il faut pouvoir s?adapter constamment. Il faut être disposé à suivre des cours de formation pour se perfectionner, sinon on se sent dépassé. Selon nos perception surveys, les gens qui travaillent chez IBL sont contents de leur environnement de travail. On leur donne des medical schemes, des plans de pension, des bureaux bien aérés et l?employé se sent valorisé. On mise sur la communication, le health & safety et on organise des activités en dehors du travail. Un employé travaille bien quand il se sent bien accueilli. Bien sûr, avec le coût de la vie, personne n?est satisfait de son salaire mais tout le reste vient compenser. Une entreprise, c?est comme une famille, elle a un budget, elle a des recettes et des dépenses à gérer. Ce qui est important, c?est d?expliquer les mesures que vous prenez. »
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