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Le modèle social à l?heure de sa réforme

17 août 2006, 00:00

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Le budget 2006-2007 a été l?élément déclencheur. Après des décennies d?un modèle basé sur un interventionnisme poussé de l?Etat dans pratiquement tous les secteurs de la vie publique, les impératifs d?une économie de marché poussent vers un certain désengagement. Les syndicats grondent. La société civile attend, doutant beaucoup de la pertinence de ce qui est proposé. L?opposition politique crie au loup. Le monde concurrentiel croit enfin voir la lumière au bout du tunnel. La classe populaire et les classes moyennes inférieures concèdent une paupérisation accrue. S?il faut sortir du modèle ancien, on balbutie sur une proposition qui correspond vraiment à nos besoins. Etat des lieux.

?Le système de support n?est plus adapté à notre réalité. Car il était construit sur des expériences de croissance économique continue reposant sur des secteurs comme le sucre. Il importe d?abandonner ce qui existait et de le remplacer par quelque chose de plus efficace. Mais il est aussi vrai que les gens préfèrent s?accrocher à ce qui est connu?, analyse d?emblée Jacques de Navacelle, président du Joint Economic Council.

Devant le doute et le flou, la contestation s?est installée. Le gouvernement est accusé d?être à la solde du secteur privé. Et le Premier ministre se voit contraint de prendre son bâton de pèlerin pour expliquer la philosophie de son budget. Mais tout ne pourra être résolu à travers une campagne de communication. Le problème est de fond. De pourvoyeur d?espérance, l?Etat se veut désormais moins tuteur et plus arbitre et facilitateur. Un rôle auquel la population n?est pas habituée. Logement, santé, éducation, services publics, lutte contre les fléaux sociaux et la pauvreté? C?était la responsabilité de l?Etat. Un rôle qu?il peut de moins en moins remplir dans ce processus de modernisation dans lequel il est engagé.

Pourtant même les champions du libéralisme économique rappellent que le combat contre la pauvreté devrait demeurer la priorité de tout gouvernement. ?La Banque mondiale, elle-même, depuis 1998, maintient que le problème central est la pauvreté?, souligne le père Filip Fanchette. La meilleure façon de combattre la pauvreté, ajoute l?ancien ministre Sam Lauthan, c?est l?éducation. Certes, mais le modèle éducatif mauricien ne cesse de dériver vers un degré de compétition qui l?éloigne de ses objectifs premiers. L?économie solidaire se doit de trouver d?autres modes pour s?exprimer. Car, comme le fait remarquer l?économiste Philippe Lam, ?la politique dite libérale, s?appuyant sur les forces du marché, eut pour effet de creuser davantage l?écart entre les riches et les classes défavorisées dans nombre de pays en voie de développement. Les exemples souvent cités, comme Singapour, démontrent que l?Etat est bien présent non seulement dans la sphère économique mais aussi sociale. Il n?y a pas eu désengagement de l?Etat mais une adaptation intelligente aux changements qui s?opèrent au niveau mondial?.

?Des éléments pratiques permettent l?empowerment
de la population : l?accès à l?information, l?inclusion et la participation, le principe de responsabilisation et la capacité d?action des organisations communautaires.?

?Il faut être solidaire. Mais comment être solidaire quand on n?a pas les moyens pour l?être? On ment un peu aux gens lorsqu?on leur dit qu?on est solidaire alors qu?on ne l?est plus tellement?, précise, pour sa part, Jacques de Navacelle. Il rappelle, dans le même souffle, que la crainte que suscite le désengagement n?est pas fondée dans une grande mesure dans le sens où ?l?Etat n?est pas du tout performant dans beaucoup de domaines. Il est temps qu?il se concentre sur ce qui est essentiel?.

L?essentiel est dans le réformisme. Le principe réformiste que propose le gouvernement ne s?appuie pas sur l?ultra-libéralisme. Il est plutôt fondé sur une certaine conception d?une économie de marché. Les défendeurs des modes opératoires anciens tirent le débat vers une confrontation entre un modèle social et un modèle libéral. Les choses ne sont pas aussi simples que cela. Heureusement.

Les problèmes sont réels. Il s?agit de les aborder différemment dans un monde qui a changé. L?emploi précaire, l?exclusion et les inégalités sociales commandent une intervention de l?Etat qui repose sur l?imagination et l?inventivité.

L?équilibre recherché entre l?économie et le social est une expression par trop galvaudée pour répondre à la question. Philippe Lam note ainsi que la transition économique que nous vivons rend davantage vulnérables les sans-emploi, les nouveaux chomeurs et les retraités qui ont un revenu fixe et qui subissent de plein fouet la baisse du pouvoir d?achat due à une inflation accélérée. Dans ce contexte, il est urgent de maintenir la cohésion sociale pour assurer l?adhésion de tous les Mauriciens, surtout ceux au bas de l?échelle, à la nouvelle politique d?ouverture pronée par le gouvernement. ?Donc la politique sociale appropriée dans le contexte socio-économique actuel doit avoir pour objectif de permettre aux plus vulnérables de la société de faire face aux difficultés rencontrées. Sinon, il existe des risques de résistance à cette nouvelle politique. D?ailleurs, des manifestations, heureusement de nature pacifique, ont déjà commencé?, confirme Philippe Lam.

Parmi les nombreuses pistes à explorer reste la recherche de l?autonomie des groupes vulnérables. A ce chapitre, Filip Fanchette propose une approche qu?on a plutôt tendance à sous-estimer à Maurice. ?La fierté de son identité culturelle est la clef pour qu?un groupe prenne son destin entre ses mains? Le moteur se remet en marche lorsqu?on est confiant dans son identité.? Il s?appuie sur un essai d?Arjun Appadurai, Senior vice-president for academic affairs à l?université de Chicago, paru dans Culture and Public Action. Celui-ci rattache la problématique sociale à celle de la culture. Pour lui, la culture permet de générer des idées pour l?avenir autant qu?elle éclaire le passé. ?C?est en renforçant notre capacité à aspirer à quelque chose, conçue comme une capacité culturelle spécialement parmi les pauvres, que l?orientation future du développement trouve un fondement social. C?est dans cette démarche que les pauvres trouvent les ressources nécessaires pour contester et changer les conditions de leur pauvreté.?

?Pour combattre la pauvreté, nous nous devons de nourrir notre capacité à aspirer et à créer les conditions nécessaires pour influencer les facteurs qui affectent nos vies?, analyse le professeur Arjun Appadurai.

Ce modèle social peut prendre place dans un nouvel espace économique et social. C?est en cela que l?identification d?un modèle social adapté à nos réalités et nos besoins est devenu une nécessité afin d?atteindre cet objectif qu?est l?impératif éthique, comme le désigne le secrétaire général de l?Onu, Kofi Annan.

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