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Ringo ne croit pas au tam-tam sucrier
A la mi-août 1981, le défunt ?Cernéen? de Jean Pierre Lenoir s?en va interviewer notre Grand argentier, Sir Veerasamy Ringadoo, Nadess pour les intimes. L?entretien se révèle un exemple d?école de ce qu?est un dialogue de sourds. Aux pertes sucrières de 1977 à 1980, Ringo réplique par les profits du boom sucrier de 1973 à 1976. Aux sucreries dans la mélasse, il pousse en avant la Lonrho qui bon an, mal an, transfert à l?étranger ses profits. A tous les maux sucriers le Dr Ringadoo préconise l?emprunt à dose massive et les découverts bancaires, suivi d?un bon repas le soir. Bref, il ne croit pas au tam-tam sucrier. ?Le Cernéen? pousse la bonté à ne pas l?interroger sur la seule propriété sucrière d?Etat, Rose-Belle, dont tous connaissent la bonne santé financière. Voilà ce que donne ce dialogue de sourds d?anthologie.
Q : Comment va l?économie ?
R : Nous dépensons trop. Nous consommons trop. Je suis déjà assailli de demandes de boni de fin d?année. Les Mauriciens doivent comprendre que le GM n?a pas d?argent et ne peut en fabriquer.
Q : En présentant votre budget 1981 ? 83, vous étiez pourtant optimiste.
R : C?était il y a deux mois. Nous devons avoir davantage de discipline dans nos importations et dépenses. Plusieurs pays ont des problèmes financiers plus graves que le nôtre.
Q : Pourquoi attacher indûment la roupie aux DTS (Droits de tirage spéciaux)?
R : On ne peut changer de devises de référence à tout bout de champ.
Les pays européens souffrent autant que nous des fluctuations du dollar.
De toutes façons, nous devons payer en dollars nos principales importations dont le riz de ration, la farine ; l?huile, le pétrole.
Q : Nous sommes donc enchaînés au dollar tout puisant?
R : Nous sommes condamnés à un système capitaliste qui domine le monde.
Q : Est-ce le moment d?emprunter pour l?aéroport du Nord et pour une raffinerie de pétrole (deux éléphants blancs notoires, en 1981) ?
R : L?aéroport du Nord dépendra de la possibilité d?emprunts à faible taux d?intérêt. Pas d?emprunts à bon marché, pas d?aéroport du Nord (et pan pour SSR).
Q : Ces emprunts peuvent-ils être saoudiens ou américains ?
R : Les négociations se poursuivent. Les Américains, installés à Diégo Garcia (la squattérisant), ont besoin de pays amis dans la région. La question des contrats de construction de la base (nucléaire) et de son ravitaillement n?est pas encore réglée à notre satisfaction. (Tout de ce côté sera perdu ou presque pour nous, fors l?honneur).
Q : Quid du projet ?éthanol? ?
R : Les bailleurs de fonds du projet ?minoterie? exigent des études
supplémentaires Ils sont plus ?li pou poule? qu?auparavant. (Pour la réponse à la question ?éthanol?, voyez ce qui est dit plus haut au sujet du dialogue de sourds).
Q : L?usine à papier ?
R : Tout dépend de ce qu?il faut faire avec la bagasse. A Hawaii, on, la pellétise pour produire de l?énergie.
Q : On peut planter de la canne pour produire d?abord du papier et puis, éventuellement, du sucre.
R : Le Sucre ne servira pas toujours à sucrer le thé. (N?y voyez surtout aucune allusion aux liens incestueux obligeant notre Sucre à remorquer notre Thé. La formule est pourtant à retenir tant elle dit bien les choses).
Q : Vous croyez donc au Sucre ?
R : Je ne crois pas à son tam-tam. Il reste un facteur déterminant de notre économie.
Q : Comment va-t-il ?
R : On tarde à me donner les renseignements détaillés que je réclame.
Je ne veux pas de comptes globaux. La perception est différente quand on les examine propriété par propriété. Sur une période de 7/8 ans, le Sucre fait énormément de profits.
Q : Mais Rs 280 m. de pertes de 1977 à 1980 ?
R : Ce n?est rien comparé aux profits de 1973 à 1976.
Q : Des profits supérieurs à ces pertes ?
R : Des gains considérables
Q : Quid des prévisions de pertes de Rs 305 m. pour 1981 ?
R : Pas d?accord avec ces palabres et malentendus. Pourquoi des profits à Lonrho de 1977 à 1980 ?
Q : Pas de dividendes à Bel Ombre pendant deux décennies ou presque.
R : C?est un cas spécifique. Vous dites Bel Ombre, je réponds Lonrho.
Q : En 1977, vous disiez que le Sucre était bien géré.
R : Sur le plan technique, oui. Les dépenses non-sucre sont exagérées.
Je les remets en cause. De 1973 à 1976, le Sucre fait assez de profits pour s?autofinancer et moderniser ses équipements. S?il n?a pas d?argent, il n?a qu?à emprunter. Tout le monde emprunte et vit de découverts bancaires. Cela n?empêche pas de bien dîner le soir. Les dépenses sucrières ?transport?et ?bureaux du port Louis? sont exagérées.
Q : Depuis 1977, la taxe de sortie ?cum? surcharge siphonne Rs 700 m au Sucre.
R : J?ai besoin de financer mon budget social. Je ne peux pas laisser Rs 700 m ; de profits (de revenus bruts) entre les mains des actionnaires sucriers. Le Sucre est une industrie nationale (appartenant donc, non pas à ses actionnaires, mais à la nation?alisation). J?ai besoin de cet argent pour financer l?éducation gratuite.
Q : La surcharge était censée éponger les profits du boom sucrier.
R : Elle éponge les profits découlant de la dévaluation de la roupie du 24 octobre 1979.
Q : Des sucreries sont en état de cessation de paiements.
R : Tam-tam sucrier
Q : Le Sucre est foutu
R : Tam-tam sucrier
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