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Liquidité(s)
Ils étaient à égalité le mois dernier, mais la ligne de partage entre les optimistes et les pessimistes s?accentue en faveur de ces derniers dans la présente édition de notre baromètre. Dans leur évaluation des perspectives de l?économie d?ici à un an, les analystes économiques et financiers commentent diversement la loi des finances 2006 et s?inquiètent de la conjoncture.
Parmi les 47 % d?optimistes, un analyste pense que ?with increased visibility in the fiscal and monetary strategies, leaders can focus on their core business to increase the value of their enterprise. Moreover, the budget will have an increased effect on proper allocation of productive resources with better returns: property owners will be less inclined to leave properties (productive assets) idle, but will develop revenue streams and make higher returns?.
Au sein des 53 % de pessimistes, un analyste estime que ?la mise en application des mesures budgétaires sera plus longue qu?on le pensait. Il faut ajouter à cela l?échec des négociations de l?Organisation mondiale du commerce, la difficulté à négocier des Accords de partenariat économique, le retard à conclure l?Accord de coopération économique avec l?Inde, la remise en question récurrente du traité de non double imposition fiscale avec l?Inde, les difficultés à mettre en place le mécanisme d??Aid for Trade? et le maintien d?un prix pétrolier élevé.?
C?est dire que, si le budget 2006-2007 reste ?fondamentalement bon? pour le moyen et le long termes, le gouvernement doit aussi savoir gérer le court terme tant au plan domestique que sur le front extérieur. On attend davantage de notre diplomatie économique que du tour du monde du ministre des Finances à la pêche d?investisseurs. Du reste, notre problème économique est-il vraiment une affaire de financement ou plutôt une question de liquidité ?
Liquidité, au singulier, désigne les divers actifs constituant un patrimoine (billets, comptes bancaires, titres, biens immobiliers, biens d?équipement), classés suivant leur degré de liquidité, la monnaie étant l?actif le plus liquide. Liquidités, au pluriel, représentent la totalité des actifs possédant la liquidité la plus élevée, essentiellement des disponibilités monétaires (billets et comptes à vue) et quasi-monétaires (comptes à terme, épargne-logement, actions). L?or, les devises, les droits de tirages spéciaux et les positions de réserve au Fonds monétaire international sont des liquidités internationales.
La loi des finances vient taxer la liquidité. Le discours du budget avait annoncé l?introduction d?un impôt sur les intérêts et d?une taxe sur la propriété immobilière. Mais voilà que les agents de change sont pris à court par l?intention déclarée du gouvernement d?imposer aussi les profits sur le commerce des valeurs à la Bourse de Port-Louis, excluant toutefois la plus-value (capital gain).
Comme à Singapour et en Inde, c?est la période de détention des actions qui va différencier profit commercial et plus-value. Sans doute cette mesure est susceptible de dissuader la manipulation de prix sur notre marché boursier où l?on peut faire monter le cours d?une valeur simplement en achetant cent titres juste avant la fermeture de séance. Mais transposer le modèle singapourien ou indien sur un marché illiquide, caractérisé par une infime quantité de transactions, se révèlera contre-productif.
Cette mesure ne rapportera pas grand chose aux caisses de l?état, vu la faible valeur quotidienne des échanges. Au contraire, elle empirera le problème de liquidités au risque de tuer l?activité boursière. Et l?on voit mal comment le secteur offshore, pourvoyeur de liquidités internationales, s?intégrera à la Bourse.
Le temps ne saurait être la variable discriminante pour déterminer si une transaction relève d?une activité commerciale (profit) ou d?un investissement (plus-value). Dans les deux cas, on fait de la spéculation. On achète et on vend, non pas en fonction du temps, mais suivant l?évolution des cours. Tant qu?il ne voit pas un profit potentiel, le spéculateur peut attendre des années. S?il est en manque de liquidités, l?investisseur agira sans tarder.
Alors que le marché boursier est handicapé par une insuffisance chronique de liquidités, le marché monétaire est marqué par un excès de liquidités. Ce dernier phénomène est loin d?avoir disparu depuis la dernière hausse du taux Lombard le 10 juillet. La demande de bons du Trésor reste largement supérieure au montant de l?émission. Résultat : le taux à 364 jours le plus élevé est tombé de 8,05 % le 14 juillet à 7,70 % le 11 août.
De deux choses, l?une : soit la politique monétaire est devenue inopérante, soit on s?achemine vers une inversion de la courbe de rendement, annonciatrice d?une récession. Cela expliquerait l?indécision de la Banque de Maurice sur le taux Lombard.
Or un autre moyen pour elle d?éponger l?excédent de disponibilités monétaires, qui représente une source inflationniste, est de vendre des liquidités internationales sur le marché local pour combler le déficit actuel des devises. Les réserves officielles tournent autour de 1,4 milliard de dollars.
Ce montant semble insuffisant aux yeux des autorités qui, pour parer au manque à gagner de 650 millions d?euros causé par la baisse de 36 % du prix du sucre, sont avides de liquidités internationales. On parle ainsi de la nécessité d?avoir un financement de Rs 150 milliards pour restructurer l?économie.
Si cela se concrétise, le marché sera inondé de liquidités. Avec sobriété, on dira qu?il n?existe pas une égalité parfaite entre liquidité et pouvoir d?achat. Tant il est vrai que la valeur de la roupie est inversement proportionnelle à la quantité de liquidités en circulation.
Eric NG PING CHEUN
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