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Ce jour-là, 20 000 femmes?

14 août 2006, 00:00

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Lundi dernier, à la fin de Prosodire, je vous annonçais que même jour même place, je vous parlerais de mon projet d?une Anthologie de poètes de langue française de l?océan Indien. Mais c?était présumer de mes possibilités de réunir le plus grand nombre possible, mais surtout de trouver les références exactes de poètes venus des Comores, de la Réunion, de Madagascar, de Maurice, de Rodrigues et des Seychelles. Certes, pendant de longues années, je n?ai pas cessé de lire et de collectionner un nombre assez impressionnant d??uvres d?auteurs ? parfois rares si ce n?est rarissimes ? venus de ce côté du monde. Mais le risque est grand de passer à côté de certains que je n?aurais pas eu le flair, les moyens ou la chance (!) de lire, de pratiquer ou de débusquer. Aussi, je vais me mettre à partager les responsabilités en associant toutes celles et tous ceux que la chose intéresse, de me signaler ou plus généreusement de m?adresser via l?express, toute matière relevant de la réalisation d?une telle ?uvre. Il est d?ores et déjà entendu que je présiderai au choix final des poèmes (maximum de trois par poète) et que j?en écrirai l?AVANT-DIRE en en assumant l?entière responsabilité?

?Les femmes sont le pouvoir potentiel de chaque civilisation et de chaque pays. La vérité c?est que les femmes créent et préservent l?humanité entière??

Souvent la presse propose et l?actualité dispose. En vieux briscard des gazettes (nous sommes quelques-uns bien férus en la matière au sein des rédactions mauriciennes), je trouve la formule commode et j?en profite ipso facto. Voici :

L?Anthologie remise à plus tard, je m?apprêtais à chercher sur les rayons de ma bibliothèque, élément de ma vie auquel j?ai souvent recours. Plus d?une fois, ici même, dans l?express, c?est un livre de cette bibliothèque, vieille de plusieurs meubles eux-mêmes vieux de plusieurs rayons où tous les genres se côtoient, toutes les disciplines sauf pour la poésie et les dictionnaires qui sont rangés, luxe suprême, selon la hauteur et l?épaisseur pour ces derniers et en ordre alphabétique pour la poésie, en particulier ma collection fétiche, celle des Poètes d?Aujourd?hui publiée aux éditions Pierre Seghers. Collection incomplète mais qui s?enrichit régulièrement au gré de mes incursions à Paris et ailleurs. Je reviendrai à cette bibliothèque pour vous parler des collections policières dont elle est riche? Mais je reviens au moment précis où j?allais puiser parmi les nouveaux ouvrages ramenés de mon dernier séjour à Paris et choisir de quoi illustrer un prosodire, quand la une de la livraison du jour de Pretoria News m?a soudain envahi les yeux. Il s?agissait de la célébration du 50e Anniversaire de la marche des femmes sud-africaines toute couleur, toute confession, toutes langues mêlées, toutes condition, toutes ethnies confondues. Le 9 août 1956, elles furent 20 000 à quitter leur maison, leur lieu de travail, leur champ pour converger vers Pretoria, la capitale. Leur but était de se rendre sur les hauteurs des Union Buildings où siège le gouvernement de l?Afrique du Sud ayant accouché de l?apartheid, régime de tous les interdits, pour voir le président Strijdom qui s?est défilé. Et c?est précisément contre le dégradant passé en vigueur dans le pays que ces milliers de femmes manifestaient. Un refrain leur est comme instinctivement venu qu?elles n?ont pas cessé de chanter : ?Maintenant que tu as touché les femmes, / Strijdom ! tu as délogé un rocher / Tu seras écrasé !? Il serait prétentieux de vouloir raconter dans ses émouvants détails la célébration de ce cinquantenaire unique dans l?histoire du monde. Les images illustrant cet événement ont presque toutes l?air d?être d?aujourd?hui tant il semble que le temps n?a pas de prise sur le vrai et le véritable. Quelque part, il ne serait pas tellement exagéré de reconnaître l?ensemble de ces femmes dans un seul et unique visage, celui de la passion d?être. Jusqu?à cette femme dont la vie enjambe trois siècles : Katreina Heyman a aujourd?hui 110 ans. Elle vit en Afrique du Sud, à Kensington, fait ses petites courses, n?a jamais porté des lunettes, n?aime pas que les infirmières rangent ses affaires. Elle coud, brode et fait du crochet : ?Toute ma vie j?ai travaillé et j?aime encore travailler?? Je ne cesse de regarder une photo en couleurs d?elle publiée dans le journal daté d?hier : le geste qu?elle fait de sa main ouverte orne ses yeux d?une foule de souvenirs prêts à partager. Oui, à 110 ans, le visage de Katreina Heyman est un livre grand?ouvert. Quelle fête !?

Ne perdant pas le fil culturel de cette marche, parmi la toute féminine foule, je veux retenir, en ce jour mémorable s?il en est, la présence de Shri Mataji Nimala Devi : deux fois désignée comme possible prix Nobel de la Paix, membre honoraire de l?Académie des Arts et des Sciences de Saint-Pétersbourg en Russie, Médaille de la Paix des Nations unies, et Prix International de l?Unité et de la Paix en 1998. Elle a travaillé étroitement avec Mahatma Gandhi dans la lutte pour l?indépendance de l?Inde. Elle dit : ?Les femmes sont le pouvoir potentiel de chaque civilisation et de chaque pays. La vérité c?est que les femmes créent et préservent l?humanité entière?? À côté d?elle, il y a la poétesse, écrivaine et journaliste afrikaans, Antjie Krog, que je considère être une valeur majeure de la littérature mondiale : une grande dame ! Elle avoue que ?Je suis terrifiée à l?idée de rencontrer mes lecteurs. La peur fait exploser ma pression sanguine sous mon crâne quand je lis mon nom dans la presse. (?) Mais un jour un de mes livres a été choisi parmi les 100 premiers livres africains. Mis à part l?immense honneur que cela me fait d?être parmi les meilleurs de ce continent, c?est en même temps la première fois que je suis acceptée et considérée sans condition comme une Africaine par quelqu?un d?autre que moi-même.? La leçon que j?en tire, c?est que ce 9 août 2006 et le 50e anniversaire de la marche historique de milliers de femmes africaines ont et continueront d?avoir des effets positifs quant à l?avenir de la femme africaine, et pourquoi pas, sur les femmes du monde entier.

Edouard J. MAUNICK

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