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Le temps des paradoxes

29 juillet 2006, 00:00

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L?île Maurice n?est pas irréformable. Différents pouvoirs, depuis des décennies, avaient cru à tort que le pays n?était pas prêt à des changements profonds. Pris entre l?obsession sociale et l?impératif libéral, la société mauricienne a dandiné entre réformettes et immobilisme. Désormais, les choses changent. L?Etat n?est plus ce moloch imperméable à tout changement. Car l?enjeu principal, c?est bien la réforme de l?Etat. Rama Sithanen a ainsi su convaincre ses collaborateurs de la pertinence d?une chirurgie libérale dans son intervention sur l?Etat. C?est un mythe qui vole en éclat. Mais sa démarche est encore au stade expérimental. Il faudra du temps pour savoir si la méthode appliquée sera vraiment efficace.

Entre-temps, tout en saluant le courage politique qui accompagne cette ponction sur un Etat inutilement dilapidateur, il importe de préciser les autres coûts qu?entraîne une modernisation de l?Etat qui, cependant, ne prend pas en compte la paupérisation rapide d?une large frange de la population. C?est le premier constat et il est de nature économique. Le deuxième est d?ordre financier. Il s?agira rapidement au gouvernement de prouver qu?il ne gère pas l?économie comme un réseau financier obéissant aux seules règles du capitalisme mondial, mais qu?il prône une approche sociale de l?économie qui tirera profit de la mondialisation. Enfin, pour une fois, il est réjouissant de noter que la classe politique quitte le terrain du style pour s?affronter sur celui des idées. Du moins, cette possibilité existe.

Première constatation. A ce jour, le gouvernement n?a pas réellement démontré un souci pour ceux au bas de l?échelle sociale. Lorsqu?un citoyen ne peut se permettre que Rs 50 d?essence pour sa voiture, c?est que bientôt il devra se résoudre à passer d?une quatre roues à un deux-roues. Lorsque, vers le 5 du mois, le budget d?une famille est complètement épuisé, c?est qu?elle passe tout le reste du mois à souffrir le martyre. Lorsqu?un couple de la classe moyenne doit réviser ses habitudes de vie, c?est qu?il bascule inexorablement dans le cycle de la frustration et de l?impuissance. Lorsqu?on n?a plus d?argent? Rajesh Jeetah avait raison. Et aujourd?hui, c?est pire. Il y a davantage de citoyens malheureux et de parias dans la société mauricienne. M. Jeetah devrait savoir que même la bicyclette est trop onéreuse à rouler aujourd?hui. Ce peuple souffre, Messieurs qui allaient changer la vie des gens en cent jours, et c?est d?une misère comme on n?en voit que lorsqu?un pays déprime dans le tiers-mondisme.

C?est l?objectif fixé par le ministre des Finances : croissance, investissement et emploi. Deuxième constat. Entre l?ouverture économique et la spirale de la libre circulation des capitaux, c?est la hantise de la dernière option qui fait craindre le pire. Il ne s?agit pas de verser dans le lamento des nostalgiques du statu quo et du corporatisme. Il est simplement question d?une gestion sociale de l?économie. A ce chapitre, Rama Sithanen et son gouvernement ne nous ont pas encore convaincus qu?ils sont capables de réinventer le principe de l?intérêt général. Certes, des sommes ont été allouées pour un nouveau type de prise en charge sociale. Mais il est vrai que le choix d?orientation économique tel qu?il se décline à ce stade ne laisse place à aucune initiative traditionnelle. C?est tant mieux, diront certains. Le concept de l?Etat providence, à leurs yeux, a fait son temps. Ils n?auraient pas tort. Mais que proposent-ils d?autre? Rien! C?est le piège. Car ils sont en train de considérer le libéralisme comme une fin et non comme un moyen. Ce piège risque rapidement de se refermer sur eux. Ce qui serait dommage, puisque cela compromettrait la politique réformiste.

Enfin, c?est dans l?ère du temps. La bipolarisation politique ne se résume plus entre le ramgoolamisme et le jugnauthisme. Le personnel politique a la chance de sortir du bestiaire des idées reçues. Les équations électorales ne dépendent plus des seuls marchandages et configurations politiquement corrects. Une rupture avec l?ordre ancien est possible. La renvendication des convictions devient à nouveau vraisemblable. Ils pourraient ne plus être interchangeables. Mais cela dépend d?eux?

En un mot, tous les espoirs sont permis. Et cela, paradoxalement, lorsqu?on sombre dans le pire des désespoirs.

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